"Ils ne se rendent pas compte": un médecin s'indigne contre ceux qui profitent du soleil dans les parcs malgré le coronavirus

"Ils ne se rendent pas compte": le cri d’alarme d’un médecin contre ceux qui ont profité du soleil dans les parcs malgré le coronavirus
"Ils ne se rendent pas compte": le cri d’alarme d’un médecin contre ceux qui ont profité du soleil dans les parcs malgré le coronavirus - © Twitter - Jean-Philippe Ducart

Il faisait beau, printanier et plutôt chaud même, ce mercredi 18 mars. De quoi donner envie de traîner au soleil dans les parcs. Pourtant, avec les dernières mesures de confinement annoncées par le gouvernement fédéral, cela doit se faire en respectant des règles strictes de "distanciation sociale". Si les activités en plein air ne sont pas interdites – elles sont mêmes encouragées – elles doivent se pratiquer en famille ou avec un ami en respectant des distances de sécurité.

Ces mesures ont été dans l’ensemble bien respectées. En témoignent des photos et des vidéos de rues vides un peu partout en Belgique. Mais tout le monde n’a pas suivi les consignes. La preuve avec la photo ci-dessus, prise au parc Josaphat où de nombreuses personnes s’étaient installées sur les pelouses.

"Depuis votre annonce de confinement, le parc Josaphat à Schaerbeek ne désemplit pas. L’activité y est plus importante qu’en temps normal. Est-ce donc cela un confinement ?", s’interroge une internaute sur Twitter. Bruxelles ville morte ? "C’est des couilles ça, viens au parc Josaphat", lance un autre dans un langage fleuri.


►►► À lire aussi : En cas de manque de respirateurs, les hôpitaux pourraient devoir faire des choix entre les patients


Parmi les passants ce mercredi, resté à bonne distance de ses concitoyens, il y avait un médecin de retour du travail. Voilà plusieurs jours qu’il ne compte pas ses heures à l’hôpital pour préparer le pic de l’épidémie. Il s’est offusqué de ce spectacle dans un message partagé sur Facebook. Nous l’avons contacté. Il a accepté d’en dire plus à condition de ne pas dévoiler son identité.

"Pour l’instant on n’est pas submergé, reconnaît-il. Ce que je vis à l’hôpital, c’est la préparation avec des gens motivés qui essayent de prendre le problème à bras-le-corps. On a beaucoup de procédures à mettre en place, c’est une situation un peu inédite."

"Une boule au ventre"

Lui qui ne compte pas ses heures n’en croyait pas ses yeux mercredi en fin de journée. "Pendant toute la journée d’hier, je savais que toute la population devait passer en confinement plus sérieux. On se disait que, en dehors, tout le monde était aussi en train de mettre des choses en place pour nous aider, pour que ce qu’on est en train de faire soit tenable."

Il poursuit : "En longeant le parc Josaphat, j’ai vraiment été choqué parce que je voyais au moins autant de gens qu’un jour classique hors confinement. J’ai eu l’impression que les règles n’étaient pas du tout suivies."

Ici des jeunes qui jouent au foot, là des passants qui achètent des glaces auprès d’un commerçant ambulant… "On a le droit de sortir, je ne dis pas le contraire. Mais si les gens respectent le confinement pour s’aérer ou pour sortir leur chien, ce n’est pas censé donner cet effet-là dans la rue", ajoute notre témoin.

Résultat : "J’avais une boule au ventre en me disant que, même si je ne suis pas sur les rotules, on est en train de préparer avec beaucoup de motivation quelque chose d’inédit. Quand on rentre, on se rend compte que les gens sont en train de profiter."

"Ils ne se rendent pas compte de la menace"

Pour lui, certains ne se rendent "pas compte de la menace" qui pèse sur les citoyens. "On sait que, parmi ces gens-là, certains ont le coronavirus et ils sont en train de le transmettre. Les gens à qui ils vont le transmettre ne vont pas forcément être malades, mais c’est ça qui progresse vers le fait de toucher des gens plus âgés."

Rester chez soi, c’est une façon de se protéger soi, mais aussi de protéger les autres. Une question de solidarité donc, avec les plus faibles mais aussi avec ceux qui font de leur mieux pour respecter les mesures de confinement édictées par les autorités.

 


►►► À lire aussi: Confinement à cause du coronavirus en Belgique: que pouvez-vous encore faire ? Ou pas ?


Car l’inquiétude des personnels de santé en ce moment, c’est le risque d’engorgement des services médicaux. "A partir du moment où on sera débordé, quelqu’un qui arrivera et qu’on serait capable de soigner extrêmement bien maintenant, on ne sera plus capable de le soigner parce qu’on sera débordés. Des gens vont mourir alors qu’il suffisait de leur donner de l’oxygène pendant trois jours et c’était bon."

Un problème difficile à comprendre à l’heure actuelle, alors que quelque 600 personnes sont hospitalisées pour cause de coronavirus en Belgique. Un chiffre qui semble bien faible en regard des millions d’habitants que compte notre pays où les services de santé semblent prêts à faire face. "Le simple fait que la courbe augmente, c’est la seule chose qui est importante. Tant que ça augmente, je resterai inquiet. Si la courbe se raplatit on saura que c’est en train de se stabiliser et que les mesures sont utiles."

On est tous persuadés à 100% que ça va exploser.

Et d’ajouter : "Les gens pensent que seuls les vieux, les fragiles et les immunodéprimés seront touchés, mais non. Quand on me dit que c’est encore calme, pas une seule personne autour de moi ne pense que ça va rester comme ça. On est tous persuadés à 100% que ça va exploser."

Il cite alors le cas de l’Italie qui a annoncé le décès de plus de 400 personnes en 24 heures. "Quand on sait que ça s’est présenté comme ça en Italie et que c’était comme ça en Chine, on sait très bien que c’était le modèle de ce qui va se passer chez nous. La différence avec eux, c’est que nous, on le sait. Si nous, on n’a pas pris les mesures au moment où on pouvait les prendre alors qu’on savait très bien qu’ils sont débordés, on va s’en mordre salement les doigts."

Dans ce contexte, les hôpitaux font tout pour anticiper. "On doit être prêt à ne 'faire que du coronavirus' à partir de lundi", conclut le médecin.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK