Internet Safer Day : et si on se trompait de cible en axant la prévention sur les plus jeunes?

Qui n'a jamais reçu un mail disant que votre boite mail était piratée et vous devez payer afin de la récupérer; ou reçu un message d'un compte Facebook très flou et vide cherchant à obtenir vos données bancaires ?

La liste est longue lorsqu'il est question des tentatives d'arnaques sur internet : escroquerie par mails, faux profils sur les réseaux sociaux; infox : les dangers sont variés pour toute personne qui serait trop crédule envers n'importe quelle source. Les arnaques les plus courantes sont détaillées sur notre site Tendance.

Je pensais vraiment que c'était mon cousin"

André, 80 ans passé, n'est pas un novice d'internet. Depuis plus de 10 ans, il dispose de son propre ordinateur portable et n'éprouve aucune difficulté à faire des recherches sur internet, envoyer ses mails, etc. Pourtant, un jour, cet octogénaire pense recevoir un mail de son cousin habitant en France. Ce dernier est : "en vacances et hospitalisé. Il n'ose pas demander une somme d'argent à sa famille pour éviter de les inquiéter".

Évidemment, le mail est faux, mais André est confus : "Le nom était correct, ainsi que les ceux de ses enfants et sa ville. J'ai été réticent au début, mais son adresse mail était correcte". Désemparé il effectue deux virements vers son soi-disant cousin souffrant. C'est lors de la troisième demande que André se méfie et téléphone aux enfants de celui-ci. La vérification est tardive, cette escroquerie lui aura coûté 1200 euros. 

Une éducation aux médias pour les aînés ?

En Europe, le 11 février c'est le Safer Internet Day (SID). En Belgique, il est organisé par le B-BICO : le consortium belge pour un meilleur Internet. L'initiative est portée plusieurs organisations comme le Conseil Supérieur de l'Education aux Médias (CSEM), ChildFocus ou encore Inforjeunes.

Le SID s'oriente donc fortement pour les jeunes de 10 à 25 ans, en proposant des ateliers et animations à destination des jeunes, des parents et des écoles. 

7 fois plus de fake news chez les seniors

Pourtant, en janvier 2019, la revue scientifique Science Advances confirmait que les plus de 65 ans partageaient 7 fois plus de "fake news" que les jeunes. Ces chiffres, issus de la campagne présidentielle américaine de 2016, sont aussi d'actualité chez nous. Une tendance qui démontre que les aînés devraient bénéficier d'aides pour une meilleure utilisation d'Internet.

Patrick Verniers, président du CESM décrit cette situation : "À l'inverse des jeunes, les internautes que l'on peut qualifier d'aînés représentent un public hétéroclite. L'âge de début de tranche varie de 55 à 65 ans, et le milieu socioculturel varie fortement entre les utilisateurs. Ces facteurs compliquent le ciblage d'aides pour cette catégorie de la population".

Des initiatives existent comme le Mouvement Social des Aînés (ENEO), ou d'autres qui restent très locales. Leur but ? Aider les aînés à communiquer avec les outils numériques, ou les adapter au système bancaire qui transite vers le tout numérique. 

Le SFP économie détaillait ceci en 2018 via le programme Digital Belgium : "La Belgique a pour objectif d'arriver à ce que chaque citoyen mène tout contact avec l'administration de manière numérique et via des applications confortables pour les utilisateurs"

Pourtant, si l'on suit l'analyse de Périne Brotcorne, chercheuse et assistante à l'UCLouvain, dans "Inégaux face aux technologies numériques : un problème d'accès ?" (2019), cette dynamique pourrait produire des effet d'exclusion. Selon les chiffres d'Eurostat, 4 personnes sur 10 dans les 65-74 ans n'ont pas de compétences ou ne sont même pas utilisateurs d'Internet. 

"On a tous un rôle à jouer"

Tik Tok, Youtube, Instagram, Facebook, les réseaux sociaux se multiplient et les usagers sont parfois très jeunes. Selon ChildFocus, ont un profil sur un réseau social : 25% des 9-10 ans, 49% des 11-12 ans, et 83% des 13-14 ans. Dès lors, il est important d'éduquer au plus tôt les jeunes afin qu'ils ne se perdent pas dans les méandres du web.

Le Safer Internet Day propose un panel de ressources pédagogiques à destination des enfants, des parents et des écoles. Les thèmes sont variés : e-réputation, vie privée, sexting, publicité, cyberharcèlement, sélection de l'information, etc. La liste des ressources est consultable sur betternet.be. Certains contenus sont disponibles en audiovisuel, comme cette capsule vidéo sur les fake news. 

La sécurité en ligne passe par de nombreux domaines et concerne donc beaucoup d'acteurs. Le slogan 2020 en dit long "On a tous un rôle à jouer".

En effet, toujours selon Périne Brotcorne dans "Inégaux face aux technologies numériques : un problème d'accès ?" (2019) : "Plus les parents développent des compétences dans le numérique, plus ils encadrent tôt les pratiques de leurs enfants. À l'inverse, au moins des parents ont ces compétences, au plus ils s'en remettront à l'école pour l'apprentissage des bons codes et réguler les usages".

Cette explication résume le sens du slogan de cette édition afin de converger vers un "Meilleur Internet". 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK