Insultes et phrases assassines... la nouvelle stratégie politique?

"Salope", "sale con", "rats", "petits gros", "psychopathe"… Depuis quelques années, les insultes se font de plus en plus fréquentes dans la bouche des politiques, et parfois des chefs d’Etat. La moquerie serait-elle une nouvelle stratégie politique pour paraitre plus proche du peuple ? En tout cas, elle se banalise, et les noms d’oiseaux sont échangés sans complexe.

Le dernier affront en date émane du président brésilien Jaïr Bolsonaro, qui s’en est pris cette semaine à Brigitte Macron. Un montage photo comparant son couple à celui du couple présidentiel français a été posté par un internaute sur les réseaux sociaux. Il se moque clairement de l’âge et du physique de la Première Dame française, et le président brésilien n’a pas hésité à commenter "Ne l’humilie pas, mec. Lol" pour appuyer son propos.

Le président brésilien n’en n’est pas à son coup d'essai, puisque depuis son arrivée au pouvoir en octobre 2018, il a multiplié les phrases "choc", rejoignant ainsi le petit groupe des politiques qui font régulièrement la Une avec leurs déclarations jugées " limites ". Donald Trump a été souvent épinglé pour des tweets jugés racistes, sexistes, ou simplement irrespectueux. Il est également connu pour sa versatilité, traitant un jour Kim-Jong Un de "petit gros" et de " psychopathe " avant de le considérer comme un ami quelques semaines plus tard.

"Serpillière humide"

En Europe, d’autres leaders issus de partis populistes ou d'extrême-droite ont également tendance à avoir l’insulte facile. En 2012, l’eurodéputé britannique et europhobe Nigel Farage était condamné pour avoir traité Herman Van Rompuy, alors Président du Conseil, de "serpillière humide". En Italie, le leader du parti d’extrême-droite de La Ligue, Matteo Salvini, est régulièrement accusé de tenir des propos racistes et xénophobes.

Une insulte n’est plus un faux pas

L’insulte en politique semble donc entrer progressivement dans les mœurs, alors qu’elle a longtemps été considérée comme une bévue. Si ce genre de propos existait, il restait dans les bureaux fermés. Et lorsqu'une insulte en sortait, c’était un problème et jamais une stratégie. Ainsi, une injure lâchée par inadvertance par un politique était presque systématiquement suivie d’excuses, et était considérée comme un faux pas. On pense par exemple à cet épisode de février 1988, lors d’un sommet européen assez tendu. Jacques Chirac, alors Premier ministre français et ignorant qu’il était enregistré, avait dit : "Qu’est-ce qu’elle veut de plus, la mégère ? Mes couilles sur un plateau ?" La presse s’était emparée de cette déclaration, et Jacques Chirac s’était empressé de nier les faits, ce qui montre bien que l’insulte n’était pas un outil diplomatique.

Aujourd’hui, on a tendance à considérer que l’émergence des leaders néopopulistes, Donald Trump en tête, a changé la donne. Les personnalités comme Trump, Jaïr Bolsonaro, Matteo Salvini ou Viktor Orban prétendent parler vrai, et abolir les filtres entre eux et le peuple.

Et en Belgique?

Notre pays est-il influencé par cette tendance? En tout cas, en mai 2018, la bourgmestre MR de Courcelles Caroline Taquin a porté plainte contre l’ex-président de la fédération socialiste de Charleroi, Eric Massin. Ce dernier avait tenu des propos insultants dans son discours du 1er mai. En énumérant les différentes têtes de listes PS dans les communes de la région en vue des élections communales, il avait parlé de celle de Courcelles, qui était opposée à Caroline Taquin : "Elle n’aura pas la tâche facile face à la plus rosse, là je suis trop gentil… La plus salope, là je suis trop méchant, des bourgmestres du coin".

Le discours avait immédiatement créé la polémique, poussant Eric Massin à s’excuser platement sur les réseaux sociaux.

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