Ils peuvent identifier la note de n'importe quel son : comment fonctionne l'oreille absolue ?

Vous pensiez qu’on entendait tous de la même manière ? Détrompez-vous. Certains entendent beaucoup mieux que nous, ils ont l’oreille absolue. Ils n’ont pas l’ouïe plus fine… mais une meilleure mémoire des sons.

Imaginez qu’il est 19h30, et que le générique du JT démarre sur la Une… Les « absolutistes » entendront surgir, sans les convoquer, les notes LA/SOL/RE/MI. Leur cerveau associe directement un son à un nom de note, sans référence auditive préalable.

« C’est comme si j’avais un piano dans ma tête », nous explique Cong Li, étudiante en piano au Conservatoire de Bruxelles. Elle nomme aussi facilement les notes qu’elle entend, que les couleurs qu’elle voit, sans réfléchir.

Synonyme de génie ?

En Europe, on estime qu’une personne sur 10.000 a l’oreille absolue parfaite. Autrement dit, celle qui attribue n’importe quel son, y compris celui de votre mouchage de nez, à une note. Mais si l’on parle d’oreille absolue partielle (reconnaître les notes du piano si on est pianiste par exemple), on estime qu’environ 15% des musiciens professionnels en disposent.

Cette rareté rend l’oreille absolue particulièrement désirable, mais elle n’est pas nécessairement synonyme de génie. Il s’agit d’une capacité technique uniquement, qui ne présage en rien de la sensibilité musicale. Michel Jaspar, professeur au conservatoire et par ailleurs psychologue cognitiviste, nous explique qu’une proportion importante d’autistes par exemple ont l’oreille absolue, sans pour autant être de bons musiciens. Il nous explique aussi, avec certaines précautions, qu’un médicament contre l’épilepsie semble favoriser de manière très ponctuelle l’oreille absolue.

Innée ou acquise ?

Parmi les enfants qui ont commencé la musique très jeune, beaucoup ont l’oreille absolue, ce qui tendrait à démontrer qu’il s’agit d’une compétence acquise par le cerveau. Mais une majorité de scientifiques s’accordent sur le fait que des prédispositions génétiques entreraient par ailleurs en ligne de compte.

Don du ciel ?

L’oreille absolue fait rêver tous les musiciens qui ne l’ont pas, mais gênent souvent ceux qui l’ont. Stanislas Boev, étudiant en chant lyrique au conservatoire, nous explique que son oreille absolue gâche tous ses concerts. « Vous voulez vous laisser porter par la musique, vous laisser gagner par les émotions, et les notes se bousculent dans votre cerveau… Je préférerais vraiment ne pas avoir cette oreille absolue, nous dit-il, même si ça m’a permis d’avoir de bonnes notes en dictée musicale, au cours de solfège ».

Amy, violoncelliste, nous explique quant à elle, qu’elle se sent presque agressée quand elle entend une fausse note, et que son oreille absolue la rend très exigeante envers elle-même et envers n’importe quel musicien.

Super oreille ou super cerveau ?

Le point commun entre absolutistes est la structure de leur cerveau. Lors des nombreux tests réalisés par des neuroscientifiques, on observe chez les absolutistes des connexions très importantes entre le cortex auditif et le cerveau gauche, mais aussi avec le lobe frontal, zone du langage ou encore de la mémoire sensorielle. Chez les absolutistes, ces connexions ressemblent à des autoroutes, nous explique Sylvie Nozaradan, professeure en neurosciences à l’UCL, alors que chez les sujets normaux ce sont plutôt de petits chemins sinueux. « Quand on aura parfaitement compris ces connexions entre zones auditives et zones relatives à la mémoire ou au langage, on soignera peut-être les troubles du langage, comme la dyslexie, avec de la musique » nous explique Nozaradan.

En fait, la science a progressivement démontré que la musique sculptait le cerveau.

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