Indépendantistes catalans : s'exiler pour être libres

À côté des ex-ministres catalans jugés à Bruxelles, il y a d'autres exilés. Ils sont 11 en Europe dont 6 en Belgique. Parmi eux, Adria Carrasco, un activiste indépendantiste et Josep Valtonyc, un rappeur. L'un a été accusé de terrorisme et l'autre, d'apologie du terrorisme.

Le premier, Adrià Carrasco, est un indépendantiste convaincu. Il fait partie du "Comités de Defensa de la República", un groupe d'activistes qui lutte pour l'application de la déclaration d'indépendance de la Catalogne de 2017.

À la suite du référendum réprimé par les autorités espagnoles, il décide avec son groupe de mener plusieurs actions. Un matin, la police débarque chez lui et il s'échappe par son balcon. "Je me suis échappé le 10 avril 2018 car la police est venue chez moi pour m'arrêter. On m'accuse de terrorisme, rébellion et sédition pour avoir participé à des blocages d'autoroutes et des ouvertures de péages comme les gilets jaunes. J'ai vraiment eu de la chance de m'échapper", explique-t-il. 

Pour l'instant, il n'y pas de mandat européen à son encontre, car l'accusation de terrorisme ne serait pas prise en compte par la Belgique. En revanche, il existe un mandat d'arrêt espagnol. C'est pour cette raison qu'Adrià ne souhaite pas retourner en Espagne. "Selon mon avocat, il y a 90% de chances que je sois arrêté et placé en détention provisoire si je retourne là-bas. C'est ce qu'ils ont fait avec les autres indépendantistes. J'ai décidé de désobéir à cette justice car je ne la considère pas comme légitime pour me juger", ajoute-t-il. 

Adrià rejette les parallèles entre le mouvement indépendantiste et la NV-A, selon lui, la lutte pour l'indépendance est avant tout une lutte sociale. "Il y a plusieurs tendances dans le mouvement indépendantiste, il y a les nationalistes classiques, de droite et puis il y a un grand mouvement de gauche qui voit l'indépendantisme comme une manière de nous libérer d'un état répressif qui s'inspire du franquisme", conclut-il. 

L'exil contre la répression

"J'avais 18 ans quand j'ai écrit un morceau contre le roi, contre la police et contre l'Etat en général. Dans le hip-hop et la musique, c'est quelque chose de normal d'être subversif, mais pour l'Etat espagnol ce n'est pas normal et tu peux aller en prison pour faire ça. On est 18 rappeurs (en majorité des catalans, NDLR) à être condamnés pour nos textes", voilà comment Josep Beltran dit "Valtònyc", le rappeur espagnol analyse son cas.

En Belgique depuis début 2018, il a été condamné en Espagne à trois ans et six mois de détention. La justice espagnole l'accuse d'"apologie du terrorisme", de "menaces" et "injures à la Couronne" pour une chanson dans laquelle on peut entendre : "le roi a un rendez-vous sur la place du village une corde autour du cou" ou encore "Qu'ils aient peur comme un garde civil au Pays Basque". Un mandat d'arrêt européen à été émis son encontre, mais la chambre du conseil de Gand avait décidé en septembre 2018 de ne pas exécuter le jugement. Les incriminations retenues par la justice espagnole n'ont pas d'équivalent dans le droit belge.

Depuis la décision en octobre dernier de la Cour suprême espagnole de condamner neuf des 12 Catalans qui ont organisé le référendum, Josep a reçu plus de 600 menaces de mort sur les réseaux sociaux. Le rappeur se défend, il n'a rien contre l'Espagne, le pays. "Mes grands-parents sont andalous et ma mère vient de Madrid. À la maison on parle espagnol. Ma sœur et moi, on a appris le catalan, mais c'est parce qu'on a grandi à Majorque, c'est dans l'éducation. Je me bats contre l'Etat espagnol que j'estime injuste, mais je ne me bats pas contre les espagnols !", s'exclame-t-il.

Josep Valtonyc doit passer à nouveau devant la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) dans quelques semaines. Selon son avocat, cette audience pourrait être reporté.

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