Immersion dans un atelier de plexiglas à Fleurus : "Si je commande 100 plaques aujourd'hui, je serai livré le 15 octobre"

Le plexiglas est devenu en quelque mois le matériau fard pour protéger les commerçants ou encore les employés de retour dans leur société. Séparations devant les caisses des supermarchés, séparations des emplacements de cantines dans les entreprises, des clients chez les coiffeurs aussi, le plexiglas se fond désormais dans le paysage. Le dernier Conseil national de sécurité impose d’ailleurs d’installer des parois en plexiglas (ou autres barrières physiques) dans les restaurants rouvrant dès le 8 juin et ne pouvant pas assurer la distanciation sociale d’1,5 mètre. 

Avec ce boom des ventes, alors que cette période d’épidémie du coronavirus est synonyme pour beaucoup de travailleurs de chômage économique, c’est tout le contraire qu’ont vécu les employés de la PME Creaplex à Fleurus. Cette entreprise de plexiglas connaît une véritable révolution depuis le début de la crise. 
 

De la protection d'oeuvres d’art au plexiglas anti-coronavirus

Il y a encore quelques mois, les 6 employés et le directeur de production de cette PME étaient spécialisés notamment dans la protection des œuvres d’art dans les musées. Aujourd’hui, ils ont complètement bouleversé leur offre de production et fabriquent principalement des protections de comptoirs anti-coronavirus. En quelques mois, ces employés ont créé plus de 4000 protections de comptoirs ou de bureaux pour des clients venus des quatre coins du pays. “Avec également la livraison de plus de 2000 visières, nous avons quadruplé notre chiffre d’affaires”, nous explique Jean-Marc Jadoul, directeur de production de Creaplex à Fleurus. L’organisation du travail a également été bousculée : “On est un atelier artisanal, sur mesure. D’habitude, chaque dossier est traité séparément. On a dû basculer dans un travail à la chaîne, en séries. Il faut savoir qu’on fabriquait plus de 150 protections de comptoirs par jour. Donc en terme d’organisation, c’est complètement différent, tant pour nous que pour les ouvriers”. 

Des commandes démesurées : "Un fleuriste avait 12 mètres de comptoirs et voulait 12 mètres de plexiglas”

Jean-Marc Jadoul a encore le sourire aux lèvres quand il repense à certaines demandes totalement démesurées. Plusieurs clients, paniqués à l’idée de reprendre leur activité, ont en effet voulu se protéger à outrance : "On a eu un fleuriste qui m’a demandé 12 mètres de protection parce qu’il avait 12 mètres de comptoir. Je lui ai répondu qu’il allait payer 1500 euros de protection alors qu’il suffirait de délimiter une zone au sol pour les clients et d’acheter une protection plus petite et classique à 88 euros". Les commerçants ont visiblement parfois du mal à savoir comment se protéger correctement :  “On sent qu’il y a la volonté de bien faire et que les gens ne savent pas toujours jusqu’où aller”. Un grosse entreprise a également dépensé 78 000 euros HTVA pour séparer les tables de sa cantine alors qu’une bonne partie de ses employés étaient encore en télétravail. 

Pour assurer cet afflux de commandes, certains employés ont travaillé de jour et d’autres de nuit. "Psychologiquement, on prend quand même un coup parce qu’il y a la fatigue qui est là", nous confie Antonino, un employé de l’entreprise chargé notamment de la découpe du plexiglas au laser. "Le travail n’est pas terminé. Là il y a une petite pause mais ça va certainement repartir de plus belle maintenant que presque tous les secteurs rouvrent progressivement". 
 

Il y a beaucoup de concurrents qui ont déjà dû fermer par manque de matière.

Partout dans le monde, les commandes de plexiglas affluent. Au point que le plexiglas, dont la matière première provient principalement de Chine, commence déjà à sérieusement manquer. "Aujourd’hui, si je commande 100 plaques de plexiglas, je serai livré le 15 octobre”. Après la pénurie de masques, c’est donc celle du plexiglas que risque la Belgique : "On considère qu’il y a tous les 5 ans en Europe une petite crise plexiglas mais la crise qu’on vit aujourd’hui est exceptionnelle. Il faut savoir qu'aujourd'hui le plexiglas se vend quasiment au marché noir avec des prix qui explosent.” Craignant cette pénurie il y a déjà plusieurs mois, l’entreprise avait pris un énorme risque en anticipant un nombre conséquent de commandes: “Pour une toute petite PME comme la nôtre, engager des sommes gigantesques dans l'achat de plexiglas était dangereux. Mais grâce à ça, on peut fournir l’ensemble des clients pendant encore plusieurs semaines. Il y a beaucoup de concurrents qui ont déjà dû fermer par manque de matière. Il y a même des concurrents qui nous ont demandé de racheter notre matière”.  Pour Jean-Marc Jadoul, cette pénurie de plexiglas pourrait donc poser problème lors de la prochaine étape du déconfinement ce 8 juin. Car si les restaurants n’ont pas le plexiglas demandé pour assurer les 1,5 mètre de distance requis et qu'il ne trouvent pas d'autres alternatives, cela pourrait occasionner un retard dans leur réouverture. Pareil pour les entreprises ou autres commerces qui comptent sur ce plexiglas pour le retour des employés ou des clients en leur sein. “On risque de vivre un paradoxe", conclut Jean-Marc Jadoul. "Autoriser les restaurants à rouvrir alors qu’on ne sait pas respecter les règles du Conseil national de sécurité”. 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK