"Il faut réduire plus rapidement les émissions de gaz à effet de serre", selon Jean-Pascal Van Ypersele

Diminuer le trafic routier pour lutter contre l'ozone? "On n’y est pas prêt s’il n’y a pas d’alternative"
Diminuer le trafic routier pour lutter contre l'ozone? "On n’y est pas prêt s’il n’y a pas d’alternative" - © Tous droits réservés

Sécheresse, canicule, des mots que l'on ne cesse de lire ces dernières semaines. Les fortes chaleurs, en plus d'avoir des impacts sur la santé et l'environnement, sont le signe que la planète se réchauffe. Et cela, Jean-Pascal Van Ypersele, professeur de climatologie à l’UCL et ancien vice-président du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), l'avait prédit il y a 15 ans, jour pour jour.

Invité de La Première mardi matin, il revient sur son pronostic donné le 7 août 2003 : la vague de chaleur de l’époque allait provoquer entre 1000 et 1500 décès. Une surmortalité due en grande partie aux fortes concentrations en ozone. Et il a eu raison.

"Je dis presque la même chose depuis 40 ans et c’est lassant de voir que malgré les répétitions on est si peu écouté. Le niveau d’action par rapport au changement climat est faible par rapport à l’enjeu (...) C’est un regret d’avoir eu raison. C’est une prédiction qui me rend triste."

Une vision très inquiétante du futur

Cette nuit, une nouvelle étude, publiée dans une revue scientifique américaine, est très alarmiste. Elle indique que si la température augmente de 2 degrés on va atteindre un point de non-retour. Un exemple notamment : le niveau de la mer va monter de 10 à 60 mètres dans les prochaines décennies.

"Ce serait plutôt d’ici un certain nombre de siècles si pas de millénaires. Parce que cela signifie que les calottes glacière du Groenland et de l’Antarctique fonderait et ça, ça prend du temps", précise-t-il.

Rivières qui débordent, ouragan, l’étude donne une vision assez inquiétante de ce que pourrait être la terre de demain. "Malheureusement beaucoup de ces éléments-là sont déjà visibles aujourd’hui : vagues de chaleur, des pluies violentes qui provoquent des inondations, effets sur l’agriculture, la santé, l'économie."

Selon lui, les mesures de préventions prises lors de pics de chaleur permettent de diminuer le nombre de morts, "mais il y aura des décès ce sera inévitables"

Les mesures ponctuelles n'ont qu'un effet limité

D'autres mesures permettent-elles de lutter contre l’ozone, c'est le cas en France, qui a activé la vignette Crit’Air. Elle interdit à certains véhicules de rouler en centre villes, et impose des limitations de vitesses. Mais ce n'est pas suffisant selon le chercheur.

"Ces limitations ne sont pas respectées. Je revenais de France en voiture il y a quelques jours, j'ai respecté cette limitation de vitesse et j’étais dépassé par tout le monde."

Il précise que les mesures ponctuelles de ce type n'ont qu'un effet limité. "Ce qui est important c’est de travailler sur la propreté des moteurs, avec des constructeurs qui ne trichent pas de préférence, et sur la diminution du trafic routier en promouvant les transports publics. "

C'est pour cela que le GIEC prône une diminution nette du trafic routier, ce qui ne plait évidemment pas à tout le monde. "On n’y est pas prêt s’il n’y a pas d’alternative. Au Danemark et Pays-Bas, on a créé des autoroutes pour les vélos. On développe le transport public beaucoup plus efficacement à l’échelle nationale que chez nous. C’est très populaire."

La mobilité donc, l’électricité, mais aussi le chauffage de l’habitat, l’industrie, le système alimentaire dégagent aussi des gaz à effet de serre. "L’Europe se fait mal en acceptant ce que les changements climatiques provoquent, comme les incendies en Grèce, en Espagne ou au Portugal."

La faiblesse de l'action politique et économique

L'Europe doit prendre des mesures, selon l'accord de Paris, et les Etats-Unis ? Pour rappel, le président américain Donald Trump a pris la décision d'en sortir. "Les américains représentent 15% des émissions mondiales. Le reste du monde est résolu à mettre en œuvre les accords de Paris et plus de 15 états américains font comme si l’accord de Paris s’adressait à eux. Il ne faut pas réduire les Etats-Unis à son président."

"Tous mes collègues sont frustrés par le décalage entre l’analyse, le constat scientifique qui est clair depuis longtemps et la faiblesse de l’action politique et économique pour réduire les émissions et protéger l’habitabilité de la seule planète habitable du système solaire."

Et quand on lui demande son avis sur les climato-sceptiques : "C’est confortable d’être climato-sceptique, c’est comme les autruches qui mettent leur tête dans le sable pour ne pas voir le danger".

Il invite donc ces personnes à lire des recherches et rapports car il considère qu'"elles sont de mauvaises foi ou mal informées". "Je pense qu’ils devraient lire davantage de documents scientifiques."

Tout n’est pas perdu, car "on peut diminuer la gravité des impacts si on réduit les émissions. Il faudrait les réduire plus intensément et rapidement que ce que l’on fait aujourd’hui. Mais il est par contre certain que "l’Europe est en retard et qu’on n'arrivera pas à limiter le réchauffement si l’on reste sur les tendances actuelles".

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