Il y a 60 ans, le Russe Youri Gagarine était le premier homme à goûter aux joies de l’apesanteur dans l’espace

Il y a 60 ans, aucun humain n’avait voyagé au-delà de la Terre. Dans un contexte de guerre froide, la conquête de l’espace va devenir un enjeu primordial pour les deux grandes puissances en présence à l’époque : les Etats-Unis et l’URSS. Le 12 avril 1961, Youri Gagarine va déjouer tous les pronostics. Il sera le premier homme à se lancer dans l’espace et à réaliser le premier vol autour de la Terre. Les Américains pleurent de rage. Toutes les premières spatiales sont soviétiques : Spoutnik, la chienne Laïka et maintenant le 1er homme dans l’espace sont soviétiques. Mais qui est réellement ce premier homme de l’espace devenu une véritable légende aujourd’hui en Russie ?

7 images
Gagarine lors de son arrivée triomphante à Londres en Juillet 1961. © Tous droits réservés

Un destin tout tracé pour l’aviation et l’espace

Youri Alexeïevitch Gagarine a une grande passion : l’aviation. Et il s’en souvient clairement, cela remonte à la Seconde Guerre mondiale. Il a 9 ans et vit alors dans le Smolensk, une région de l’ouest de la Russie ravagée par les nazis. Ses frères et sœurs aînés ont été déportés dans un camp de travail forcé, lui et sa famille ont été expulsés de leur maison, son petit frère a failli être pendu… Mais au milieu de cette barbarie, Youri assiste à une scène qui va le marquer à vie.

Un chasseur soviétique endommagé vient se poser aux abords du village et un avion de secours vient récupérer le pilote un peu plus tard. Il est fasciné, autant par les appareils que par leurs pilotes. Les deux soldats prennent le temps de répondre à ses questions et ils lui montrent même les commandes à l’intérieur du cockpit. Le petit garçon a trouvé sa vocation. Pas simple, cependant, de pouvoir l’accomplir avec un père charpentier et une mère laitière.

7 images
Gagarine lors de son écolage à l’école pour pilotes militaires d’Orenburg. © Tous droits réservés

Tous ces cosmonautes étaient de taille très moyenne maximum 1m70

Son destin semble tracé à l’avance : il sera fermier. C’est compter sans l’opiniâtreté du jeune homme. Il quitte sa famille et se réfugie chez un oncle à Moscou pour suivre des cours dans une école technique. Parallèlement, il adhère à un club de pilotage. Très vite, il décide d’abandonner ses études techniques pour intégrer une école militaire de pilotage. Ses instructeurs sont impressionnés par ses capacités. Il est affecté dans une escadrille de pilotes de chasse MiG-15.

En 1960, il est sélectionné parmi les vingt cosmonautes du programme spatial soviétique Contrairement aux Américains, qui ont sélectionné des pilotes seniors, les responsables soviétiques ont décidé de choisir des pilotes relativement novices, ayant entre 25 et 30 ans.

La raison en est simple, selon Christian Barbier, chef de projet au centre spatial de Liège : " Tous ces cosmonautes étaient de taille très moyenne maximum 1m70 et ils étaient plus jeunes que les astronautes du programme de la Nasa. Mais il faut dire que le vol était en grande partie programmé depuis le sol. Il ne fallait pas énormément de compétence technique mais une grande résistance physique et surtout avoir la taille pour intégrer une capsule qui faisait à peine 1,6 m3. Gagarine était de petite taille, 1 mètre 58. C’était un candidat idéal. "

Son épouse ignorait qu’il s’entraînait comme cosmonaute

7 images
Youri Gagarine en compagnie de son épouse Valentyna et de leur fille Jelena. . © Tous droits réservés

Pour le premier vol, six candidats sont retenus. Enfin, il n’en reste que deux : Gherman Titov et Youri Gagarine. Christian Barbier poursuit : " Le meilleur, c’était Titov. Mais c’était un fils d’instituteur alors que les origines de Gagarine étaient bien plus modestes. Le régime voulait quelqu’un du peuple et Gagarine incarnait beaucoup mieux ce peuple. C’était aussi quelqu’un de très sociable et très souriant. "

