Inondations en Belgique : pollution aux hydrocarbures, que faire et quels risques ?

En raison des intempéries et des inondations, on observe de nombreuses fuites d’hydrocarbures. C’était le cas, par exemple, hier soir à Aiseau-Presles, une commune du Hainaut, où des citernes à mazout ont déversé leur contenu. Les pompiers s’activaient pour tenter de gérer cette situation. Hier soir, les autorités communales, par mesure de sécurité, ont interdit de fréquenter la rue Lambot jusqu’à nouvel ordre.


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Ce matin, l’échevin Jean-Pierre Deprez, confirmait que l’interdiction avait pu être levée. Les habitants concernés ont pu regagner leur habitation pour constater l’étendue des dégâts. Le constat dans le quartier est dramatique : "aujourd’hui, au petit matin quand on vient, on a un spectacle de désolation extrême […] et alors ce dépôt de boue et d’hydrocarbure". Sur place il règne effectivement une odeur de mazout. Pour Jean-Pierre Deprez, cela pose des questions à long terme : "c’est clair que toute cette pollution va être au long terme dans les terres de la rue Lambot et les environs. Interdisant, notamment, l’usage de tout potager, peut-être pendant quelques années".

Un constat dramatique

Une fois l’interdiction levée un habitant rentre chez lui et le constat est dramatique : "c’est la guerre à l’intérieur. On voit ça à la télévision et on ne se rend pas compte. Il faut le vivre", dit-il. L’homme n’a rien pu sauver. L’eau est montée jusqu’à 1m80 "tout était sous eau". Il reste néanmoins confiant. Il a déjà fait le nécessaire au niveau des assurances. "Je suis bien assuré, ça devrait aller".

L’odeur de mazout

Un autre habitant nous explique que la situation est dramatique pour tout le monde. Il est venu constater les dégâts ce matin à 6 heures, cela faisait 48 heures qu’il n’était pas rentré chez lui. Heureusement, il a pu être logé par sa belle famille. L’attente, par contre, s’est faite dans le stress et sans dormir. Dans la maison règne une odeur de mazout : "quand on a évacué, on a vu des citernes flotter. Elles se sont retournées et il y a eu du mazout partout. Quand j’ai évacué, je sentais le mazout".

Vérifier la citerne

Comment réagir si vous êtes dans cette situation avec une citerne à mazout. Pour Gauthier Van Assche, porte-parole de Comfort Energy, société de vente de mazout en Belgique, le premier conseil après la décrue, c’est de faire vérifier l’étanchéité du système par un technicien agréé par la Région wallonne.

En raison des inondations, des mouvements de terre ont pu se produire en sous-sol qui ont pu avoir un impact sur la citerne. Les professionnels peuvent également et si nécessaire réaliser un pontage afin de redémarrer en toute sécurité la chaudière.

Quels sont les risques ?

Beaucoup de citernes n’ont pas résisté aux inondations. Des litres de mazout peuvent donc se retrouver dans la nature et il faut s’en inquiéter pour deux raisons, estime Marie Cors, spécialiste de l’ULiège dans la pollution des sols.

Il faut tout d’abord s’inquiéter pour les habitants dont le sol de leur maison a pu être contaminé par les hydrocarbures. Les émanations peuvent perdurer un certain temps.

Deuxième source d’inquiétude, le mazout a certes été dilué dans de grandes quantités d’eau, mais vu l’ampleur du mazout déversé sur des surfaces aussi importantes, à long terme cela peut représenter une pollution dommageable pour la faune et la flore.

Problématique connue

Cette spécialiste de la pollution des sols explique que la problématique des sols pollués par les hydrocarbures est un phénomène connu, notamment depuis la seconde guerre mondiale où des bombardements ont eu lieu. Les pollutions aux hydrocarbures peuvent perdurer pendant plusieurs décennies dans le sol. "En matière d’impact dans l’eau, il y a toute une faune et une flore aquatique qui peut aussi subir les dommages. Malheureusement, c’est quelque chose qui va s’ajouter à tous les problèmes que ces inondations sont en train de causer", précise-t-elle.

L’ampleur des dégâts ne sera connue que lors de la décrue. "Malheureusement, il est compliqué de placer aujourd’hui ces barrages flottants qui permettraient de récupérer les pollutions" et cela en raison des courants et des débits encore élevés dans les rivières, nous dit Marie Cors.

Une solution ?

Est-il possible de pomper ces hydrocarbures avant qu’ils ne causent des dégâts ? Pour cette spécialiste de la pollution des sols, il est effectivement possible de les pomper lorsqu’ils sont encore concentrés à l’aide de solutions telles que des barrages filtrants, des barrages flottants et de pompage-écremage (séparation de l’eau et des parties huileuses qui flottent). "Mais tout cela demande un accès et effectivement ça n’est pas, pour le moment, encore possible dans de nombreux endroits. Et puis, ça demande du matériel qui n’est pas toujours mobilisable parce qu’il y a trop de problèmes en même temps et à de nombreux endroits".

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