Coronavirus en Inde : "Il y a trois patients Covid par lit dans les hôpitaux publics de New Delhi"

Après le Brésil, l'Inde est le pays qui enregistre le plus de nouveaux décès quotidiens liés au coronavirus. Et encore, tous sont loin d'être recensés. Pointés du doigt: la gestion de la crise sanitaire par les autorités mais aussi des variants plus contagieux, dont on s'inquiète d'une potentielle résistance aux vaccins. Pour nous éclairer sur le plateau de CQFD: le virologue Benoît Muylkens de l'Université de Namur, Anne Vigna, correspondante au Brésil et Gilles Verniers, professeur de sciences politiques à l'université Ashoka près de New Delhi.

A New Delhi, trois patients par lit

"Nous sommes dans une situation de panique qu'on n'avait même pas vue lors de la première vague", explique Gilles Verniers depuis la capitale indienne, ville la plus contaminée qui vient de se reconfiner pour une semaine. "Devant les hôpitaux, on voit des files et des files d'ambulances [...] On voit des gens couchés sur le sol sur les trottoirs avec des bombonnes d'oxygène, qui attendent leur tour pour être admis. Dans les hôpitaux publics, il y a littéralement trois personnes par lit d'hôpital et la plupart sont en pénurie d'oxygène", ajoute le professeur qui déplore un manque de réponse des autorités rivées sur les futures élections régionales

Benoît Muylkens pointe aussi le variant indien "double mutant", un variant qui "échappe à l'immunité préétablie partiellement et qui concerne aujourd'hui 60% des contaminations, contre 7% à la fin du mois de mars". Pour le virologue, des facteurs socio-culturels expliquent également la détérioration de la situation. L'Inde a enregistré ce lundi un nouveau record de contaminations, avec près de 274 000 cas recensés en une journée.

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Une pandémie hors de contrôle au Brésil

Avec près de 3000 décès enregistrés ces dernières 24 heures, le Brésil est le pays qui enregistre le plus de nouveaux décès quotidiens. Là aussi, un nouveau variant a été identifié en début d'année. Il s'agit du variant "P1" apparu en Amazonie et qui représente la majeure partie des contaminations au Brésil aujourd'hui. C'est un variant "plus transmissible et contagieux", affirme Benoît Muylkens, "on ne sait pas s'il donne des formes plus graves de la maladie actuellement mais on sait qu'il échappe en partie à l'immunité préétablie, par le fait d'avoir été infecté préalablement ou d'avoir été vacciné".

Mais la prévalence de ce variant dans le pays n'explique pas tout. La gestion de la pandémie par le président brésilien, qui s'oppose aux mesures de confinement au nom de la sauvegarde de l'économie, est depuis longtemps mise en cause. Jair Bolsonaro va d'ailleurs faire l'objet d'une prochaine enquête parlementaire.

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"Il n'y pas de variants complètement capables d'échapper au vaccin"

La mutation d'un virus présente le risque d'affaiblir les vaccins développés pour la souche d'origine. Face au variant sud-africain, les premières études indiquent une moindre efficacité des principaux vaccins actuellement proposés. Cela ne veut pas dire qu'ils ne sont pas efficaces. "La stratégie de vaccination n'est pas remise en question mais challengée par les variants", explique Benoît Muylkens qui rappelle que la nature du virus est de muter et qui insiste: "il n'y pas de variants complètement capables d'échapper au vaccin".

Pour le virologue, la voie à suivre est celle de la "combinaison des mesures de distanciation, le temps que la vaccination ait fait son effet". Il encourage en outre un accélération de la vaccination en appellant le secteur pharma à s'associer à l'échelle planétaire pour une meilleure couverture vaccinale.

"Ce secteur est très puissant dans plein d'Etats, il peut décider de créer des accords commerciaux, pour s'associer autour de ce processus de fabrication de vaccins, pour connaître un vrai "upgrading" de la production et de l'administration des vaccins dans les meilleurs délais en Europe, dans le monde, en Inde ou au Brésil. Des pays qui, si on les oublie, ne seront pas seulement des victimes mais nous rappeleront que nous n'avons pas gagné la bataille contre la pandémie", conclut Benoît Muylkens.

Ce Qui Fait Débat, chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L’entièreté de l'émission à revoir ci-dessous :

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