Iran, Chine, Lisbonne, Corée du Sud… : c'est quoi, exactement, une deuxième vague ?

C’est étonnant mais apprenez tout d’abord qu’il n’existe pas de définition officielle de ce qu’est une deuxième vague. C’est ce que confirme l’OMS. Pas de définition, cela veut aussi dire pas de critères précis pour déclencher un plan d’action par exemple. "C’est aux Etats-membres de les définir", indique l’Organisation mondiale de la santé. En Belgique, il n’y en a pas.

Alors que nous voyons apparaître des "foyers de contamination" dans la région de Lisbonne par exemple ou qu’on observe un "rebond" de l’épidémie en Iran, on ne peut pas parler objectivement d’une deuxième vague. Pour la Belgique, on craint une deuxième vague avec l’arrivée de l’automne.

Oui mais quand est-ce qu’on saura que nous sommes face à cette deuxième vague ?

A la recherche d’une définition

S’il n’existe pas de définition officielle et donc pas de critères précis pour dire à partir de quels chiffres et de quels indices de transmission nous sommes face à une deuxième vague, les spécialistes donnent quelques pistes. Pour Yves van Laethem, porte-parole du centre interfédéral de crise, la notion de deuxième vague renvoie à "une augmentation importante des cas dans tout le pays. S’il s’agit de zone, on parlerait plus de foyer de contamination". Donc la deuxième vague est une question de chiffres et de globalité.

Même son de cloche du côté de l’épidémiologiste, responsable de l’Exit Strategy (GEES), Marius Gilbert. Pour lui, en Belgique on parlerait d’une deuxième vague s’il y a "une augmentation soutenue de la transmission. On parlerait de chiffres de plusieurs centaines de cas où il faudrait intervenir rapidement. Si le nombre de cas se remet à augmenter sur plusieurs jours voire plusieurs semaines".

D’autre part, on estime qu’en cas de deuxième vague sur le territoire, celle-ci devrait être beaucoup moins virulente que la première. D’abord parce que les hôpitaux sont beaucoup plus préparés, les connaissances sur le coronavirus de plus en plus étayées.

Par ailleurs, " le comportement des gens a changé, mais c’est acquis aujourd’hui. Ça prend du temps au début avant de se mettre en place ", rappelle Marius Gilbert.

Quand le virus resurgit

En Iran, on compte ce mardi 207.525 cas et 9742 décès. Mais lorsqu’on observe l’évolution de la pandémie, on constate alors que les chiffres semblent repartir à la hausse de façon assez importante.

Est-ce que l’on peut parler de deuxième vague ? Selon le ministère iranien de la santé, encore faut-il passer le premier pic, même si le pays a amorcé le début de son déconfinement. Or, l’Iran, qui a déclaré ses premiers cas de Covid-19 en février, a enregistré son plus bas bilan journalier début mai avant d’être confronté ces dernières semaines à une nouvelle hausse, faisant craindre une deuxième vague épidémique.

La vérité se situe peut-être un peu entre les deux. En effet, les courbes montrent une diminution des cas à partir début avril avant de constater de nouvelles augmentations du nombre de contamination autour du 5 mai.

Mais selon les experts que nous avons interrogés, il serait plus juste de parler de "résurgence". "En Iran, ce n’est jamais vraiment redescendu, et là ça a repris", indique Marius Gilbert. Il explique que la courbe n’a jamais été complètement aplanie en Iran. On ne peut donc pas parler de seconde vague, même si une sorte de pic a bien été passé, la chute du nombre de cas, s’approchant de zéro n’a pas encore été observée en Iran.


►►► Lire aussi : coronavirus : l’impréparation de la deuxième vague pointée par les experts


L’épidémiologiste utilise alors le parallèle avec la grippe, une épidémie que l’on peut constater chaque année, explique-t-il. "Chaque année on peut observer une vague d’épidémie de grippe", avec un pic et puis une chute drastique des contaminations. "Pour le Covid, on n’a pas encore vu ça", dit-il.

