"Il faut rapatrier les femmes et les enfants européens de Daesh"

Que faire des femmes et des enfants européens de Daesh ?
Que faire des femmes et des enfants européens de Daesh ? - © DELIL SOULEIMAN - AFP

Quelle est la responsabilité des États européens face à leurs ressortissants qui sont actuellement dans des camps en Syrie ? Les membres combattants de Daesh seront-ils jugés et condamnés dans leurs propres pays ? Autant de questions qui ont été abordées ce matin avec un représentant des autorités kurdes de Syrie ainsi que Philippe Vansteenkiste, président de V-Europe (association de victimes d'actes de terrorisme en Belgique et en France) et le professeur Gerrit Loots, professeur de psychologie clinique à la VUB.

Quelques chiffres

Le docteur Abdul Karim Omar, ministre du Nord et de l'Est de la Syrie, a évalué le nombre de combattants étrangers présents en Syrie. Ils seraient 790 en prison. Il y aurait aussi 584 femmes et plus de 1000 enfants. Ces personnes sont originaires de plus de 46 pays différents.

Le ministre Abdul Karim Omar lance un réel appel à la communauté internationale. "Nous avons combattu Daesh avec l'appui militaire de la communauté internationale. Aujourd'hui, nous avons besoin de l'aide de la communauté internationale pour gérer les familles de Daesh !" insiste-t-il. Des discussions ont été menées avec l'ONU et avec l'Union européenne, mais selon ce représentant syrien, aucune aide n'a été apportée. "Il s'agit d'une responsabilité morale et légale !" clame-t-il.

Ces personnes ne peuvent échapper à la justice

Philippe Vansteenkiste, président de l'association V-Europe qui représente les victimes d'actes de terrorisme en Belgique et en France, s'est rendu en Irak et en Syrie. Il estime que pour aller de l'avant, il faut désormais que la justice fasse son travail. "Les combattants doivent être jugés. Les femmes qui sont parties là-bas volontairement doivent aussi être jugées".

Pour cet observateur, la situation est urgente. "Plus on laisse le temps passer, plus le risque est grand pour ces enfants. Les mamans tentent de les tenir à l'écart des enfants les plus radicalisés, mais ce faisant, ils se mettent en danger" constate-t-il.

Les enfants doivent être rapatriés avec leur maman

Gerrit Loots, professeur de psychologie clinique et de psychologie du parcours de vie à la VUB, est aussi aller à la rencontre de ces familles. Il a examiné et observé 15 enfants âgés de 0 à 6 ans dans deux camps différents. Il était accompagné de trois psychologues et de deux pédiatres. Ils ont observé des retards cognitifs chez ces enfants qui ne sont pas assez stimulés.

Pire, selon l'équipe médicale, deux enfants risquent de ne pas survivre à l'hiver s'ils sont laissés dans ces camps. "Refuser de les rapatrier, c'est les condamner. C'est un crime contre l'humanité !".

C'est un crime contre l'humanité !

Le psychologue souligne toutefois le lien extrêmement fort entre les enfants et leur maman. Celles-ci ont un rôle central dans leur vie, elles sont les seules à pourvoir à leurs besoins. Elles ont aussi réussi à protéger leurs enfants des traumatismes de la guerre. "Elles ont été très créatives pour les protéger" précise Gerrit Loots.

Pour le spécialiste, il est donc urgent de rapatrier ces enfants avec leur maman. Il faudra leur fournir un soutien psychologique, mais un soutien léger sera suffisant. "Après deux ans, ces enfants pourront fonctionner tout à fait normalement et aller dans une école maternelle ou primaire" estime-t-il.

Il y aurait près de 160 enfants de combattants belges en Syrie. Selon ces experts, il est urgent d'agir et de ne plus laisser la situation s'empirer.

Archive : JT 23/12/2017

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK