"Je me demande ce que je ferais si ce bébé était à moi?"

"Je me demande ce que je ferais si ce bébé était à moi?"
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"Je me demande ce que je ferais si ce bébé était à moi?" - © Tous droits réservés

Dans la nuit du 29 au 30 janvier, le naufrage d'une embarcation en mer Égée cause la mort d'au moins 37 migrants. Ils venaient de Syrie, d'Irak, d'Afghanistan ou encore de Birmanie et tentaient de rejoindre l'île grecque de Lesbos en face des côtes turques. Sur son blog, Ozan Kose, photojournaliste pour l'AFP, raconte.

Il se trouvait depuis quelques jours sur place pour rapporter des images des réfugiés qui se massent sur les côtes de la mer Égée.

La journée du 29 janvier, il la passe dans les bois "où plusieurs dizaines de migrants s’étaient repliés après s’être faits arnaquer par des passeurs. Ces derniers leur avaient fait payer une fortune pour embarquer sur un bateau pour la Grèce, mais, le moment venu, l’embarcation s’était avérée beaucoup plus petite qu’annoncé. Craignant de couler, les migrants avaient refusé de monter. Ils s’étaient confrontés avec les passeurs, qui les avaient menacés avec des armes à feu. Dans ce campement de fortune où ils se réchauffaient autour de feux de bois en attendant de trouver un nouveau bateau pour l’Europe, les réfugiés avaient été heureux de me voir, de me parler de leurs problèmes. Les enfants demandaient sans cesse à leurs parents : 'Alors, c’est quand qu’on monte sur le bateau ?'."

Plus de 100 réfugiés pour une capacité de 30 passagers

C'est dans la nuit du 29 au 30 janvier que ces hommes et ces femmes ont finalement décidé d'embarquer."C’était une petite embarcation conçue pour promener les touristes, et dont la capacité est de vingt ou trente passagers au grand maximum. Quand elle a sombré, plus de cent migrants s’entassaient à bord. Chacun avait payé 1200 euros aux passeurs."

C'est avec stupeur que Ozan découvre la scène en arrivant sur la plage : "Quand j’arrive sur la plage de galets, le premier cadavre que je vois est celui d’un bébé. Il doit avoir neuf ou dix mois, il est chaudement couvert et porte un bonnet. Une tétine orange est accrochée à ses habits. À côté de lui gisent un autre enfant, âgé de huit ou neuf ans, ainsi qu’une adulte, leur mère peut-être. (...) Pour le moment personne ne s’occupe du bébé mort. Alors, je reviens vers lui et, pendant peut-être une heure, je reste à ses côtés, en silence. J’ai deux enfants, une fille de huit ans et un petit garçon de cinq mois. Je me demande ce que je ferais si ce bébé était à moi. Je me demande ce qui est en train d’arriver à l’humanité."

"J’ai couvert des crises, des émeutes, des attentats. J’ai déjà vu des morts. Mais ça, c’est pire que tout"

Il faut pourtant garder son sang froid et continuer à photographier ce qu'il se passe. "Au cours de ma carrière de photojournaliste, j’ai couvert des crises, des émeutes, des attentats. J’ai déjà vu des morts. Mais ça, c’est pire que tout."

"En regardant ce petit corps, je me demande pourquoi tout cela. Pourquoi cette guerre interminable en Syrie. Je suis fou de rage contre tous ces politiciens qui ont causé cette tragédie, contre les passeurs qui envoient tant de gens à la mort."

"Puis un gendarme arrive, soulève l’enfant et le dépose dans un sac en plastique. Lui aussi il pleure", confie-t-il sur son blog AFP.

Selon l'Organisation internationale pour les migrations, le nombre de personnes noyées depuis le début de l'année en tentant d'atteindre l'Europe en passant par la Turquie et la Grèce ne cesse d'augmenter: 805 morts pour l'année 2015, et 218 pour le seul mois de janvier 2016.

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