Interdire l'avortement n'en diminue jamais le nombre, mais le rend clandestin et risqué

Interdire l'avortement n'en diminue jamais le nombre, mais le rend clandestin et risqué
Interdire l'avortement n'en diminue jamais le nombre, mais le rend clandestin et risqué - © THOMAS SAMSON - AFP

Les mouvements anti-IVG, pro-life ou anti-choix, font de nouveau beaucoup parler d’eux dans les médias. Et puis, il y a quelques jours, on a appris le décès aux États-Unis de Norma McCorvey. Ce nom ne vous dit sans doute rien, mais c’est la fameuse Jane Roe de l’affaire Roe contre Wade. Bref, c'est grâce à cette femme que l’avortement a été légalisé aux États-Unis.

Le choix d'interruption de grossesse, un droit fondamental 

En 1970, elle a 23 ans et elle est habitante du Texas. Elle entame une procédure judiciaire pour obtenir le droit de mettre un terme à sa grossesse, une procédure sous un faux nom, par crainte de voir son vrai nom étalé dans les médias. Le Texas, à l’époque, n’acceptait les avortements qu’en cas de risque pour la vie de la mère. Et 3 ans plus tard, dans un arrêt spectaculaire, la Cour suprême des États-Unis va estimer que le choix d’interrompre une grossesse relevait du droit fondamental à la vie privée. Cet arrêt a rendu illégales toutes les lois américaines qui s’opposaient à l’avortement. Un principe actuellement remis en cause par le parti républicain de Donald Trump.

Il a fallu attendre 1990 chez nous pour que la loi Lallemand-Michielsen dépénalise partiellement l’interruption volontaire de grossesse. Et qu’est-ce qu’elle dit la loi chez nous ? Elle dit que toute femme enceinte et se trouvant en situation de détresse a le droit de demander un avortement.

L'avortement a traversé toutes les époques

À l’époque, souvenez-vous, le roi s’était retiré pour que cette loi puisse être adoptée. Si légalisation de l’avortement est assez récente, l’avortement a évidemment toujours existé. Antiquité, Moyen-Âge, Renaissance, temps moderne, à toutes les époques, on utilisait des décoctions de plantes abortives comme la sabine, des manœuvres corporelles, des coups dans le ventre, l’utilisation d’objets tranchants. Tout cela est décrit dans les textes.

Néanmoins, un avortement dès les premières semaines de grossesse a été longtemps impossible parce que la plupart des femmes d’autrefois ignoraient quand exactement elles étaient tombées enceintes, et le signe certain, sûr, d’une grossesse a longtemps été tardif, c’est lorsque la mère sentait le bébé bouger et donc vers le quatrième mois de la grossesse.

C’est important à noter parce que pendant longtemps, on a estimé que la vie de l’embryon ne commençait pas dès la conception, mais à partir de l’animation, donc à partir du moment où le bébé bougeait: 42 jours pour le père de la médecine, Hippocrate, dans l’Antiquité; le même nombre de jours chez Saint Thomas d’Aquin.

En 1234, l’Église adopte même officiellement ce terme, ce qui en théorie rend permise toute interruption de grossesse avant 2 ou 3 mois. En revanche, après ce stade, l’avortement est un acte grave interdit aux médecins par le serment d’Hippocrate, c’est un péché capital pour l’Église.

L'évolution scientifique va durcir l'opinion sur l'avortement 

En réalité, c'est l’évolution scientifique qui va faire changer cette perception et va durcir l’opinion sur l’avortement. Au XVIIe siècle, la découverte grâce au microscope des ovules et des spermatozoïdes, les progrès de l’embryologie et de la clinique vont faire remonter les débuts de la vie à la conception, dès la fécondation, et cela change évidemment tout.

Au XIXe siècle, l’avortement va être inscrit au Code pénal comme un crime, il a donc fallu des décennies pour changer la donne, des décennies d’avortements clandestins, aussi souvent dans des conditions d’hygiène précaire, avec de mauvais instruments, ce qui provoquait des hémorragies, des septicémies, des péritonites. Trop de femmes sont mortes des suites d’un avortement clandestin.

Et aujourd'hui en Belgique?

Aujourd'hui, en Belgique, on est bien loin de tout ça. Il y a toutefois des limitations. Le délai autorisé par la loi belge est de 12 semaines maximum entre la fécondation et l’avortement. L’IVG est permise au-delà de 12 semaines dans deux cas particuliers: lorsque la grossesse met en danger la vie de la mère et lorsque l’enfant à naître est atteint d’une infection grave reconnue comme incurable.

Deux méthodes sont proposées aux femmes : la méthode médicamenteuse jusqu'à 5 semaines de grossesse et la méthode chirurgicale par aspiration. L’IVG se fait à l’hôpital ou dans un planning familial qui pratique l’avortement. Il doit y avoir un examen médical et psychologique préalable. Il doit aussi y avoir un délai minimum de 6 jours entre cet entretien et l’avortement. Depuis 2003, l’IVG est prise en charge par la mutuelle, on ne paye que le ticket modérateur de 3,60 €.

Vu cet historique, comment considérer la volonté de Donald Trump de couper le robinet des subventions aux plannings familiaux aux États-Unis, mais aussi aux ONG qui pratiquent les avortements dans les pays pauvres? Toutes les études le prouvent, plus les lois sont restrictives, plus la santé et la vie des femmes sont en danger. Interdire l’avortement n’en diminue jamais le nombre, mais le rend clandestin et risqué.

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