Une autre raison aurait aussi fait pencher la balance en faveur de Youri Gagarine. Pierre Emmanuel Paulis, instructeur astronaute à l’Eurospace center, nous la raconte : " Un soir, avant qu’ils n’aillent se coucher, on glissa sans leur dire dans un verre d’eau, à Gagarine et à Titov, un comprimé donnant mal à la tête. Le lendemain, seul Gagarine se plaignit de ne pas avoir bien dormi en raison de ce mal de tête. Titov ne dit rien. La franchise de Gagarine a joué en sa faveur. "

7 images
Titov et Gagarine © Tous droits réservés

Il a uriné contre la roue du bus

La femme de Gagarine ignorait que son mari suivait un entraînement de cosmonaute ; elle a été mise au courant quelques jours avant le décollage. La date du vol est fixée le 12 avril 1961 et se fera depuis la base spatiale de Baïkonour dans les steppes du Kasaksthan.

Pierre-Emmanuel Paulis a encore une anecdote à nous mentionner pour pimenter cette page de l’histoire. Il l’évoque : " En route vers le pas de tir, Gagarine fait arrêter la camionnette afin de pouvoir uriner. Il a uriné contre la roue du bus. Depuis tous les équipages russes, en route pour l’Espace, doivent également uriner contre la roue de leur bus. Les dames vident une bouteille d’eau. C’est devenu une tradition portant bonheur. "

Un voyage à haut risque : 40% de risque de ne pas en revenir vivant

A 9h07, Gagarine prend place à bord du module Vostok ("Orient" en russe) qui sera mis en orbite à 327 km d’altitude par une fusée appelée Vostok 1. Une fusée qui s’inspire dans sa technologie des V2 allemands. L’homme à la tête du programme spatial russe, Sergeï Korolev, rescapé des goulags, s’inspire des travaux du savant et ex-nazi Werner Von Braun qui concevra, par la suite, les futures fusées Saturn américaines.

Le module de vie de Gagarine est constitué d’une sphère en aluminium de 2,3 mètres de diamètres mais la technologie embarquée ne lui laisse que 1,6 m3 à peine. Son vaisseau est dirigé depuis la terre. A l’époque, ses pronostics de survie étaient de 60%, nous souligne Christian Barbier.

7 images
Vostok I, la capsule spatiale de Gagarine à son retour sur Terre. © ImageForum

Eviter les Etats-Unis

A 9h21, il est sur orbite et découvre les joies de l’apesanteur. Les trois étages de la fusée ont impeccablement fonctionné. Il est serein, heureux, prend quelques notes et décrit le paysage, surveille les instruments de bord. C’est alors qu’il survole le Pacifique Sud et que Radio-Moscou annonce la nouvelle. Sa trajectoire était calculée pour qu’il ne survole pas les Etats-Unis afin d’éviter un atterrissage d’urgence en cas de problème.

7 images
Les premières personnes à avoir vu Youri Gagarine après son incursion dans l’Espace. © Tous droits réservés

Son vol dure 109 minutes et a tout pour ressembler à un long fleuve tranquille. En fait, il n’en est rien. Au moment du retour sur terre, pas moyen de bien détacher le module de service. Gagarine va avoir très chaud au sens propre du terme puisque son module va réintégrer l’atmosphère en tournant sur lui-même. Il sera moins protégé par son bouclier thermique. A 7000 mètres d’altitude, il s’éjecte de sa capsule munie d’un parachute. Il atterrit dans un champ près de la Volga sous les yeux médusés d’une paysanne et de ses deux enfants. Il va demander tranquillement à cette femme où il peut trouver un téléphone pour appeler Moscou.

Devenu un héros russe, il se crashera en 1968 aux commandes d’un Mig 15. Il avait 34 ans à peine.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK