Ils ont vécu mai 68 en Belgique: "Ma génération doit réaliser à quel point elle a été gâtée"

Ils ont vécu mai 68 en Belgique: "Ma génération doit réaliser à quel point elle a été gâtée"
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Ils ont vécu mai 68 en Belgique: "Ma génération doit réaliser à quel point elle a été gâtée" - © Tous droits réservés

Quand on l'a contacté pour l'inviter à raconter "son" année 1968, Luc de Brabandere a dit oui tout de suite. Cet ingénieur civil reconverti en philosophe d'entreprise a eu 20 ans en mai 68. A l'époque, il était sur les bancs de l'université de Louvain en pleine tourmente du "Walen Buiten". "J'ai été la dernière promotion d'ingénieur qui a reçu son diplôme à Louvain-la-Vieille. Ceux qui m'ont suivi sont allés à Louvain-la-Neuve dans la boue", raconte-t-il cinquante ans plus tard.

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En mai 1968, le jeune étudiant a le regard - ou plutôt les oreilles - tourné vers la France. "J'étais en deuxième candidature ingénieur civil. Je me souviens qu'il faisait beau et qu'on avait du mal à étudier. Je faisais partie des étudiants qui aimaient écouter ce qu'il se passait dans le monde. J'écoutais Europe 1 et l'émission 'Salut les Copains'".

Johnny Hallyday, Dalida, Eddy Mitchell... les stars du moment paradent sur les ondes. Dans le même temps, la jeunesse défile dans les rues d'une France à l'arrêt. "On se rendait bien compte qu'il se passait quelque chose à Paris", se souvient Luc de Brabandere.

Et en Belgique ? "On entendait qu'à l'ULB il se passait quelque chose. Mais à Louvain, il ne se passait rien." L'Université fondée en 1425 a d'autres chats à fouetter : une querelle linguistique qui n'en finit pas et qui aboutira quelques années plus tard à un divorce pur et simple.

Une nouvelle filière, "une chance"

Mais Luc de Brabandere en est persuadé : son destin n'aurait pas été le même sans cette année charnière que fut 1968. Avec ses changements dans la société et dans l'organisation des études. "Quand j'ai dû choisir ma spécialité, il y avait le tronc commun des ingénieurs, puis il y avait les spécialités. Il y avait construction, chimie, électricité, mines... les grands classiques qui étaient les mêmes depuis toujours. Je suis sûr que c'est lié à mai 68 : une nouvelle section s'est ouverte, celle de mathématiques appliquées. Ça a été une des chances de ma vie."

Avec les "math app" comme disent les passionnés du genre, place à la modélisation, à l'abstraction... et à l'informatique alors balbutiante. Luc de Brabandere en fera sa spécialité et travaillera dans le domaine bancaire pendant de nombreuses années. "J'ai quitté mon premier job à la Générale de Banque après 17 ans. (...) J'avais postulé dans trois banques différentes. J'ai été accepté dans les trois et j'ai pris celle qui était la plus proche de la gare", sourit-il.

Une vie confortable et l'envie de transmettre

Les soixante-huitards, une génération dorée ? "Oui", reconnaît l'ingénieur-philosophe. "Je crois que ma vie aura été plus confortable que celle de mon père et que celle de mes enfants. Une espèce de sommet. Le mot qui doit habiter ma génération aujourd'hui c'est 'transmettre'. Transmettre la chance qu'ils ont eue, l'envie, l'énergie... aider ceux qui arrivent", conclut-il.

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