Interview avec le cerveau présumé de la cellule de Verviers

Entretien avec Abu Umar Al Balgiki, magazine Dabiq.
Entretien avec Abu Umar Al Balgiki, magazine Dabiq. - © Tous droits réservés

Interview avec Abu'Umar Al-Baljiki. Voilà ce que titre le magazine Dabiq. Cette publication en ligne émane du groupe terroriste Etat Islamique. Sur deux pages, elle affirme donner la parole à Abdelhamid Abaaoud. L'homme serait aujourd'hui en Syrie. La Belgique le recherche comme le cerveau présumé de la cellule de Verviers qui planifiait des attentats sur notre sol. Cette interview, qui n'est pas authentifiée, est toute à la gloire du Molenbeekois.

Abdelhamid Abaaoud, alias Abu'umar Al Baljiki, aurait donc accordé une interview au magazine en ligne du groupe terroriste État Islamique. D'emblée, Abaaoud (si c'est bien lui) explique qu'Allah l'a choisi pour mener une mission : "Terroriser les croisés qui font la guerre aux musulmans".

Propagande

Le magazine Dabiq propose un récit dont Abaoud est le héros. Mais aussi les deux frères, tués dans l'assaut de Verviers le 15 janvier dernier. Ils apparaissent tous les trois sur une photo. L'interview ne craint pas les incohérences. Mais nous nous trouvons là en mode propagande, avec une publication bien produite, des héros sur mesure et des cibles précises.

C'est ce qu'explique Didier Leroy. Selon ce professeur à l'ULB, spécialiste de l'Islam et du terrorisme, "le produit est attrayant sur le plan formel et une fois au niveau du contenu, le discours est extrêmement simple, présente une vision du monde extrêmement manichéenne, le bien contre le mal. Bon, en gros, on essaie de glaner à sa cause l'ensemble des personnes qui se sentent dans une position de rejet".

Incohérences

L'interview comporte certaines incohérences. Tout d'abord, quand il raconte l'assaut mené le 15 janvier : "Abuz-Zubayr et Abu Khalid étaient ensemble dans la planque et ils avaient leurs armes et leurs explosifs prêts. Les mécréants ont envahi l’endroit avec plus de 150 soldats des unités spéciales françaises et belges". 150 est un chiffre largement exagéré. Ce soir-là, il fallait compter une trentaine de policiers dans l'opération.

Ensuite, Abu Umar affirme qu'il était présent lui-même en Belgique. "Nous avons passé des mois à chercher un chemin vers l’Europe, et grâce à la force d’Allah, nous avons réussi à rejoindre la Belgique". L'homme dit avoir fui notre pays le jour de l'assaut à Verviers. Pour les enquêteurs belges, c'est totalement faux. Ce jour-là, Abdelhamid Abaaoud est bien signalé en Grèce.

Et l'article va plus loin. Abaaoud aurait aussi échappé à un contrôle de police. "J’ai même été arrêté par un officier, qui m’a regardé longuement pour me comparer à la photo. Mais il m’a laissé partir, car il n’a pas vu de ressemblance". Une information impossible à vérifier, mais qui contribue à faire du jihadiste le plus recherché de Belgique un véritable héros.

Des héros sur mesure

Le récit est entièrement dédié à la gloire de Dieu, et du jihad armé. La police, elle, est tournée en dérision. Des thèmes classiques de la propagande menée par l'État islamique qui se déclinent tout au long des 83 pages que compte cette revue. Pour Didier Leroy, "on essaie de héroïser les quelques individus qui ont été fort médiatisés suite aux récentes attaques".

Et l'article qui précède est précisément de même facture : il présente Amedy Coulibaly (l'auteur de l'attaque contre le supermarché casher à Paris) comme "The Good Example", "L'exemple à suivre". La version francophone du magazine (Dar al Islam) propose lui dans son dernier numéro une interview de la compagne d'Amedy Coulibaly, Hayat Boumeddiene, qui aurait fui en Syrie. Cette interview est surtout un appel à adorer Allah.

Justine Katz et Radia Sadani

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