Jean-Pascal Labille: "Les Belges manquent de confiance en eux"

Mille personnes ont été interrogées dont 130 spécialistes (des psychologues, des psychothérapeutes, des psychiatres), explique-t-il, et "la première source d'inquiétude, et c'est un peu paradoxal par rapport au système qui est un bon système, ils sont inquiets par leur santé, ils sont inquiets pour l'avenir de leurs enfants, ils sont inquiets par le risque de tomber dans la précarité, de tomber au chômage".

Et d'ajouter : "Cette enquête, si je devais la résumer, je dirais que c'est une lame de fond tant en largeur qu'en profondeur. Elle est en largeur car les groupes sociaux sont multiples (familles monoparentales, les femmes, les jeunes, les demandeurs d'emploi) et puis en profondeur parce qu'on ressent le taux de suicide, 8%, on ressent quand même un mal être important. Mais il n'y a pas que les chiffres dans cette enquête, moi je veux parler des gens, la souffrance des gens aujourd'hui, et de leur dignité. Il y a un manque d'espoir, de confiance en soi et tous les sociologues vous diront qu'un des grands facteurs anthropologiques de la croissance, c'est la confiance. Vous entreprenez quand vous avez confiance en vous et cette société dans laquelle on est, est une société, c'est global sur le plan occidental, c'est une société de la peur. Nous sommes enfermés dans la crainte que demain sera moins bien encore que ce que nous connaissons aujourd'hui et que nos enfants vivront moins bien que nous. Et ça c'est vraiment un élément duquel il faut sortir".  

"Nous avons aujourd'hui une responsabilité collective"

A la question de savoir si les Belges ont raison d'être anxieux, Jean-Pascal Labille répond qu'ils ont, en tout cas, raison de l'exprimer et d'évoquer une "responsabilité collective" : "Il faut protéger les plus faibles", dit-il, "sinon c'est une société en déclin qui perd ses valeurs morales". 

Pour lui, le chômage provoque "un sentiment de déclassement social et nous sommes en train de créer une bulle de spéculation sociale plus dangereuse que la spéculation financière avec des gens qui ne se sentent plus intégrés dans la société dans laquelle on est".

"Réduire les déficits aujourd'hui ça s'assimile à réduire les protections collectives, les protections sociales. Ça c'est tout à fait inacceptable. C'est cela qui va nous conduire dans le mur. (...) Il n'y aura jamais d'Europe politique sans Europe sociale", ajoute-t-il.

Et de conclure : "Nous sommes dans une société (...) qui vit une crise identitaire importante et nous devons y répondre".

 

C. Biourge

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