Ils ont vécu mai 68 en Belgique : "On n'a pas réalisé ce qu'on voulait réaliser"

Aujourd’hui journaliste et professeur à l’ULB, Jean-Jacques était étudiant en dernière année de doctorat en droit en 1968.
Aujourd’hui journaliste et professeur à l’ULB, Jean-Jacques était étudiant en dernière année de doctorat en droit en 1968. - © Tous droits réservés

"Je n’étais pas spécialement un leader, j’étais un parmi d’autres", annonce modestement Jean-Jacques Jespers en tout début d’entretien. Aujourd’hui journaliste et professeur à l’ULB, il était étudiant en dernière année de doctorat en droit en 1968. A l’époque, il était actif au sein de mouvements de solidarité, notamment avec les militants contre la dictature des colonels en Grèce ou contre les combattants américains au Viet-Nam. "C’est comme ça que j’ai été entraîné dans la vague de mai 68", se souvient-il.

Comme de nombreux étudiants en 1968, Jean-Jacques s’est engagé contre la guerre du Viêt-Nam qui opposait à l’époque le Nord Viêt-Nam (soutenu par les soviétiques) et le Sud Viêt-Nam (soutenu par les Etats-Unis). "Il y avait vraiment un soulèvement de la jeunesse contre cette guerre coloniale dont on ne comprenait vraiment pas la raison, se souvient Jean-Jacques. On était très anticolonialistes, très attachés à l’idée du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ce mouvement très solidaire envers le Viêt-Nam transcendait les frontières, et les jeunes surtout".

L’assemblée libre : "Un moment extraordinaire"

C’est donc dans un contexte de protestation contre la guerre du Viêt-Nam, mais aussi contre l’autoritarisme de la société, contre la société de consommation et pour la liberté sexuelle que Jean-Jacques s’engage avec d’autres étudiants. C’est aussi à ce moment-là que se met en place la fameuse assemblée libre : des étudiants décident d’occuper de l’auditoire Paul-Emile Janson et de ne plus en sortir.

Différentes opinions s’échangeaient dans cette assemblée, comme le raconte Jean-Jacques : "C’était un moment extraordinaire, un moment de créativité, de délire mais aussi de grande intelligence, de grandes confrontations d’idées. Il y avait bien sûr les leaders intellectuels mais chacun avait droit à la parole et si quelqu’un prenait la parole trop longtemps, on lui disait d’arrêter. Dans ce flot, il y avait évidemment beaucoup de choses qui ne menaient nulle part, mais il y avait aussi pas mal de remises en question et d’incitations à la réflexion". 

Mais la réalité rattrapant rapidement les idéaux, les revendications se sont limitées à des aspects qui concernent la vie à l’université. " On s’est finalement retrouvés face de réalités très propres à l’université et on a focalisé notre action sur le changement à l’université ", raconte Jean-Jacques.

Les changements à l'ULB impulsés par mai 68

Participer ou contester?

Parmi les nouvelles structures créées au sein de l’université pour intégrer les étudiants au processus de décision, il y avait l’assemblée constituante dans laquelle Jean-Jacques finit par se porter. L’objectif de cette assemblée était d’adopter les nouveaux statuts de l’ULB, elle était composée de tous les corps de métiers de l’ULB (professeurs, étudiants, service technique,…). Mais certains étudiants voyaient d’un mauvais œil cette participation au processus de décision aux côtés des autorités académiques.

Les effets de mai 68?

Si l’épisode de mai 68 à l’ULB a amené des changements très concrets au niveau de l’université, il est plus difficile de percevoir clairement les répercussions sur la société belge dans son ensemble.

Selon Jean-Jacques Jespers, ces répercussions n’ont été perceptibles que des années plus tard. "Quand ils sont arrivés dans les différentes professions, les étudiants de mai 68 ont voulu faire changer ces professions de l’intérieur. Ils sont arrivés dans la justice, la médecine (groupe d’études pour la réforme de la médecine), dans l’administration, dans les arts…. Il y a eu un mouvement interne de contestation qui débouchait sur de nouvelles propositions sociétales et qui était impulsé par mai 68".

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