Incendie de l'Innovation il y a 50 ans: Monique se souvient

Incendie de l'Innovation il y a 50 ans: Monique se souvient
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Incendie de l'Innovation il y a 50 ans: Monique se souvient - © RTBF/Belga

Le 22 mai 1967, le grand magasin de la rue Neuve à Bruxelles, l’Innovation, symbole de la modernité, est la proie des flammes en seulement cinq minutes. Une étincelle suffit pour déclencher un chaos. Des vendeurs et vendeuses, des clients sont pris au piège. Certains se jettent dans le vide depuis les étages en feu. Les pompiers ne peuvent entrer. La structure se plie sous l'effet de la fournaise et le magasin s'effondre de l'intérieur. 

L'incendie fait 251 victimes, 62 blessés et autant de rescapés traumatisés à vie. 

50 ans après, Monique Lenoir n'a rien oublié. Elle est hantée par les fantômes de ses collègues morts et ne comprend toujours pas pourquoi ni comment elle a pu survivre.

Comme une histoire qui se rejoue chaque jour dans sa tête et dans sa chair, Monique se souvient. Ce mois de mai 1967, elle a 19 ans. Elle est dactylo aux assurances AG, en face du grand magasin. L’Innovation est le temple de l’heure du midi.

Elle y croise notamment sa meilleure amie et son fiancé. Ils doivent se marier le samedi suivant et se rendent au rayon ménage échanger des assiettes de mariage ébréchées. "Je ne les ai plus jamais revus. Il n’y avait pas de sortie dans ce rayon et ils sont restés coincés. C’est très dur. Je l’entends encore me parler. Je me souviens de tout ce qu’elle m’a dit ".

Il est 13h25. C'est presque la fin de la pause et Monique est au cinquième étage où se trouve la poste. Elle discute avec la postière dont l’accouchement est imminent puis redescend aux toilettes du deuxième pour se recoiffer. Les hauts parleurs jouent le tube du moment, un morceau de Procol Harum. Sa mémoire l'a bien enregistré. "On me faisait signe de me dépêcher, mais j’avais encore le temps, il restait dix minutes ".

Des cris qui résonnent encore

Mais au moment de sortir, elle distingue la fumée qui vient du haut du bâtiment. Elle comprend. Elle entend les cris des victimes en fuite dans les escaliers de bois trop petits pour la foule paniquée :"Les gens descendaient comme des dingues, ils tombaient et marchaient les uns sur les autres. Dans ces cas-là on ne pense qu’à sa peau. Je me souviens de ce petit garçon qui était par terre et j’ai marché dessus au lieu de le relever, ça me poursuit. Les gens coincés dans les ascenseurs frappaient sur les portes. Je ne croyais pas que j’arriverais en bas. La coupole s’est effondrée au rez de chaussée. Il y avait des tissus en nylon, des bombes de laque. Tout a explosé. Une dame est tombée sur le capot d’une voiture juste au moment où je sortais. J’entends les cris comme si c’était hier et je reconnaitrais les gens dans la rue".

Rescapée avec un sentiment de culpabilité

Monique se bat encore chaque nuit contre ces souvenirs noirs et traumatiques : "J’avais l’impression d’être prise comme un rat dans une boite sans issue. C’est terrible. Je me disais que j’allais mourir toute seule ".

Elle est rescapée, mais porte sa survie comme une croix, une malédiction. A l’époque, il n’y avait pas de prise en charge psychologique. Ses blessures sont morales et humaines et la culpabilité la ronge. "J’ai parfois l’impression que tous les problèmes que j’ai rencontrés dans la vie sont dûs à ça et qu’il faut que je paye, que je sois punie en quelque sorte".

Depuis plusieurs semaines déjà, l’estomac de Monique se noue et c’est ainsi depuis 50 ans à l'approche du 22 mai.

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