Iran: le tapis persan reste un art peu soumis à l'ordinateur

Une étudiante dessine à la main le motif d'un tapis persan
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Une étudiante dessine à la main le motif d'un tapis persan - © Marc Burleigh (AFP)

Les doigts de Zahra Nazer ont beau nouer agilement chaque fil de soie, il lui faudra plus d'un an pour achever le tapis qu'elle tisse sur son métier traditionnel, comme plus de deux cent mille Iraniennes vivant de cette industrie bi-millénaire.

Mais, menacée par la concurrence, la fabrication des célèbres tapis persans dont l'exportation rapporte un demi-milliard de dollars par an à l'Iran est en train de se moderniser.

Le métier à tisser pendu sur deux poutres de bois grossièrement équarries ainsi que les gestes précis et rapides de la tisseuse remontent à la nuit des temps: ils n'ont que très peu changé depuis le début de la production de tapis, il y a 2.500 ans, dans ce qu'on appelle aujourd'hui l'Iran.

"J'ai 18 ans, et je tisse depuis que j'en ai quinze", explique Zahra, dont la mère, le père et les tantes tissent aussi. Elle considère son métier comme un savoir transmis de génération en génération.

"J'aime tisser, et ce n'est pas si dur, sauf si on y passe trop de temps", estime la jeune fille qui vit à Qom.

L'art est cher, la concurrence est rude

Son art est menacé depuis plusieurs années par des imitations meilleur marché, souvent tissées à la machine, en provenance notamment de Chine et du Pakistan.

Les acheteurs se font rares, découragés par l'envolée des prix de certains tapis, due notamment à la hausse des cours de la soie.

Un véritable tapis persan de bonne qualité peut coûter des milliers, voire des dizaines de milliers d'euros selon sa taille et sa qualité. Mais les tisseurs tels que Zahra sont rémunérés moins d'un dollar par jour pour leur pénible tâche.

"La situation a considérablement empiré ces dernières années en raison du manque d'acheteurs, d'autant que notre clientèle est surtout constituée de touristes, et nous avons besoin de plus de tourisme dans le pays", estime à Ispahan un vendeur de tapis, Hassan Hosseinzadeh.

Le secteur a réagi en introduisant des changements radicaux, remplaçant avec succès certaines traditions par des technologies du XXIe siècle.

Fleurs et oiseaux dessinés à l'ordinateur     

Dans une fabrique de Qom (150 km au sud de Téhéran), un jeune créateur travaille sur une tablette graphique reliée à un ordinateur, y dessinant les motifs sophistiqués de fleurs et d'oiseaux qui seront ensuite tissés par des ouvrières. Près de lui, un autre dessinateur plus âgé travaille à l'ancienne: à la main, sur du papier millimétré.

L'ordinateur "accélère la conception et nous laisse plus de marge de manoeuvre", souligne le jeune homme, Javad Dejhani, regrettant que certains dessinateurs, sexagénaires, "ne s'intéressent pas aux ordinateurs", pourtant "beaucoup, beaucoup plus rapides". "Il faut évoluer au rythme de la science, sinon on s'isole complètement".

Autre exemple de modernisation: la teinture

La plupart des opérations se déroulent encore dans la vapeur des ateliers traditionnels, où des hommes plongent la soie dans des cuves avant de l'enrouler autour de leur bras pour l'emmener sécher sur les toits.

Mais dans une usine à la périphérie de Kashan, entre Qom et Ispahan, la teinture est désormais automatisée, et se déroule dans des cuves en inox, sous l'oeil d'un ouvrier en blouse blanche qui s'assure que le textile est teint uniformément et conformément aux standards du catalogue.

La transmission du savoir s'est elle aussi accélérée: autrefois assurée empiriquement au sein des ateliers, elle s'effectue aussi désormais dans des salles de classe.

A l'université des Arts d'Ispahan, les élèves apprennent ainsi en quelques jours les techniques que leurs prédécesseurs mettaient des mois à acquérir auprès de leurs aînés.

"Nos méthodes ont transformé les techniques traditionnelles dans les matières à enseigner, ce qui a beaucoup accéléré l'apprentissage", souligne un enseignant de tissage à l'université, Ali Reza Iranpour.

A l'appui de son propos, il montre le travail d'une élève, dont le niveau  atteint, selon lui, celui de vieux maîtres grâce à un enseignement de six heures par semaine.

Tout en regrettant la réticence des artisans traditionnels à utiliser des outils modernes, il tient à continuer à enseigner les techniques ancestrales: "ces gens ont acquis leur savoir auprès de maîtres, et détiennent une expérience accumulée non pas depuis des siècles mais depuis des millénaires", souligne-t-il.

AFP

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