Inciter à payer ses bananes avec Visa n'est pas irresponsable

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Le Jury d'Ethique Publicitaire (JEP) est d'avis, dans une décision rendue récemment, qu'il n'est pas "socialement irresponsable" de promouvoir l'achat de biens alimentaires de consommation courante au moyen d'une carte de débit différé

Saisi d'une plainte déposée par un expert de la pauvreté au sein de l'administration fédérale, le JEP avait, en première instance, prié Visa de cesser une campagne média allant en ce sens. Lundi, il a publié sa décision en appel, rendue le 24 juin. Elle donne droit aux arguments de l'annonceur.

Passée en radio, la publicité se voulait humoristique. Dans la mise en scène, des clients demandaient au préposé à la caisse du magasin de payer les bananes voire les raisins séparément, chaque utilisation de la carte Visa pour des achats quotidiens permettant de participer à un concours offrant la possibilité de gagner 500 euros chaque jour.

En première instance, le JEP avait estimé que ce spot ne témoignait pas "d'un juste sens de la responsabilité sociale" au regard du Code de la Chambre de commerce internationale et du Code d'éthique de la publicité du CSA. Il avait invité l'annonceur à cesser sa campagne.

Les avocats de Visa ayant interjeté appel, le JEP a retenu leurs arguments dans sa décision rendue le 24 juin et publiée lundi sur son site internet. Notant que "la publicité avait pour but de favoriser le remplacement graduel de l'utilisation de l'argent comptant par l'utilisation de la carte Visa (carte de débit différé) pour des achats qui n'étaient jusqu'à présent pas

associés spontanément avec l'utilisation de la carte Visa", il a rejeté l'argument du plaignant selon lequel la publicité allait à l'encontre des efforts déployés par les médiateurs de dettes pour enrayer le désendettement.

La publicité vise "de(s) produits que les consommateurs sont susceptibles d'acheter régulièrement (bananes) et non des achats luxueux", a tranché le JEP alors qu'en première instance, il avait estimé que dans "le contexte de crise actuel" il n'était "pas sain d'inciter les consommateurs à sur-utiliser la carte" de crédit.

Le jury d'appel du JEP a fini par estimer que le spot n'allait pas jusqu'à "inciter à la surconsommation et donc à l'augmentation des dépenses".

Il a dès lors décidé que le contenu de la publicité ne présentait pas un "caractère socialement irresponsable" et n'était donc pas contraire ni au Code de la Chambre de commerce internationale ni au Code d'éthique de la publicité du CSA.

Auteur de la plainte, Michel Hanin, engagé dans l'administration fédérale au sein du projet "Experts du vécu en matière de pauvreté et d'exclusion sociale", estime avoir été "bluffé" par la décision, qu'il a jugé "cohérente", du JEP en première instance, "avec la crise en toile de fond". Au final, il dit se retrouver face à une décision rendue en appel "avec en toile de fond un groupe commercial important".

Indiquant qu'il convient d'être "vigilant par rapport à l'accompagnement" des personnes fragilisées "pour qu'elles ne tombent pas dans la spirale de l'endettement", il estime important de "médiatiser" ce phénomène et appelle les citoyens à "déposer plainte plus souvent".

 

(Belga)

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