Isabelle Loeb, directrice médicale au CHU Saint-Pierre : "Nos soins intensifs ne sont pas débordés"

C’est une semaine cruciale qui démarre pour les hôpitaux avec le pic de l’épidémie de coronavirus qui pourrait intervenir en Belgique cette semaine. Les responsables des centres hospitaliers sont mobilisés pour faire face à la situation avec deux missions prioritaires : équiper le personnel de masques et endiguer le nombre d’hospitalisations.

759 lits supplémentaires aux soins intensifs ont été mobilisés, une réserve de diplômés en médecine se prépare, tout comme l’armée qui pourrait venir prêter main-forte. Les hôpitaux doivent augmenter leurs capacités à accueillir des patients atteints par le Covid-19 mais aussi leurs stocks de matériel médical.

L’importance des masques de protection

Et parmi ce matériel médical, il y a les masques de protection qui sont essentiels pour protéger le personnel soignant du risque de contamination. Un avion a atterri la semaine dernière depuis la Chien avec à son bord cinq millions de masques, déception cependant, il s’agissait essentiellement de masques chirurgicaux.


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Ce lundi matin, c’est une nouvelle cargaison de six millions de masques qui est arrivée sur le sol belge. Parmi ces masques beaucoup de masques chirurgicaux mais aussi des masques FFP2 réservés aux médecins et infirmiers en contact direct avec les patients atteints du coronavirus.

Isabelle Loeb, directrice médicale au CHU Saint-Pierre à Bruxelles explique que ces masques sont indispensables pour le personnel hospitalier rappelle l’importance de pouvoir compter sur ces protections : "C’est stratégique au CHU Saint-Pierre comme c’est stratégique partout. Pour tous les hôpitaux, toutes les premières lignes, les maisons de repos, les masques sont indispensables, aujourd’hui on ne peut plus travailler sans".

Les masques chirurgicaux sont réservés à la première ligne alors que les masques de type FFP2 sont réservés au personnel soignant en contact direct avec les patients infectés. "En temps normal, nous utilisons des masques chirurgicaux", c’est une protection essentiellement vers l’extérieur puisque "les gouttelettes de salive sont retenues à l’intérieur du masque et donc il n’y a pas de passage vers l’extérieur".

Pourquoi sommes nous maintenant tous à la course aux matériaux de protection généraux ?

Les "FFP2" offrent une protection supplémentaire et nécessaire pour ceux qui sont en contact direct avec les patients infectés et sont également indispensables pour assurer la sécurité du personnel médical.

Cette problématique de l’acquisition de masques et le risque d’en manquer interpellent la chirurgienne : "En tant que praticien, on se pose beaucoup de questions et on estime que la crise est arrivée probablement très très vite" mais "pourquoi sommes nous maintenant tous à la course aux matériaux de protection généraux ? Parce qu’il y a les masques, les gants, les blouse, il y a les charlottes… (pour) tout le matériel de protection, nous sommes en difficulté ".

Par ailleurs, certains membres du staff de l’hôpital Saint-Pierre de Bruxelles ont écrit une lettre ouverte à la Première ministre pour dénoncer les conditions dans lesquels les équipes en première ligne travaillent avec l’absence de masque et un manque de moyens de protection.

"Je pense que nos médecins, nos infirmières et l’ensemble du personnel sont protégés le mieux possible mais on n’est pas dans une situation optimale", indique la directrice. Par ailleurs, sur l’opportunité de réaliser plus de tests au sein du corps médical, Isabelle Loeb indique que les avis divergent mais "bien sûr, ce serait bien si on pouvait tester plus, mais bien sûr on pare au plus pressé".

De nouveaux respirateurs vont arriver

Un autre point important pour gérer la crise, c’est le nombre de respirateurs disponibles dans les hôpitaux. Le CHU Saint-Pierre a d’ailleurs lancé un appel aux dons pour pouvoir acheter des respirateurs supplémentaires.

Un appel aux dons qui fonctionne. Le montant total récolté n’est pas encore précis mais il se situerait aux alentours de 300.000 euros confirmés qui permettront à l’heure actuelle à l’hôpital d’acquérir près de six nouveaux respirateurs car chaque respirateur coûte environ 50.000 euros au total "pour avoir un respirateur opérationnel avec tout équipement nécessaire".


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L’hôpital fonctionne de manière optimale

Mais comment se passe la vie de l’hôpital Saint-Pierre actuellement ? Est-il saturé ? Le personnel est-il débordé ? Quelle est la situation des équipes ?

La directrice médicale est rassurante : "Nos équipes sont actuellement tout à fait sous contrôle, l’hôpital fonctionne de manière optimale, nous avons par ailleurs trois salles qui accueillent des patients infectés. Nous avons une quatrième salle d’hospitalisations qui est prête à s’ouvrir. Nos soins intensifs ne sont pas débordés", rassure Mme Loeb, qui précise qu’actuellement il y a une dizaine de patients aux soins intensifs. Elle indique également qu’une vingtaine de "lits" vont être ouverts et que vingt respirateurs ont été commandés.

Par ailleurs, un traitement jugé prometteur est actuellement testé à Saint-Pierre, c’est la chloroquine. "On espère que c’est un espoir médical" indique la chirurgienne dans l’hôpital de référence pour le coronavirus.

Situation à l’italienne en perspective ?

Alors que le système italien de santé est en train de craquer, est-ce une surprise demande Thomas Gadisseux ? "C’est interpellant, effectivement. Le fonctionnement en Italie a été ce qu’il a été et les résultats sont ceux-ci. C’est difficile d’émettre un avis".

Mais peut-on imaginer une situation identique en Belgique ? Difficile de se prononcer mais "aujourd’hui on a mis en place une série de mesures, les plans d’urgences hospitalières ont été enclenchés il y a déjà une dizaine de jours. Tous les hôpitaux ont été émis en alerte en même temps ce qui n’a pas été le cas en Italie. Les mesures de confinement ont été plus précoces chez nous qu’elles ne l’ont été en Italie".

Par ailleurs notre système hospitalier est différent, indique encore la directrice médicale. "Toutes ces mesures, on espère à un moment qu’elles vont donner un effet et qu’on va avoir un aplatissement de cette courbe".

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