"Il y a un excès d'hygiène, et ça nous rend malades", explique un professeur de l'ULg

« Il y a un excès d’hygiène, et ça nous rend malades » explique un professeur de l'ULg
« Il y a un excès d’hygiène, et ça nous rend malades » explique un professeur de l'ULg - © Tous droits réservés

Dans nos maisons, sur notre corps, dans notre alimentation, nous avons tendance à traquer la moindre bactérie. Les publicités sont omniprésentes et injonctives : selon elles, il nous faut constamment laver, récurer, voire désinfecter notre environnement avec des produits toujours plus puissants. Mais selon des spécialistes, trop d’hygiène peut être nuisible pour notre santé. Faut-il sortir le drapeau blanc face aux bactéries ou renchérir le "sus à l’ennemi" ?

"Si on nous prive de certaines bactéries pendant les premières années de la vie, il peut y avoir des problèmes", lance d’emblée Fabrice Bureau, professeur à l’ULg actif au sein du laboratoire d’immunologie cellulaire et moléculaire, dans l’émission Débats Première consacrée à ce sujet.

Pour lui, ça ne fait aucun doute : à force de chercher la petite bête, on se prive de certains bienfaits des bactéries. "On sait maintenant de source sûre que les bactéries environnementales (celles avec lesquelles nous avons appris à vivre depuis des milliers d’années) nous protègent contre les allergies. Ces bactéries ne sont pas pathogènes, notre corps les tolère et elles peuvent avoir des effets bénéfiques".

Fabrice Bureau, spécialiste de l’asthme, donne l’exemple de cellules pulmonaires spécialisées dans l’arrêt des réponses immunitaires. Il se trouve que ces cellules sont d’autant plus efficaces et nombreuses si elles ont été mises en contact avec des bactéries environnementales.  "Il y a un excès d’hygiène, et ça nous rend malades", assène-t-il. 

Les bactéries, un entraînement pour notre corps

À force de ne pas avoir de bactéries à se mettre sous la dent, notre corps n’apprend plus à se défendre et se retrouve moins armé pour contrer les attaques. Mélanie Gelkens, journaliste au Vif L’Express, explique également que le système immunitaire n’est plus assez stimulé par des bactéries peu dangereuses et se rattrape sur des éléments auxquels d’ordinaire nous ne serions pas ou peu sensibles, comme les allergènes par exemple.

Certaines bactéries sont d’ailleurs des atouts indéniables pour soigner ou protéger le corps humain. "On a découvert qu’une bactérie pouvait diminuer l’obésité chez les souris. Des recherches montrent aussi que l’ADN de bactéries peut protéger contre l’asthme", explique Fabrice Bureau.

Pour Mélanie Gelkens, tout est une question d’équilibre, et d’objectif. "Aujourd’hui la plupart des maladies mortelles ne sont plus provoquées par les bactéries, mais sont des conséquences de nos modes de vie : les cancers, les maladies cardio-vasculaires, etc. Est-ce qu’on ne serait pas allé trop loin ? Est-ce qu’on ne se trompe pas de combat en éliminant les bactéries ?"  

On arrête tout et on recommence ?

Peut-être en faisons-nous un peu trop sur certains points. Mais selon l’AFSCA, impossible de diminuer la vigilance par rapport à l’alimentation. "Les règles ne sont pas là pour mettre des bâtons dans les roues des producteurs, distributeurs ou consommateurs. Mais l’histoire nous a aussi montré qu’un manque de minutie à ce propos peut avoir des conséquences néfastes sur la santé. Souvenez-vous des épisodes d’ Escherichia coli !", avance son porte-parole, Jean-Sébastien Walhin.

Et sur ce point, Mélanie Gelkens et Fabrice Bureau sont également d’accord : il faut continuer de mener bataille contre les "mauvaises bactéries", les bactéries pathogènes, et laisser vivre les "bonnes bactéries". Pour se faire, il ne faut pas revoir les règles de la chaîne alimentaire, mais bien celles que nous appliquons dans nos maisons ! "Évidemment qu’il faut toujours se laver, et faire attention à ce que l’on mange, mais il faut arrête d’aseptiser l’environnement dans lequel nous vivons ! Il faut sauvegarder les bactéries qui nous protègent" insiste Fabrice Bureau.

"Laissez vos enfants manger de la boue" 

Alors, quelles solutions appliquer au quotidien ? Pour ces spécialistes du sujet, le contact avec la nature est primordial pour entretenir les bactéries qui nous protègent et pour confronter notre corps à toutes ces bactéries qui sont bénéfiques et qui "l’entraînement".

Mélanie Gelkens, Fabrice Bureau et Jean-Sébastien Walhin étaient les invités de Débats Première

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