Incendies de forêts: pourquoi le feu est un élément essentiel dans l'équilibre d'un écosystème

Le feu, élément essentiel dans la dynamique de certains écosystèmes
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Le feu, élément essentiel dans la dynamique de certains écosystèmes - © US Department of Agriculture

Portugal, Espagne, France, Californie... On ne compte plus les feux dévastateurs qui touchent ces régions durant l'été. Une catastrophe naturelle pour l'humain, qui est en fait un élément fondamental dans la dynamique de certains écosystèmes. Avec une adaptation assez impressionnante des végétaux et des animaux subissant régulièrement  ces incendie.

Etre perturbé pour bien évoluer

Pour bien comprendre l'importance du feu dans le fonctionnement d'un écosystème, il faut prendre de la hauteur et considérer une longue période de temps. A court terme, le feu est dévastateur pour la faune et la flore... mais permet aussi leur renouvellement.

Pour bien comprendre le concept, il faut voir un écosystème comme un équilibre dynamique : des espèces arrivent, d'autres disparaissent, les populations se développent fortement ou au contraire, chutent. Si, pris dans un élan de besoin de vie sauvage, vous décidez de ne plus tondre votre jardin, vous verrez d'abord le développement des graminées (les herbes), puis arriveront les espèces buissonneuses, et enfin, au bout de plusieurs années, certaines espèces d'arbres viendront s'installer, au détriment de de quelques espèces de graminées qui étaient là depuis le début, mais qui ne supportent pas l'ombre, par exemple.

Cette évolution de la flore s'accompagne évidemment d'un développement de la faune : insectes, oiseaux, petits mammifères viennent alors s'installer (dans le meilleur des mondes bien évidemment : il faut que votre jardin soit connecté d'une manière ou d'une autre à une nature environnante, pour permettre aux espèces de se disperser, se déplacer). Enfin, votre jardin atteindra ce que l'on appelle dans le jargon scientifique le climax : un état d'équilibre où toutes les espèces vivent "en harmonie", et leur diversité, leur nombre, ne varie plus énormément. Voilà comment on pourrait (fortement) résumer (théoriquement) l'évolution d'un écosystème : une succession d'espèces animales et végétales, qui apprennent à vivre ensemble afin que chacun y trouve son compte.

Sauf qu'il faut prendre en compte un facteur supplémentaire pour bien comprendre le fonctionnement des écosystèmes : ce sont les perturbations. De nombreux facteurs viennent en effet ébranler cette évolution : pluie, sécheresse, feux, intervention humaine, développement d'une maladie, etc. détruisent une partie de l'écosystème, qui va alors se régénérer... avec parfois l'apparition de nouvelles espèces, qui n'étaient pas là avant la perturbation. De nouvelles espèces, qui vont créer de nouvelles dynamiques, de nouvelles relations avec les espèces existantes. D'où cet équilibre des écosystèmes dit dynamique. Un équilibre qui lui permet d'avoir une meilleure résilience, c'est-à-dire une meilleure capacité à se régénérer après un bouleversement majeur.

Des graines qui aiment le feu

Selon le climat sous lequel on se trouve, les écosystèmes subiront différentes perturbations majeures. Et dans les régions plus sèches, comme en Méditerranée, c'est le feu qui joue ce rôle. Les plantes, fixées au sol et incapables de se déplacer, ont donc du s'adapter au passage du feu, afin que leurs populations ne soient pas exterminées à chaque incendie.

Une adaptation va même jusqu'à la graine ! Par exemple, le cône de séquoia (Sequoiadendron giganteum) a besoin du passage du feu pour sa germination. Pour s'ouvrir, et libérer leurs graines, ils ont besoin d'une forte élévation de température. Le feu devient donc indispensable à la régénération d'une forêt de ces arbres géants. Chez les graminées, le spinifex (Spinifex sp.) a développé des graines dont l'enveloppe protectrice ne pourra être cassée que par le passage du feu. Ces végétaux sont parfois appelées plantes-phénix, et qualifiés de pyrophile.

De nouveaux territoires à conquérir

Le passage du feu peut aussi indirectement favoriser le développement de certaines espèces. Dans nos régions, la molinie (Molinia sp.), une herbacée poussant en touffes, se développe extrêmement bien après le passage du feu. Etant une plante très compétitive, et envahissante, elle prend très vite le dessus sur les autres espèces, lorsque le sol est mis à nu par le passage des flammes.

Certains animaux profitent aussi de l'effet destructeur du feu. Les larves des coléoptères Melanophila se développent uniquement dans les environnements boisés ayant récemment subi un incendie. Une manière d'assurer un environnement sans trop de prédateur à sa progéniture... A l'opposé, le feu peut aussi faire chuter la population d'une espèce particulièrement envahissante, et donner l'opportunité aux espèces moins compétitives de recoloniser le site.

Le feu, s'il cause beaucoup de dégâts aux infrastructures humaines et enlève de nombreuses vies chaque année, fait partie intégrante du développement des écosystèmes. Il serait donc illusoire d'imaginer une nature sans flammes... Gestionnaires de parcs naturels, agriculteurs ou sylviculteurs utilisent par ailleurs les techniques de brûlis pour gérer leurs sites.

Si la communauté scientifique a compris son importance en tant qu'élément perturbateur, elle doit encore creuser pour mieux comprendre son impact à court et long terme, et surtout, essayer de prévoir les conséquences d'un réchauffement climatique, qui entraînera une augmentation de la fréquence des passages du feu.

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