Infirmières, puéricultrices, caissières: une grande majorité de femmes en "première ligne"

Les retombées de la crise du coronavirus sont pires pour les femmes que pour les hommes, c’est le Forum Économique Mondial qui l’affirme. Il faut dire qu’elles sont plus nombreuses que les hommes à être en "première ligne" face au virus, c’est-à-dire à être exposées au risque sans possibilité de s’y soustraire en raison de leur métier.

En Belgique, les femmes représentent ainsi près de 80% du personnel de soins de santé. Mais au-delà des infirmières et aides-soignantes, il y a aussi les caissières ou les puéricultrices. Des métiers majoritairement féminins souvent peu valorisés et pourtant essentiels. Nous sommes allés à la rencontre de quelques-unes de ces héroïnes du coronavirus.

Nos clients fidèles nous donnent du courage

Premier arrêt dans une boulangerie d’Evere en région Bruxelloise. Sur le trottoir, la file s’allonge d’autant plus que les clients respectent la distance sociale de sécurité. À l’intérieur, au milieu des bons pains et des viennoiseries, les vendeuses n’arrêtent pas une seconde.

Derrière le comptoir, ces femmes se protègent comme elles peuvent avec des masques en tissu et des gants. Les commandes sont nombreuses et irrégulières, la main-d’œuvre à l’atelier manque parfois… Les conditions sont difficiles, mais Marleen Vandemerk et ses collègues sont là.

"On trouve qu’on doit être là pour le client, il faut qu’on mange, tout le monde doit manger, constate Marleen. Si tout le monde s’arrête, qu’est-ce qu’on fait alors ?"

Et ce sont des choses simples qui les font tenir, ajoute-t-elle : "Nos clients fidèles nous donnent du courage, ils sont très contents qu’on soit là. Puis on est responsable pour notre personnel donc il faut être là pour eux aussi, tout ça nous stimule à continuer".

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Pour Marleen Vandemerk, continuer de travailler est une évidence © RTBF

On a reçu des cadeaux, des bonbons…

Même constat pour Hayat Souissi, employée dans un supermarché schaerbeekois. Elle tient le coup grâce aux petites attentions des clients.

"On a reçu des cadeaux, des bonbons… Ils nous félicitent chaque jour, ils nous remercient pour nos efforts, pour le service qu’on rend avec le sourire. Ça nous rend heureuses", confie-t-elle.

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Pour Hayat, exercer son métier dans ces conditions exceptionnelles relève de l’humanitaire © RTBF

Dans les rayons, Hayat tente de garder ses distances. Équipée d’un masque en tissu, de gants et de lunettes de protection, elle dirige aussi les clients vers les marchandises pour éviter qu’ils passent trop de temps dans le magasin. Son job, elle le voit aujourd’hui comme une mission.

"Je considère que faire ce travail dans cette situation, c’est plus de l’humanitaire. Les choses comme l’alimentation, c’est essentiel, on doit être là. Je suis fière de ce travail, surtout en ce moment", déclare Hayat, sourire aux lèvres.

96% de femmes dans les crèches

Dans les crèches, toujours ouvertes, on compte 96% de femmes en Belgique. À Schaerbeek, une crèche communale sur les 15 reste de garde et accueille tous les enfants qui ne peuvent pas être gardés par leurs parents. Laila Smail est mère de 3 enfants, elle s’est pourtant portée volontaire pour travailler en cette période particulière.

C’est un risque

"On vient travailler parce qu’on a envie et c’est surtout par passion qu’on vient le faire, insiste-t-elle. Les mesures de sécurité ne sont évidemment pas applicables vu que nous devons porter un enfant pour lui donner à manger, pour le changer, etc. C’est un risque, mais voilà, c’est notre manière de contribuer à tout ce qui arrive aujourd’hui".

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Pour les puéricultrices, impossible de garder ses distances avec les enfants qu’il faut porter, changer ou nourrir. © RTBF

À l’hôpital, des journées épuisantes

Amale Lichaa El-Khoury, elle, travaille directement avec les patients atteints par le Covid-19. Depuis trois semaines, son unité des Cliniques universitaires Saint-Luc a été transformée pour gérer la crise. Nous la retrouvons après son service, une journée de plus qui fût longue et épuisante.

"Quand on rentre à la maison, on est fatiguées, reconnaît l’infirmière-chef. Ce n’est pas la même chose qu’avant parce qu’on a besoin de soutien, de notre famille et de nos enfants. C’est eux qui prennent soin de nous et plus nous qui prenons soin d’eux".

"Contaminées d’office" pour ne prendre aucun risque

Amale peut compter sur ses grands enfants de 16 et 18 ans, mais pour ses collègues qui ont des enfants plus jeunes, c’est encore différent. Toutes les infirmières du service se considèrent d’office comme atteintes par la maladie étant donné leur proximité avec les malades. Elles prennent donc des précautions avec leurs proches en rentrant à la maison.

"Les petits enfants ne comprennent pas pourquoi elles ne donnent pas des câlins, pourquoi elles ne donnent pas des bisous, mais c’est parce qu’elles doivent protéger leur famille", raconte Amale.

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En ce moment, les journées d’Amale sont épuisantes. Mais elle tient le coup en se répétant que cette situation n’est pas éternelle © RTBF

C’est dur, mais ça fait partie de notre métier

La pathologie est lourde, l’isolement des patients pesant. Pourtant chaque matin, Amale trouve la force de retourner au travail. Une question de passion, surtout en cette période.

"Actuellement, les gens qui sont seuls dans leur chambre ont besoin d’une personne à côté. Et moi je trouve que c’est le sens de notre métier. Je ne dis pas que ce n’est pas dur, c’est dur… Mais ça fait partie de notre métier", confie-t-elle.

La plupart de ces métiers exercés majoritairement par des femmes sont pourtant mal rémunérés, peu valorisés. Aujourd’hui, on reconnaît leur caractère essentiel. Espérons que leur rôle dans la crise mène à une vraie reconnaissance à l’avenir.

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