Incidents à Bruxelles: pour cet éducateur, "on est en train de perdre les jeunes dans un monde virtuel"

"Les jeunes ont commencé à casser les voitures, les vitres des magasins. Les ouvriers de la patinoire nous ont demandé de partir, mais certains ne partaient pas. Ils prenaient des sacs poubelles et les jetaient, c'était n'importe quoi."

A la sortie d'une école bruxelloise, c'était la consternation au lendemain d'un rassemblement organisé à l'initiative d'une star des réseaux sociaux. Jets de projectiles, vitrines brisées, magasins vandalisés... La situation a rapidement dégénéré. "Ça fait de la peine pour Vargasss qui voulait nous faire plaisir en venant en Belgique", déplore une jeune fille au micro de la RTBF. "Ça donne une mauvaise image des jeunes de Bruxelles", lance un autre.

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Résultat : les actions d'une minorité de jeunes ont déteint sur la majorité d'entre eux. Même si, pour certains, la police a aussi des choses à se reprocher. "Les policiers sont agressifs, ils ne respectent pas le citoyen en face, c'est normal que ça dégénère", estime un homme interrogé par notre journaliste.

Les jeunes ne se parlent plus

Ce sentiment de stigmatisation et cette rancœur se muent parfois en violence. Et puis, pour Abdelillah Hadnane, éducateur dans une maison de jeunes à Molenbeek, il ne faut pas sous-estimer le rôle des réseaux sociaux. "Les jeunes ne se parlent plus. Ils sont avec des casques avec la musique à fond, assure-t-il. C'est à nous de leur parler, même s'ils ne nous écoutent plus. On doit aussi leur donner de l'amour. On est en train de les perdre dans un monde virtuel."

Si les stars de la toile sont devenus des modèles pour certains jeunes, les acteurs de terrains peinent visiblement à capter leur attention. Est-ce que la prévention peut mieux faire ?

Donner du sens à la vie

Selon Bernard De Vos, délégué général aux droits de l'enfant, "l'éducation aujourd'hui est le parent pauvre". Il ajoute : "Dans les quartiers populaires, on a voulu remplacer l'éducation par une espèce d'ersatz fait de prévention et de répression. Toutes ces logiques mises en place dans certains quartiers populaires ne suffisent pas. Ça ne permet pas de donner du sens à la vie, une espèce d'engagement et d'horizon que les jeunes réclament."

Quand l'influence de la rue prend le pas sur l'école, la famille ou les associations, difficile d'enrayer l'engrenage. Un engrenage dangereux alimenté par la ghettoïsation de certains quartiers.

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