Il n'y aura pas un seul vaccin anti-covid pour tout le monde, mais toute une panoplie

Le vaccin contre le covid 19 va-t-il nous sauver ? Beaucoup le voient comme le remède le plus efficace à la pandémie. D’autres sont très sceptiques ou même antivaccin. En tout cas, une 50aine de laboratoires pharmaceutiques et d’université se sont lancés dans une course au vaccin. Une dizaine sont dans la phase finale des tests clinique et l’un d’eux, Pfizer, annonce des résultats très positifs.

Pourtant ce nouveau vaccin est assez unique en son genre et donc difficile à mettre au point. Explications dans CQFD avec Jean-Michel Dogne, directeur du département de pharmacie de l’UNamur et membre du Comité consultatif mondial de la sécurité vaccinale de l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) et Emmanuel André, microbiologiste à la KU Leuven et ancien porte-parole interfédéral de la lutte contre le coronavirus.

Un vaccin d’un nouveau genre

Le vaccin en cours de développement chez Pfizer, et c’est le cas des candidats vaccins d’autres laboratoires, est basé sur, ce qu’on appelle, une plateforme vaccinale dite "ARN messager" (acide ribonucléique messager), et ça, c’est une première pour un vaccin. C’est la première fois que cette plateforme vaccinale est utilisée. "Chaque plateforme a ses avantages et ses inconvénients explique Jean-Michel Dogne. L’avantage d’un vaccin ARN  messager aujourd’hui, c’est qu’il peut être développé très vite. Dès que, en janvier, de Chine, on a eu la séquence génétique du virus, on a pu commencer à travailler. Par contre, aucun vaccin, aujourd’hui, n’est sur le marché avec cette technologie. Sa production est donc un challenge".

Un challenge en termes de quantité d’abord, il faut parvenir à produire des dizaines de millions de doses rapidement avec une technologie encore peu connue. Un challenge logistique ensuite, parce que ce vaccin est instable et perd son efficacité à température ambiante, il doit être conservé à -70° ou -80°. Il faut donc des surgélateurs dont les pharmacies, les médecins, parfois même les hôpitaux ne disposent pas. Sans parler du transport dans des containers frigorifiques adéquats.

Cela dit, une fois ces difficultés levées, pour Emmanuel André, l’arrivée d’un vaccin de nouvelle technologie sur le marché est réjouissant : "Au-delà du cadre du covid, c’est une très bonne nouvelle d’avoir une technologie supplémentaire qui semble produire une immunité sans effet secondaire important. C’est un signal important pour le développement vaccinal".

D’autres types en développement

En parallèle de ces recherches sur un vaccin à ARN messager, d’autre laboratoires font le pari d’une autre plateforme vaccinale. C’est le cas, de la KUL et de l’équipe du professeur Emmanuel André qui mise plutôt sur une variante d’un vaccin existant : "Nous nous basons sur la plateforme du vaccin contre la fièvre jaune, connu depuis des années pour être très efficace avec une protection à long terme. Nous avons greffé sur ce vaccin, une protéine du coronavirus. Ce qui produit, dans nos modèles expérimentaux, une très très forte immunité. Notre espoir est de venir plus tard en complément de l’arsenal des premiers vaccins, pour compléter l’immunité de ceux qui auront reçu les vaccins ARN".

Si on peut offrir un vaccin qui donne une immunité de 10 ans, ça nous permettrait d’entrer dans une logique d’éradication du virus

Cette stratégie se base sur la crainte que les vaccins ARN ne donneront pas une immunité très longue. Il faudrait alors revacciner régulièrement, sans doute tous les ans, à l’image du vaccin contre la grippe. "Si on peut offrir un vaccin qui donne une immunité de 10 ans, ça nous permettrait d’entrer dans une logique d’éradication du virus plutôt que dans une logique de vaccination annuelle".

Un arsenal de vaccins complémentaires

Il ne faut donc pas s’attendre à un seul vaccin pour le monde entier mais plutôt à plusieurs types de vaccins complémentaires qui arriveront en plusieurs vagues et qui serviront dans des circonstances et sur des publics différents. "La stratégie est effectivement de compter sur un portfolio de vaccins confirme Jean-Michel Dogne. D’abord parce que les chances de succès d’un vaccin sont en fait relativement faible, comme tout médicament. Il faut donc miser sur différentes plateformes. Deuxièmement, on s’attend à des efficacités différentes en fonction du type de population. Certains type de vaccins, fonctionnent moins bien chez les patients immunodéprimés par exemple. D’autre auront une efficacité moins longue chez les patients âgés".

L’intérêt de ce "portfolio" est donc de pouvoir administrer le bon vaccin à la bonne personne avec une efficacité et une sécurité la plus adaptée.

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