"'Je suis Charlie' ne veut pas dire 'j'aime Charlie'"

"Je suis Charlie ne veut pas dire j'aime Charlie"
"Je suis Charlie ne veut pas dire j'aime Charlie" - © Tous droits réservés

Au premier jour du procès Charlie Hebdo, l’hebdomadaire satirique a republié les caricatures de Mahomet. 5 ans après les attentats djihadistes qui ont coûté la vie à 17 personnes et redonné de l’élan à la défense de la liberté d’expression, qui est encore Charlie aujourd’hui ? Pour en débattre sur le plateau de CQFD : Charline Vanhoenacker, humoriste, journaliste et animatrice sur France Inter et Nicolas Vadot, dessinateur de presse.

Etes-vous toujours Charlie ?

"Je suis Charlie ne veut pas dire j’aime Charlie Hebdo", répond Nicolas Vadot. Je le défends car c’est la liberté de la presse et ça reste dans le cadre de la loi […] Dans la loi, vous n’avez pas le droit de diffamer ou d’insulter quelqu’un. En revanche, on ne peut pas diffamer ou insulter une idée ou une croyance".

"Si on commence à respecter l’interdiction de blasphème, la loi de Dieu supplante la loi des hommes, or les hommes existent et Dieu est une croyance. Le droit au blasphème, c’est la base de la liberté d’expression", argumente encore le caricaturiste.

Charline Vanhoenacker rappelle que "je suis Charlie" est aussi un slogan qui a fédéré des millions de gens. "Aujourd’hui, peut-être que ce slogan a moins de sens car les gens l’interprètent différemment, il est parfois utilisé à l’emporte-pièce. Mais pour moi il a toujours la même signification : je défends la liberté d’expression", explique la journaliste.

L’hyperdémocratie des réseaux sociaux

Nicolas Vadot pointe l'"hyperdémocratie des réseaux sociaux RS" où "toute personne peut s’exprimer avec la même acuité : du type qui ne connaît rien au professeur d’université, tout se vaut […] Il y a quelque chose de frappant chez les jeunes, c’est qu’ils ont l’impression de ne plus avoir le droit d’être choqués ou de choquer, or dans une démocratie, on en a le droit. Je suis parfois choqué par les dessins de Charlie Hebdo. Est-ce que pour autant il faut les interdire ou est-ce qu’ils sont contre la loi ? Non", explique-t-il.

Charline Vanhoenacker interroge la viabilité du modèle de la presse satirique : "C’est un modèle vieillissant vers lequel les jeunes ne se tournent plus", observe-t-elle, ajoutant que "si on n’apprend et n’entretient pas ses codes, on peut être choqué un peu plus vite. Je pense que ceux qui réagissent sur les réseaux sociaux ne sont pas forcément ceux qui ont ces codes".

Les réseaux sociaux, il suffit de les couper

Les intégristes ont gagné une bataille mais pas la guerre

Nicolas Vadot qui a déjà caricaturé le prophète Mahomet explique qu’il ne le referait pas aujourd’hui : "Car ça m’occasionnerait énormément de problèmes donc de ce point de vue, les intégristes ont gagné une bataille mais pas la guerre. Par contre, on s’est toujours battu pour pouvoir caricaturer les religions et les idées religieuses et je continuerai à le faire."

Charline Vanhoenacker abonde : "C’est délicieux pour un caricaturiste de blasphémer, c’est parfois ce qu'il y a de plus marrant, comme parfois les blagues sur la mort ! Tout dépend du timing, quand ça résonne bien avec l’actualité, c’est mieux reçu", conclut l’animatrice sur France Inter.

 

Ce Qui Fait Débat, chaque jour à 18h20 sur La Première. L’entièreté de l’émission à réécouter ci-dessous :

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