"Il faut intégrer les citoyens au processus de décision, écouter les experts ne suffit pas"

Cet été, plusieurs lettres ouvertes ont remis en question la gestion de la crise sanitaire par les autorités et les avis d'experts sur lesquels elles s'appuient. La dernière est publiée aujourd'hui dans Le Soir et La Libre Belgique. Elle est notamment signée par Pierre-François Laterre, Chef de service soins intensifs aux Cliniques Universitaires Saint-Luc. Face à lui ce jeudi dans CQFD: Marius Gilbert, responsable du Laboratoire d'Epidémiologie spatiale de l'ULB.

Une relation saine quand chacun reste dans son rôle

Cette carte blanche jette le doute sur des experts, singulièrement au nord du pays, "dont les critères de sélection restent inconnus et incompris, et les éventuels conflits d'intérêt pas déclarés". Marius Gilbert comprend la méfiance que peut susciter "toute une série de groupes dont on ne connaît pas forcément la composition et qui prennent des décisions très importantes pour la société". Mais il souligne qu'au sein du GEES (Groupe d'Experts en charge de l'Exit Strategy) dont il a fait partie, "on a vite fait part à la Première Ministre du fait que plusieurs dimensions de la société étaient sous-représentées, notamment les composantes psycho-sociales et du milieu hospitalier. On l'a répété, mais à un moment on s'est mis à travailler".

L'épidémiologiste ajoute: "Ce qui pose problème aussi, c'est que le politique n'ose pas dire à un moment à Marc Van Ranst, parlons clairement, "dites ce que vous voulez, nous on prend nos décisions". Le politique peut assumer ses décisions et jouer son rôle. Moi je n'ai pas de problème dans cette relation, elle est saine quand chacun reste dans son rôle".

Des mesures ni réalistes, ni respectées

Pierre-François Laterre explique la critique qu'il adresse aux experts en ces termes: "quand Marc Van Ranst fait une annonce deux jours avant un Conseil National sur Twitter et que ça s'avère être la décision prise, j'ai un problème. L'aspect prévention de la transmission du virus a conditionné toute une série de mesures, qui ne sont ni réalistes, ni respectées, et qui n'ont pas tenu compte de l'impact sociétal, psychologique ou économique".

"Le confinement a eu un impact qu'on n'a pas répercuté en suffisance. Il aurait dû être réduit et ciblé", selon le Chef de service soins intensifs aux Cliniques Universitaires Saint-Luc. Marius Gilbert reconnait "une mortalité vraisemblable liée au confinement", mais il pointe dans la carte blanche "un argument non suffisamment etayé scientifiquement pour remettre en cause quelque chose qui a eu un impact si massif sur la vie des Belges".

Associer les citoyens à la décision

Dans sa carte blanche, Pierre-François Laterre réclame aussi de nouveaux groupes de travail, créés en toute transparence avec des personnes compétentes dans tous les secteurs impactés par la crise, représentatifs de l'ensemble des citoyens, et indépendants du monde politique. Objectif: "prendre des mesures proportionnées". 

Marius Gilbert en convient: "il faut diversifier les expertises mais aussi ne pas faire uniquement appel à des experts. Une approche participative impliquant experts et citoyens dans les processus décisionnels permettra de susciter l'adhésion aux mesures. Tant que des paroles d'experts dicteront des décisions imposées de haut en bas par les politiques, on s'exposera à des problèmes d'adhésion", conclut le responsable du Laboratoire d'Epidémiologie spatiale de l'ULB.

 

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