"J'ai 47 ans mais j'ai l'impression d'en avoir 77" : comment prendre en charge les patients atteints de Covid long?

C'est une forme de Covid qui continue d'intriguer les scientifiques. Des symptômes qui persistent des mois après avoir contracté la maladie.

Le Covid long touche environ 15% des patients qui ont contracté le coronavirus. Fatigue, difficultés respiratoires, troubles de la mémoire, états dépressifs : les symptômes sont aussi diversifiés qu'handicapants. 

Si le Covid long touche environ une personne sur six, il est plus fréquent chez les patients hospitalisés. 40 à 70% d'entre eux gardent des symptômes plusieurs mois après leur contamination. 

9 mois après avoir contracté le coronavirus, Natacha a encore des séquelles

Ces patients se sentent souvent seuls et oubliés. "Je n'aurais jamais pensé que ça atteindrait un stade pareil" explique Natacha, 45 ans. 

Certaines personnes pensent que c'est une blague, qu'on se laisse aller, qu'on le fait exprès. Elles ne s'imaginent pas du tout les effets que ça peut avoir. 

Cela fait plus de neuf mois que Natacha a contracté le coronavirus. Neuf mois plus tard, cette technicienne de surface garde toujours des séquelles. "J'ai dû prendre un mi-temps médical. J'ai besoin de dormir plusieurs heures l'après-midi. Les gens me disent 'essaie de ne pas dormir' mais je ne saurais pas". 

Je travaille de 8h30 à 12h30, et après je dors. Je ne saurais pas faire autrement

"Je ne sais pas profiter de mes journées comme je le voudrais" ajoute Natacha. "On se sent déprimé. Ma peur, c'est de garder des séquelles à vie !"

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"Faire le tour du pâté de maisons, c'est devenu un événement. C'est limite si je ne dois pas prendre une canne"

A 47 ans, Alain a l'impression d'en avoir trente de plus. Fatigue, problèmes respiratoires, troubles de la mémoire : il est contraint pour l'instant de ne plus aller travailler. 

C'est devenu impossible de me concentrer

Plusieurs mois après avoir contracté le virus, tout est devenu une épreuve. "Faire le tour du pâté de maison, c'est devenu un événement. C'est limite si je ne dois pas prendre une canne !" 

Je vais être franc. Au début, comme tout le monde, j'ai pris le covid à la légère. C'est une fois qu'on l'a, qu'on le subit, qu'on pense complètement différemment. Mais complètement. C'est trop pénible. On essaie de voir le bout, mais quand?

Si la plupart des patients atteints de Covid long sont passés par la case "hôpital" durant la phase aiguë de la maladie, ce n'est pas le cas de tout le monde. Des patients qui développent une forme plus légère peuvent également garder des symptômes persistants. 

"J'ai rencontré une adolescente de quinze ans qui a été déscolarisée trois fois un mois. Elle présentait des symptômes de fatigue, des troubles de la tension artérielle, mais aussi des troubles de la concentration et de la mémoire. A court terme, ça a eu un impact important en termes de désociabilisation et de déscolarisation" explique le Dr Gilles Caty, médecin spécialisé en médecine physique au CHWAPI à Tournai. 

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Au CHWAPI, une prise en charge multidisciplinaire

Souvent, les patients atteints de Covid long se sentent désarçonnés, isolés et incompris. C'est pourquoi le CHWAPI, centre hospitalier de Wallonie Picarde, a mis en place un programme de soins spécialement dédié à la prise en charge de cette pathologie méconnue. 

"Nous avons voulu créer un trajet de soins pour prendre en charge les patients du début à la fin" explique le Dr Georgios Tragas, pneumologue au CHWAPI. 

Nous voulons leur permettre de retrouver la vie qu'ils ont perdue

Ce trajet de soins est multidisciplinaire. Les patients bénéficient d'un suivi sur les plans cardiaque et pulmonaire, d'exercices respiratoires et musculaires, mais aussi d'aide psychologique. 

"Ce qui me frappe le plus, c'est le découragement de ces patients. Ils l'impression qu'on ne les croit plus, qu'on ne les écoute plus. L'effet groupe, à ce niveau-là, est vraiment bénéfique. Ils ont besoin d'entendre qu'ils ne sont pas seuls, besoin de pouvoir comparer leurs symptômes" explique Véronique Biltresse, kinésithérapeute spécialisée en réadaptation pulmonaire. 

Le fait d'être en groupe augmente considérablement la motivation

Deux fois par semaine, Alain et Natacha se rendent ainsi à la salle de kiné du CHWAPI, remplie de vélos, tapis roulants et autres rameurs, afin de travailler leur condition physique. "Cela m'apporte un peu plus d'énergie" explique Natacha. "En venant ici, je me sens moins fatiguée, je suis mieux dans mon corps". 

Pour l'instant, une quinzaine de patients sont suivis au CHWAPI. A terme, l'hôpital de Tournai pourrait en suivre une centaine. 

Extraits de CQFD du 1er avril dernier :

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