Inceste, maltraitance et négligence : “La famille, c’est la meilleure des choses comme ça peut aussi devenir la pire”

Le mouvement #MeTooInceste envahi la toile. Un hashtag né à la suite de la publication du livre de Camille Kouchner “La familia grande”. Dans ce livre, elle accuse son beau-père d’avoir abusé sexuellement de son frère jumeau. Depuis, ce sont 80.000 témoignages en 48 heures qui ont été publiés sous ce hashtag.

Pour Emmanul Debecker, psychiatre infanto-juvénile et responsable de SOS enfants au CHU Saint-Luc à Bruxelles, interviewé dans Week-end Première, “la famille, c’est la meilleure des choses comme ça peut aussi devenir la pire”.

Comment instaurer un climat de confiance pour libérer la parole de l’enfant ?

Il faut être à l’écoute, disponible et assurer à l’enfant que des aides vont être mises en œuvre pour mettre fin à la maltraitance qu’il subit. Néanmoins, Emmanuel Debecker met en garde, il ne faut pas non plus être “dans une forme de toute puissance en se disant que l’on va tout régler. Nous ne sommes pas des magiciens mais nous allons mettre en œuvre tout un système d’aide et de prise en charge pour mettre fin à la maltraitance mais également aider à ce qu’il y ait d’autres fonctionnements respectueux.”

Il précise que lorsque l’enfant se confie “il espère un changement. Plus il est jeune, plus il imagine qu’avec un coup de baguette magique tout va être réglé et qu’il va pouvoir évoluer en étant respecté”.

Il est aussi très difficile pour un adulte de dénoncer son conjoint. “Beaucoup de facteurs nous amènent parfois à ne pas oser, à être comme sidéré […]. Le conjoint n’aura pas les éléments pour pouvoir sortir d’un état de sidération ou fermera les yeux parce qu’il y a trop d’enjeux, parce que lui-même est sous l’emprise d’une personnalité parfois extrêmement retors" explique le psychiatre.

Quels comportements peuvent alerter ?

Tout changement de comportement chez un enfant peut être révélateur de maltraitance. Un enfant qui s’automutile ou qui s’autopunit est un comportement alertant.

 Cela peut aussi être un enfant qui devient agité, agressif alors que jusque-là, il était relativement posé, calme et tout à fait correcte dans ses relations avec ses pairs.” Par exemple, “un tiers des troubles alimentaires ont pour origine une maltraitance intrafamiliale explique le psychiatre.

Que faire pour prévenir la maltraitance envers les mineurs ?

Pour Emmanuel Debecker, aucun doute possible, il faut agir avant qu’il n’y ait maltraitance et cela passe par l’accompagnement les adultes dans "leur fonction de parentalité".

Essayons d’être en amont et de voir comment aider l’adulte à être un parent plus juste et adéquat avec l’enfant. C’est bien de pouvoir accompagner quand il y a maltraitance mais c’est encore mieux quand il n’y a ni maltraitance, ni négligence explique le psychiatre. Dans le cas contraire, il existe tout un “arsenal thérapeutique qui est complexe et riche en Belgique. Il y a des prises en charge de qualité qui peuvent être mises en place pour aider l’enfant, non pas à dépasser, parce qu’on ne peut pas oublier, mais à pouvoir vivre avec cette part de traumatisme, cette part abîmée de lui”, conclue le psychiatre.

 

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