Ingrid Daubechies, la mathématicienne belge qui a contribué à l'essor d'Instagram

La mathématicienne Ingrid Daubechies est à Paris ce jeudi pour recevoir un prix international « Pour les femmes en science », décerné par la fondation L’Oréal et l’Unesco. Et pour cause : elle a révolutionné le monde de l’image et de la transmission d’images.

Mathématiciennes mais aussi physicienne, Ingrid Daubechies conduit des recherches sur la théorie des ondelettes, qui ont transformé le traitement numérique des images et des signaux pour la compression des données. « En mathématiques, nous cherchons toujours à comprendre des choses magiques, explique-t-elle. J’espère que mon travail contribuera également à aider les gens à voir que les mathématiques font partie de la vie de tous les jours. Le fait d’identifier des modèles et de les appliquer dans un contexte différent est très naturel, très humain. »

A l’origine des photos haute résolution et du MP3

Ingrid Daubechies a reconsidéré des problèmes sous un jour nouveau : selon elle, les ondelettes se comportent comme des « blocs de construction mathématique », qui permettent d’extraire les éléments essentiels d’images sans perdre leur qualité. Une révolution, selon certains de ses pairs. La décomposition des ondelettes est devenue un outil indispensable pour travailler avec les signaux, les images et la vidéo.

Au lieu de partir de la théorie, Ingrid Daubechies est partie des contraintes des applications qui allaient pouvoir découler de ses calculs. « Ça donnait une approche complètement différente, ça mettait tout sens dessus dessous, mais j’ai réussi, explique la scientifique. Je n’imaginais pas les applications aussi nombreuses. » C’est sa découverte qui a permis la reconstruction des premières images du télescope Hubble, l’imagerie médicale, l’essor du cinéma numérique et même le partage de photos et de vidéos en haute résolution, sur des réseaux comme Instagram. Dans le domaine du son, ses travaux ont permis de compresser des séquences sonores en fichiers MP3, pour stocker et jouer des fichiers musicaux sur smartphone.

La vie de scientifique n’est pas austère et ne manque de créativité !

Les mathématiques, Ingrid Daubechies en parle avec des étoiles dans les yeux : « Les mathématiques sont vivantes, ont un aspect magique, me font rêver, elles ont besoin de créativité. » Diplômée en physique théorique à la Vrije Universitet de Bruxelles (VUB) en 1980, elle a intégré en 1987 le Mathematical Research Center d’AT & T Bell Labs, dans le New Jersey, avant d’être professeure à l’Université Rutgers puis à Princeton en 2004, où elle devient la première femme professeure titulaire.

On ne le dit pas assez peut-être mais les femmes restent sous-représentées dans les carrières scientifiques. Mettre en avant une mathématicienne qui a permis l’existence de choses aussi différentes que le cinéma numérique, le partage électronique d’empreintes digitales, ou encore l’imagerie médicale, c’est une manière de montrer pourquoi les femmes ont un rôle à jouer dans les sciences. « Beaucoup de femmes considèrent que la vie de scientifique est plutôt austère ou qu’elle manque de créativité – ce qui n’est pas vrai du tout – et je crois que cela décourage davantage les femmes que les hommes », estime Ingrid Daubechies.

Archives: Journal télévisé 02/07/2005

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