 

Mesures rapides à Lisbonne

Au Portugal, dans la région du grand Lisbonne, alors que des rassemblements de plus de vingt personnes étaient interdits, plusieurs soirées clandestines ont été organisées, dont également une soirée ayant fait venir près de 1000 fêtards. Résultat, alors que le pays était parvenu à limiter la propagation du virus grâce à des mesures adoptées rapidement, aujourd’hui la capitale portugaise fait face à de nouveaux foyers de contamination. "Le noyau du problème concerne seulement quinze quartiers […]. Nous avons besoin de fournir des efforts supplémentaires dans ces zones-là", a déclaré le Premier ministre Antonio Costa lors d’une conférence de presse, après une rencontre avec des élus locaux à Lisbonne, indique l’agence de presse Reuters.

Des mesures sont prises dans ces quartiers spécifiques : les rassemblements au-delà de 10 personnes sont interdits. Les commerces ferment désormais à 20 heures et il ne sera plus possible de se faire servir de l’alcool passé cette heure. De plus la consommation d’alcool est désormais interdite dans les espaces publics, a indiqué le Premier ministre.

Pour le secrétaire d’Etat à la santé, Antonio Lacerda Sales, " il s’agit de foyers et, comme pour les incendies, il faut y répondre avec les moyens nécessaires pour éviter la propagation ", rapporte Ouest France. Mais là encore on ne parle pas de deuxième vague. La recrudescence de cas est contenue sur un territoire donné. Même si le pays a enregistré 9221 cas en un mois, ces derniers sont à 85% concentrés sur la région de Lisbonne. Le pays compte à ce jour 39.392 cas depuis le début de l’épidémie.

Les " deuxièmes vagues " prématurées ?

Par endroits, on constate également un sursaut dans les courbes. C’est le cas, en Corée du Sud. Le pays avait été le deuxième pays le plus touché, juste après la Chine, au début de la crise. Mais Séoul était parvenu à rapidement endiguer la pandémie.

Or, depuis plusieurs semaines, le pays enregistre en 35 et 50 nouvelles contaminations par jour. Ce mardi le pays comptait 46 nouvelles contaminations sur un total de 12.484 depuis le début de la pandémie. "Nous pensons que la deuxième vague dure depuis les vacances de mai", a déclaré le directeur des Centres coréens de contrôle et de prévention des maladies (KCDC), Jung Eun-kyeong. Des mesures de distanciation sociale ont été réimposées fin mai après l’apparition de foyers de contamination à Séoul et à proximité.

Mais là encore, difficile de parler réellement de deuxième vague. Ce n’est pas ce que l’on peut appeler une tendance globale et répandue à l’ensemble du territoire. Les cas sont principalement situés à Séoul, la capitale du pays. Et en termes de proportion, les chiffres sont loin des niveaux qu’ils avaient pu atteindre au début. Beaucoup trop tôt donc pour parler de "deuxième vague". On parlera donc de foyer de contamination.

Même cas de figure en Chine, où après l’annonce de nouveaux foyers de contamination, certains quartiers près de Pékin ont été bouclés pour contenir une éventuelle nouvelle propagation. Ou encore en Allemagne, où pour la première fois a été introduit un confinement local suite à une hausse de cas.

Se tenir en alerte

Ainsi le plus étonnant est bien qu’il n’existe pas de définition claire de ce qu’est une deuxième vague. Ce que l’on sait et que les experts répètent régulièrement c’est que le virus circule encore bel et bien dans nos communautés. D’ailleurs l’Organisation mondiale de la santé a fait savoir son inquiétude concernant la phase de déconfinement, parlant d’une "phase dangereuse".


►►► Lire aussi : coronavirus et déconfinement : vers une "récidive" à l’automne ?


En revanche, l’organisation préconise de se tenir constamment en alerte. "Il y a des pays qui ont obtenu d’importants succès concernant la suppression du virus, ils ont été capables de réduire le niveau ou de l’éliminer. Ces pays, et les autres, doivent rester et se tenir prêts en cas de résurgence des cas. C’est très important que les pays aient les systèmes en place capables d’identifier rapidement n’importe quel cas suspect et de le tester", prévient l’OMS.

Se tenir en alerte constante au cas où donc. Il faut " être sûr de pouvoir tester, traiter, isoler et tracer et pouvoir mettre en quarantaine les contacts afin que toute résurgence du virus puisse être contenue et éradiquée ", insiste l’organisation mondiale de la santé.

En attendant, les gestes barrières, les mesures d’hygiènes et la distanciation sociale restent de mise. Pour Marius Gilbert, "si on n’agit pas, une deuxième vague sera alors inévitable ".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK