Internet: l'info satirique, remède au ronron médiatique ?

Vu sur le net : vrai ou faux?
Vu sur le net : vrai ou faux? - © RTBF

Sur internet, qui n’est jamais tombé sur une information qui fait le buzz alors qu’elle se révèle finalement créée de toute pièce ? Certains sites satiriques sont spécialisés dans le genre. Mais avec quel résultat ? Eveiller l'esprit critique, ou semer la confusion générale ?

"Ivre, il parie 7-1 pour l'Allemagne et devient millionnaire". Une fausse information à laquelle vous avez peut-être cru… Elle a fait le tour de la toile pendant le Mondial de foot, récoltant au total plus d’un million et demi de vues. L'auteur de ce canular se fait appeler Vincent "Flibustier". Ce trublion du net de 23 ans a créé le site Nord-Presse au mois de mai dernier. Une référence parodique, à peine voilée, à un journal bien réel.

"Ce qui me motive, c’est de me moquer d’une certaine presse qui ne se gêne pas pour faire des articles vraiment bas de plafond, simplement pour faire du clic. Du pur 'chien écrasé' littéralement. C’est pour ça qu’on a fait par exemple un article comme : 'Une mouche est morte à Onhaye"", explique le jeune homme. "Ce genre d’articles, évidemment, les gens savent que c’est pour rire"… Selon lui, le site de Nord-Presse totalise jusqu’à trois millions de vues par mois.

L’information satirique fait le buzz. En France, le Gorafi est un spécialiste du genre. Ses fausses nouvelles, décalées ou absurdes, font sourire ou réfléchir. Une démarche salutaire pour Damien Van Achter, observateur attentif du web et professeur de journalisme à l’Ihecs.

Pour lui, ce type de site éveille l’esprit critique des internautes tout en poussant les médias classiques à s’améliorer. "C’est aux journalistes à réaffirmer au quotidien la valeur d’une information correcte, de qualité". Par son recours à la dérision, l’info satirique jouerait le rôle d’aiguillon de la presse, l’obligeant à plus d’exigence et de vigilance.

Un risque de confusion

Mais les sites internet satiriques sèment aussi le trouble. Vrai ou faux ? Info ou intox ? Sur les réseaux sociaux, où l’internaute se retrouve confronté à un déluge d’informations, difficile de toujours faire la part des choses. L’esprit critique peut alors se muer en scepticisme généralisé. Voilà qui pose question pour Jean-Jacques Jespers.

"Le risque pour le public, c’est de mélanger tout et de se dire que de toute façon, "les" médias racontent n’importe quoi. C’est vrai à certains moments mais ce n’est pas vrai tout le temps et ce n’est pas vrai pour tous les médias", explique le professeur de déontologie de l’information de l’ULB. "Donc je crois que l’esprit critique doit effectivement être suscité, ressuscité, sollicité, mais il faut éviter les ambigüités".

Eviter les ambigüités, cela signifie que le contrat de lecture doit être clair : le lecteur doit savoir à quel type d’information, satirique ou non, il a affaire. Le site de Nord-Presse, qui n’annonce pas clairement la couleur et glisse de vraies informations parmi les fausses, constitue à cet égard un contre-exemple, selon Jean-Jacques Jespers. Si l’internaute est piégé sans possibilité de détecter le canular, quel est l’intérêt en termes d’éveil de l’esprit critique ?

Facebook veut démêler le vrai du faux

Alors comment ne pas se laisser piéger ? Comment démêler le vrai du faux ? Facebook pense avoir trouvé un début de réponse : le réseau social envisage de placer un tag [Satire] sur les articles en provenance de sites satiriques, comme l’américain The Onion, bien connu outre-atlantique. Jean Jacques Jespers estime que ce serait une bonne chose car "le public de Facebook est un public très large dans lequel il y a beaucoup de jeunes notamment, d’adolescents, qui sont susceptibles de se laisser plus facilement abuser par certains sites".

De son côté, Damien Van Achter trouve l’idée intéressante tout en s’interrogeant. "A partir du moment où on dit aux gens : 'Surtout ne faites aucun travail intellectuel, mangez, consommez et taisez-vous', je ne vois pas l’intérêt. Ce n’est pas ça qui va tirer les gens vers le haut, ce n’est pas ça qui fera en sorte qu’ils se sentiront bien informés et qu’ils seront des citoyens libres". Sans compter, ajoute-t-il, que la satire finira sans doute par trouver le moyen de contourner ce type de tag, le rendant de facto inefficace.

L’idée de Facebook a en tout cas directement été parodiée par le Gorafi qui propose de signaler les "vrais articles de presse journalistique"...

S. F.

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