Ils ont vécu mai 68 en Belgique: "L'esprit mai 68 a été complètement dévoyé par ceux qui en étaient issus"

En 1968, Marc De Volder terminait ses études de droit à l’ULB qu’il avait commencées en 1962 (il a raté sa première année, "comme beaucoup de gens", précise-t-il). Et quand il parle de politique estudiantine, Marc parle avant tout de l’aspect folklorique : il fut président de baptême puis président du Cercle de droit de 1965 à 1966 et vice-président de l’Association Générale des Etudiants en 1966.

C’est donc en tant qu’étudiant investi dans l’organisation des baptêmes et autres guindailles que Marc a abordé cette année 1968. "Mes préoccupations à l’époque, c’était le sport… Et les filles ! Je n’avais pas de préoccupations métaphysiques ou philosophiques particulières", avoue-t-il.

Le choc du Viêt-Nam

Mais le contexte de l’époque a fait basculer toute une série d’étudiants vers des réflexions et des revendications politiques, dont Marc. A commencer par la guerre qui faisait rage au Viêt-Nam à l’époque : elle opposait le Nord Viêt-Nam (soutenu par les soviétiques) et le Sud Viêt-Nam (soutenu par les Etats-Unis). Certains étudiants étaient contre cette guerre, d’autres étaient plutôt pour.

"La guerre du Viêt-Nam a traumatisé la jeunesse de l’époque, se souvient Marc. Moi j’étais plutôt pour parce que j’estimais que l’avance communiste dans le monde n’était pas une bonne chose, j’avais vu lors d’un voyage en Hongrie ce qu’était la soi-disant liberté communiste. J’étais bien sûr contre tous les massacres, de tous les côtés. A l’époque, nous avons organisé un colloque sur la guerre du Viêt-Nam".

Cette guerre aux relents de Guerre Froide a donc révélé certains désaccords au sein du monde étudiant, et notamment à Bruxelles. Un jour, un représentant du gouvernement américain était invité à s’exprimer à l’ULB. De nombreux étudiants étaient contre la venue d’un représentant d’un pays faisant la guerre au Viêt-Nam. 

Marc affirme qu'il n’a pas ressenti une réelle violence à l’époque de mai 68. "On ne peut pas parler de violence, explique-t-il. Au contraire, lorsqu’on avait des assemblées, on discutait les uns contre les autres, on se disputait et puis après on allait prendre un verre ensemble".

Une liberté qui s’effrite?

L’idéal de Marc à l’époque (et ça l’est encore aujourd’hui), c’était la liberté sans conditions. Il n’hésite d’ailleurs pas à se remémorer l’un des slogans de l’époque : Il est interdit d’interdire. "Malheureusement, tous ceux qui ont fait mai 68 et qui ont pris le pouvoir en tant que politiciens ont fait en sorte d’interdire tout, déplore Marc. Aujourd’hui, on peut dire qu’on est dans une société liberticide, on ne peut plus rien faire, on ne peut plus boire un verre, manger des choses trop grasses, boire de sodas,…"

Si pour beaucoup d’étudiant de l’ULB ayant vécu les événements de mai 68, l’assemblée libre organisée à l’époque dans l’auditoire Paul-Emile Janson reste un souvenir d’échanges d’idées, Marc lui estime qu’il s’agissait d’une supercherie. "C’était un grand cirque où les utopies les plus extraordinaires venaient à l’esprit de chacun. Je me souviens avoir écouté un individu qui prétendait qu’il fallait supprimer les examens parce que c’était injuste. Je suis d’accord de supprimer les examens pour une série de métiers, mais me faire opérer par un médecin qui n’a jamais passé d’examens ou passer sur un pont construit par un ingénieur qui n’a jamais passé d’examens, ça aurait quand même été difficile. Cet exemple montre bien les utopies qu’il y avait dans cette assemblée libre". Marc a même participé à des sabotages de l’assemblée libre.

La culture du débat comme héritage

Contrairement à la France, l’héritage de mai 68 en Belgique est plus difficilement perceptible au-delà du monde estudiantin et des changements au niveau de l’ULB. Pour Marc, mai 68 a tout de même amené la culture du dialogue au sein de la société belge. "Je crois que ça a quand même apporté un dialogue qui n’existait pas avant, affirme Marc. Un dialogue entre les générations, un dialogue entre les hiérarchies… Ce dialogue aujourd’hui est tout à fait naturel, c’est beaucoup plus bon enfant qu’à l’époque. C’est vrai qu’à ce niveau-là, mai 68 a apporté quelque chose. Est-ce qu’il fallait une révolution pour y arriver ? Je n’en sais rien".

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Mai 68 : l'espoir sous les pavés

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