Interdiction des véhicules diesel dans les villes: moins de dioxyde d'azote, mais plus de CO2 ?

Le gouvernement bruxellois l'a annoncé il y a trois jours, il veut bannir les véhicules diesel de la capitale pour 2030. Le but principal est d'améliorer la qualité de l'air que respirent tous les jours les Bruxellois, notamment en diminuant la concentration de dioxyde d'azote (NO2), un gaz cancérogène que les moteurs diesel rejettent bien plus que les moteurs essence.

Récemment, Ecolo-Groen a révélé les résultats d'analyses de l'air effectuées grâce à des capteurs placés durant un mois dans la ville, et ils dénoncent une quantité de dioxyde d'azote bien trop élevée en de nombreux endroits.

Plus de CO2, mais moins de NO2

Philippe Casse, historien de l'automobile et ancien porte-parole du Groupe D’Ieteren Auto, est quelque peu sceptique sur l'impact réel de cette interdiction des véhicules diesel, qui va "amener un certain nombre d'automobilistes à choisir, parfois à bon escient mais souvent à mauvais escient, de passer du diesel à l'essence, ce qui veut dire que la production de CO2 d'un moteur à essence utilisé dans les mêmes circonstances et de même calibre qu'un moteur diesel, dans les mains d'un bon conducteur, va augmenter de 6% à 10%, et dans les mains d'un 'zot', pour parler bruxellois, de quelqu'un qui roule de manière un peu déjantée, ça peut monter jusqu'à 70%. Mais pour les autorités fiscales, c'est très intéressant parce que le passage du diesel à l'essence augmente la perception d'accises de 25% dans le cas d'un bon conducteur et de 70% dans le cas de son exemple contraire."

Juliette Bouchet de Greenpeace porte un tout autre regard sur la situation, rappelant que c'est plus au niveau des des gaz pollutants que des gaz à effets de serre qu'il faut voir un effet bénéfique. "Il y a quelque chose que Monsieur [Casse] ne dit peut-être pas et peut-être qu'il l'ignore, c'est l'impact du diesel au niveau local sur la santé des enfants. Le dioxyde d'azote est très important. Des mesures ont été faites tout autour des écoles à Bruxelles et partout ailleurs en Belgique et l'impact du diesel sur la santé des enfants est très important. Donc, c'est une bonne mesure pour la santé de tout le monde, mais en particulier de nos tout petits, et c'est une très bonne nouvelle aussi pour l'impact environnemental. On s'est accordés autour de l'accord de Paris il y a quelques années déjà, il faut tout faire pour le mettre en œuvre et il y a urgence pour protéger notre environnement et notre santé."

Et de rappeler qu'il y a des alternatives à la voiture pour se déplacer en ville, et de mettre la pression sur les pouvoirs décisionnels afin d'encourager le citoyen à privilégier une mobilité multimodale. "Ce qui est important, c'est d'envisager la mobilité comme un tout. Il faut donc absolument encourager le développement des alternatives. On voit que la ville de Bruxelles est une ville essentiellement orientée vers les déplacements en automobile, donc il faut absolument développer les transports en commun et sécuriser des sites pour qu'on puisse beaucoup plus se déplacer à pied et à vélo." 

Les jeunes ne veulent plus posséder une voiture

Philippe Casse rappelle que les nouvelles générations sont bien moins attirées par le fait de posséder une voiture, et se dirigent plutôt vers la location. "Il y a évidemment beaucoup de citoyens qui pensent que la voiture c'est la liberté. Est-ce qu'avoir une voiture et passer beaucoup de temps dans les embouteillages, c'est ça l'expression de la liberté ? On a envie d'un véhicule… de plus en plus, les nouvelles générations n'ont plus envie de posséder un véhicule, mais plutôt d'avoir un service qui permet de louer ou d'avoir à notre disposition quand c'est nécessaire un véhicule. Je pense que les générations évoluent, et donc être bien dans sa peau et être bien dans sa vie ne sera pas forcément posséder un véhicule"

Pourra-t-on revendre son diesel d'occasion ?

"Si vous achetez un diesel aujourd'hui, il y a des tas de marchés qui vont vous acheter votre diesel d'occasion, rassure Philippe Casse. Du reste, regardez la côte d'occasion des voitures diesel, elle a à peine bougé, ce qui est la preuve qu'il y a des marchés pour les voitures diesel d'occasion. Ceci dit, il y a le meilleur choix ou le moins mauvais pour chacun des citoyens. Il n'y a pas deux citoyens qui ont le même usage automobile. Il y a des gens qui font 500 kilomètres par an et il y en a d'autres qui font 100 000 kilomètres par an et leurs besoins sont infiniment différents."

Et de mettre ne garde les gouvernements sur les soutiens fiscaux aux voitures électriques, rappelant que la production électrique est elle-même responsable d'émission de gaz à effet de serre. "Je me garde de faire le procès d'intention de dire que c'est un système dont les conséquences sont juteuses pour financer les soutiens fiscaux qui sont donnés aux voitures électriques. J'espère que les autorités bruxelloises et belges sont conscientes des conséquences de la saga des certificats verts en Wallonie, qui étaient une catastrophe financière. Je crois que le passage du diesel à l'essence est le contraire, mais permettra de financer l'électricité."

L'on va vers un avenir du tout électrique alors ? "Non, l'avenir est infiniment différent suivant les pays parce que le rendement énergétique de chaque type de moteur — essence, diesel, hydrogène, CNG, électrique — est différent d'un pays à l'autre. Aujourd'hui, il n'y a que deux pays en Europe où les voitures électriques font moins de CO2, directement ou indirectement, que les voitures diesel. Ce sont la Norvège, grâce à l'hydroélectricité, et la France, grâce au nucléaire. Dans tous les autres pays, la fabrication, l'usage et le recyclage des voitures électriques produisent plus de CO2 qu'une voiture diesel"

Vers une interdiction des véhicules essence aussi ?

Bruxelles n'est pas la seule à vouloir bannir le diesel de ses rues, et selon la porte-parole de Greenpeace, l'avenir ira vers une interdiction des véhicules essence également. "En général, l'interdiction de circuler au diesel dans les grandes villes va être mise en place, et successivement à ça, se verra mettre en place en général une interdiction de rouler aux véhicules à essence. Ces véhicules génèrent une pollution immédiate et locale autour de leur utilisation et les centres-ville sont pollués de cette pollution atmosphérique. Bruxelles n'est pas la seule à réagir de cette manière. Paris, ce sera encore plus tôt, c'est en 2024 qu'on va interdire le diesel en 2030 l'essence. À Rome, à Athènes, au Mexique, partout dans le monde se mettent en place des interdictions de ces véhicules, donc ce n'est pas simplement revendre son véhicule diesel pour racheter une essence, comme le dit Monsieur, ce n'est pas forcément ce qui va se passer."

"Ce qu'il faut mettre en place, ce sont des alternatives pour nettoyer les centres-ville de ces pollutions et pour rétablir un bien-être des gens qui vivent en ville, parce que ça va être la norme. De plus en plus de gens vivent en ville et souffrent de ces pollutions atmosphériques. Il faut donc absolument qu'on mette en place des interdictions de rouler au diesel, mais aussi des interdictions de rouler à l'essence et mettre en place des alternatives. Ça ne va pas supprimer du jour au lendemain le recours aux véhicules à essence ou à diesel, mais il faut favoriser les alternatives. Les technologies évoluent sans cesse, les véhicules électriques se développent et seront de moins en moins polluants, et ils le sont déjà quatre fois moins aujourd'hui…"
 

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