Influence des médecins: quelles limites pour les firmes pharmaceutiques?

Prescriptions sous influence: jusqu'où peuvent aller les firmes pharmaceutiques?
Prescriptions sous influence: jusqu'où peuvent aller les firmes pharmaceutiques? - © DAMIEN MEYER - BELGAIMAGE

Les firmes pharmaceutiques produisent les remèdes qui doivent permettre de soigner les maladies. Une fois produits, elles les vendent et cherchent alors à générer un maximum de profit. Les médecins généralistes et hospitaliers sont donc une cible de choix pour ces firmes qui, à coup d'arguments parfois très persuasifs, tentent d'influencer les prescriptions afin que leurs médicaments soient privilégiés. Mais jusqu'où peuvent-elles aller? Cette pratique, déjà contestée dans le passé, est-elle encore courante?

La législation qui régit les rapports entre médecins et firmes pharmaceutiques se veut on ne peut plus claire: l'octroi d'avantages aux professionnels de la santé - à quelques exceptions près, quand ils ne vont pas à l'encontre du code de déontologie médicale - est strictement interdit.

Mais dans les faits, la recherche du profit aidant, les firmes pharmaceutiques ne sont pas toujours très scrupuleuses dans le respect de ces règles.

Une étude publiée en 2008 sur le site de la Fédération des Maisons médicales et des collectifs de santé francophones décrit la façon dont les firmes pharmaceutiques promeuvent, ou promouvaient, leurs produits au sein des hôpitaux ou dans les cabinets des médecins généralistes.

Le rôle des délégués pharmaceutiques, envoyés chez les médecins pour promouvoir tel ou tel médicament, y est spécialement épinglé. Leur formation n'est pas forcément scientifique: un bon délégué est avant tout un délégué convaincant - un délégué qui atteint des résultats, donc. Si la prescription du médicament commercialisé augmente dans la zone géographique qu'ils couvrent, "des primes parfois conséquentes sont ajoutées à leurs salaires", dit l'étude. Si elle chute, cela peut aller jusqu'au licenciement.

"Sponsors"

Depuis 2008, les budgets des firmes pharmaceutiques ont cependant été diminués. Ces délégués sont de moins en moins nombreux, et les laboratoires recourent de moins en moins aux cadeaux pour influencer les prescriptions.

Membre du GRAS - le Groupe de Recherche d'Action pour la Santé qui dénonce notamment ce genre de pratiques et tente d'en modérer les effets (sur la crédibilité des médecins et la santé du malade) - le Docteur Pierre Chevalier nous explique que si l'influence des firmes sur les prescriptions a sensiblement diminué, elle est toutefois toujours bien d'actualité.

Elles installent souvent, par exemple, "des stands lors des manifestations organisées par les universités pour la formation continue des médecins", dit-il en précisant qu'il s'agit là d'un financement indirect qui permet à ces universités d'organiser ces événements. Or, continue Pierre Chevalier, "si les firmes n'étaient pas intimement persuadées qu'elles exercent une influence de cette façon, elles ne le feraient pas".

Les avantages octroyés par les firmes prennent aussi aujourd'hui souvent la forme de "sponsoring", lorsqu'elles financent la participation d'un médecin à une manifestation scientifique. Une pratique autorisée, si et seulement si le financement se limite à la stricte participation à l'événement: pas de financement des éventuels loisirs ou de dépassement du séjour autorisés, donc.

"Mais il est concrètement difficile de vérifier le respect de ces règles", explique le Dr Pierre Chevalier, qui a toujours refusé d'accueillir un délégué pharmaceutique. Il encourage d'ailleurs tout médecin à "privilégier les informations fournies par les sites indépendants de ces firmes".

Pour lui, la volonté du médecin de respecter la déontologie est le seul frein réellement fiable vis-à-vis de ces pratiques.

G.R.

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