Isabelle Stengers: "Nous sommes dans une crise de l'espoir"

A propos de la lutte contre le réchauffement climatique, l'invitée de Bertrand Henne évoque la demi réussite du sommet de Durban. Selon elle, parler d'échec aurait pu susciter une certaine "colère contre ceux qui se permettent des échecs alors qu'on sait que le temps est compté".

Le constat est là, la communauté internationale n'arrive pas à se mettre d'accord pour redresser la situation. "Le pire est en train de s'installer à bas bruit, on s'y habitue au fur et à mesure. Il faut s'arrêter et penser pour se dire 'ça y est, on est dans la barbarie'".

La croissance remise en cause

A propos de la crise de la zone euro, Isabelle Stengers parle ici encore de "barbarie". Notamment en évoquant le cas de la Grèce et des mesures imposées aux grecs. Des mesures "dénuées de sens" qui vont "terminer de les couler". Pour la philosophe, la barbarie, c'est le fait qu'il "n'y avait pas le choix, il fallait rassurer les marchés".

L'invitée de Matin Première remet en question la croissance: "On continue à poursuivre l'objectif croissance alors qu'on sait très bien qu'il faut remettre cet objectif en question". "On continue avec la croissance mais on ne croit plus au progrès". Sans pour autant prôner la décroissance pure et simple, Isabelle Stengers en appelle à une réflexion sur "ce à quoi nous tenons vraiment", ce qui nous permettrait de penser et vivre mieux ensemble, affirme-t-elle. "On en a désespérément besoin".

La gouvernance remplace la politique

La philosophe voit un espoir dans le fait que des gens se réapproprient la capacité de penser leurs vies, de travailler ensemble, de partager et coopérer. Isabelle Stengers fait ainsi allusion aux potagers collectifs. "Beaucoup de choses changent, c'est la seule chose qui m'intéresse pour le moment", confie-t-elle. "Les politiques se sont eux-mêmes privés de tous les instruments pour agir". "Ce qu'on appelle politique est complètement en panne", relève la philosophe en parlant de crise de la démocratie.

Au niveau des révoltes au sein du monde arabe, Isabelle Stengers se dit écœurée par notre "fierté occidentale": "Comme si, par procuration, nous étions fiers que ces peuples semblaient aimer la démocratie, qu'ils enviaient ce que nous avions". Mais ce moment de fierté se compliquera très vite, explique la philosophe.

Les indignés, la face "sympathique" de cette crise

Le mouvement des indignés, lui, est symptomatique au sens où ça nous annonce qu'effectivement "on va vers des mouvements plus ou moins sympathiques". On est dans une période de crise de l'espoir, explique-t-elle. "Les indignés sont la face sympathique de cette crise", explique Isabelle Stengers en espérant que ça continue comme cela.

La crise politique belge n'a pas été oubliée dans cet entretien. La philosophe ne s'estime pas particulièrement heureuse de la résolution de la crise. L'idée qu'un gouvernement ait été mis en place face à la panique des marchés ne réjouit pas l'invitée de Bertrand Henne.

AdC avec Bertrand Henne

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