Interdiction de fumer avant 18 ans: les mesures anti-tabac ont-elles un réel impact sur la consommation ?

À partir du premier novembre, la vente de tabac sera officiellement interdite aux moins de 18 ans en Belgique (la limite était fixée à 16 ans auparavant). Nous cesserons ainsi d’être le seul pays d’Europe à vendre du tabac aux jeunes entre 16 et 18 ans.

Ces dernières années, ce genre de mesures visant à limiter la consommation de tabac se sont multipliées : photos peu ragoûtantes de poumons goudronnés sur les paquets, interdiction de fumer dans les lieux publics, augmentation des accises… Mais ces dispositions sont-elles réellement efficaces ? Oui, d’après Mathieu Capouet, expert tabac au SPF Santé Publique : "On observe une diminution importante du tabagisme dans la population, en tout cas de 2013 à 2018, et cette tendance est observée depuis la première enquête de santé par interview en 1997. Les mesures fonctionnent, surtout quand elles sont prises de manière concomitante. Concrètement, on crée un environnement positif à l’aide à l’arrêt et à la dénormalisation du produit, puis on observe, à la fin, une diminution importante de la consommation".

Un constat partagé par Vincent Lustigier, tabacologue au CHU Brugman. "Il n’y a pas de mesure unique qui fonctionne bien, c’est un panel qui donne un tout dissuasif pour les fumeurs". Une exception existe tout de même : celle de l’augmentation du prix du tabac. En effet, il a été prouvé qu’une augmentation de 10% des tarifs induit une baisse de 4% de la consommation, surtout chez les jeunes et les populations précarisées, publics cibles de ces mesures.

Les mesures atteignent leurs limites

Vincent Lustigier constate, en revanche, que ces méthodes sont en train d’atteindre leurs limites. "On arrive, dans la plupart des pays où ce type de mesures ont été implémentées, à un plateau qui tourne autour de 15-20% de fumeurs. Or, il est souvent difficile de descendre plus bas, probablement car une série de personnes consomment du tabac pour des raisons psychologiques, d’auto-médication, etc."

Et le tabacologue de regretter également que l’interdiction, en Belgique, de vente de tabac aux moins de 18 ans soit arrivée si tardivement : "Cela vient très tard, et le problème, c’est qu’étant donné que le cerveau humain n’atteint sa maturité qu’à 25 ans, une consommation avant 18 ans va provoquer une sur-sensibilisation du circuit de récompense, qui va augmenter l’addiction à l’âge adulte. Donc ça aurait vraiment dû arriver plus tôt".

Deux autres lois arrivent en 2020

Deux autres mesures arriveront encore en 2020. La première, c’est l’apparition du paquet unique au premier janvier, qui a déjà fait ses preuves en termes de baisse de consommation en Australie où il a été implémenté en 2012. La seconde, c’est l’interdiction de la vente des cigarettes mentholées, prévue pour le mois de mai. Celles-ci sont visées car particulièrement attractives pour les jeunes.

 

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