"Je me sentais nulle..." Le long chemin pour retrouver confiance en soi face à la pauvreté

Pauvreté : "Je me sentais nulle, j'avais perdu toute estime de moi "
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Pauvreté : "Je me sentais nulle, j'avais perdu toute estime de moi " - © Tous droits réservés

Les soucis financiers entraînent souvent une perte de confiance en soi. Les personnes dans le besoin se dévalorisent. Elles n'ont plus les moyens, et parfois plus envie non plus, de prendre soin d'elles. Des associations agissent à ce niveau.

Elle arrive toute pimpante, coquette avec son petit chapeau en laine sur la tête. "Je n'ai plus posé mes mains sur un caddie depuis le mois de mai", précise Cathy. Maman de deux enfants, la Mouscronnoise est "dans la dèche".

"J'ai perdu mon travail. J'ai eu un accident de voiture. J'ai un mal fou à payer mes factures. Pour l'instant, c'est vraiment compliqué."

Elle a connu des moments de grand désespoir, "pendant plusieurs semaines je me suis laissée aller, je ne sortais plus de mon lit. Mais quand mon fils est venu m'apporter de l'omelette sur des feuilles de papier WC et qu'il m'a dit 'Mange, maman, ça va aller', ce jour-là, je me suis levée. Et j'ai décidé de me battre. Je me suis revue m'occuper de ma mère, mais, elle, elle était alcoolique". Depuis, Cathy a relevé la tête, et principalement grâce à une association, "L'Estrella".

"Les gens me demandent pourquoi j’ai autant changé, si j’ai été malade"

"Telle que vous me voyez, je suis habillée 100% ici. Et ça me plait, parce que... c'est moi. Ce ne sont pas des vêtements qu'on m'a donnés, des sacs dont on me dit 'Prends sinon ça part à la poubelle'. Ici, je ne me sens pas redevable, et je choisis, des choses qui me vont. Dans lesquelles je me sens bien. Et pour une somme dérisoire."

Les bénévoles de L'Estrella lui font même des petits cadeaux, en douce. "Mon fils m'a offert un collier l'autre jour et une petite blouse !"

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Cathy redresse la tête, et recommence à penser à l'avenir. Même si toute cette période l'a beaucoup marquée. "Le 21 juillet, je croise un ancien collègue, je ne l'avais plus vu depuis longtemps. Il me dit 'Mais que tu as changé ! Qu'est ce que t'as eu ? T'as été malade ?' Ben non, c'est les soucis... A lui, j'ai osé en dire un peu plus..."

Elle ne peut plus se permettre de superflu. Plus de shopping, plus de coiffeur non plus..." Le fils de ma nièce m'a dit l'autre jour 'T'es allée chez le coiffeur ! Mais il s'est trompé, il t'a mis tout du gris sur le dessus, et de la couleur en dessous'. La vérité sort de la bouche des enfants, que voulez-vous !"

Recommencer à se coiffer, se maquiller, puis relever la tête

Christelle et Véronique sont elles aussi passées par là. Des moments de dépression profonde, de repli sur soi. "Je ne faisais plus rien, je ne m'habillais plus, je ne me maquillais plus. Medias, un service de psychiatrie de Mons, m'a orientée vers l'asbl Sac à Dos (située à Tertre dans l'entité de Saint-Ghislain, ndlr)", raconte Christelle. Elle arrive au plus bas, "perdue !".

"Mais j'ai repris goût à la vie, petit à petit. Avec l'asbl, j'ai aussi compris que je devais avant tout être bien dans ma peau, être bien moi-même et pas toujours tout faire uniquement pour mes filles." Christelle a toujours des larmes plein les yeux quand elle nous en parle, mais elle mesure tout le chemin parcouru.

Très chic dans des vêtements achetés ici, à l'asbl, maquillée avec soin, le brushing impeccable, elle prend plaisir à s'occuper d'elle. "Quand on recommence à se maquiller, ça n'a l'air de rien mais... on remonte la pente, et c'est important pour le regard des autres. Quelqu'un qui est mal habillé, pas maquillé risque d'être jugé."

"Ici, on n'est pas jugé, poursuit-elle. Mais on réapprend à se sentir belle. Etre jolie avec un coup de crayon. Etre bien habillée. C'est possible, même en précarité. Et c'est vachement important. Ça ouvre des portes, ça vous renforce, pour trouver un emploi, ça vous forge une carapace aussi."

"On leur dit : 'Tu es quelqu’un d’important, tu as de la valeur'"

Véronique opine du chef. "Je revis. Je suis fière de moi-même. Je me dis 'T'as vécu, t'as traversé des difficultés, t'as souffert... mais t'y es arrivée'." Cette maman s'est refait une garde-robe pour quelques euros, et ça l'a aidée à relever la tête. "C'est aussi grâce à l'équipe, ici, l'écoute, les encouragements. Quand on voit le temps passé, et nos progrès, on se dit qu'elles avaient raison..."

Autour de la table, les larmes coulent à flot. Chacune se replonge dans ses souvenirs, repense aux premiers instants passés à l'asbl.

"Les mamans quand elles arrivent, elles sont souvent dans une situation très compliquée, explique Laura. Via le relooking par exemple, on les voit sourire, on leur trouve une tenue qui leur va bien, on les coiffe, elles sont beaucoup mieux quand elles partent."

"On essaye de leur montrer qu'elles peuvent être belles. On leur dit 'Tu es quelqu'un d'important, tu as des compétences !'. Et dès qu'une personne a des compétences, on la prend avec nous, on lui confie l'organisation d'un atelier, comme cette maman très douée en cuisine, qui a perdu son emploi malheureusement et s'occupe désormais de notre repas du jeudi."

"Ça les valorise, ça leur donne un statut qu'elles ont perdu, poursuit Maria. Ici on organise nos activités autour du bien être et de l'estime de soi. Moi, je fais des activités centrées sur le corps. On va courir, on fait des exercices de sophrologie, on réapprend à respirer... Ça nous fait plaisir quand des gens qui arrivent avec un visage fermé s'ouvrent petit à petit, et repartent avec le sourire."

Eviter la spirale du surendettement

"On ressent le poids de la société de consommation sur ces femmes. Elles subissent le regard des autres, elles sont entourées de gens qui font du shopping, participent au Black Friday, commandent sur internet. Mais est-ce que cela nous rend heureux ?", demande Isabelle, éducatrice.

"Je crois qu'être bombardé de publicités fragilise encore plus les personnes précarisées", estime Laura. "On se dit qu'on ne peut pas s'offrir ça, on est triste et parfois... On craque et on contracte des crédits ! C'est un cercle vicieux ! On essaye aussi de le faire comprendre aux bénéficiaires, en leur disant 'il existe plein d'asbl, de magasins de seconde main, d'électro, de repair cafés...' Allez-y, pour trouver des conseils, trouver ce dont vous avez besoin, mais surtout ne vous endettez pas pour ça !'."

Envie de soutenir des associations ? Des dizaines d'entre elles espèrent recevoir des subsides grâce à Viva For Life. L'opération se tient du 17 au 23 décembre. 

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