Il existe un lien entre des bactéries de l'intestin et la dépression

Nos idées noires viendraient-elles de nos intestins ? Une équipe de chercheurs belges a analysé les selles de plus de 1000 volontaires. Conclusion : il manque systématiquement certaines bactéries chez les personnes qui se disent malheureuses. « Nous avons découvert que chez les personnes dépressives, trois familles de bactéries manquent ou sont beaucoup moins présentes que chez des individus sains et en bonne santé » détaille Jeroen Raes, chef du laboratoire de microbiologie de la KULeuven, y compris chez les personnes sous antidépresseur.

Les bactéries manquantes chez les personnes dépressives sont importantes « Elles produisent des anti-inflammatoires importants dans l’intestin explique Sara Vieira-Silva, chercheuse à la KULeuven. Donc on a relié le composant inflammatoire à la dépression ».

Prudence sur le lien de cause à effet

Pour le moment, le lien entre les bactéries et la dépression est statistique, pas causale. « Nous ne savons pas si la flore intestinale est la conséquence ou la cause de la dépression, reconnaît Jeroen Raes. Mais l’idée que des substances issues du métabolisme de microbes puissent interagir avec notre cerveau, et donc avec notre comportement et nos sentiments, est intrigante »

Même son de cloche à l’UCLouvain. Pour Patrice Cani, microbiologiste, ce lien entre la flore intestinale et notre santé n’est pas clair mais il n’est pas étonnant : « Dans une situation d’altération de cette fonction de barrière de maladie inflammatoire de l’intestin, on retrouve, associé à cela, des désordres tels que la dépression, l’anxiété, comme on pourrait le retrouver aussi dans des facteurs de risque de maladie cardio-vasculaire ou l’obésité. Dès lors, est-ce que l’intestin est le centre du démarrage de différentes pathologies, c’est tout à fait possible ».

Des pistes de traitement de la dépression

300 millions de personnes dans le monde souffrent de dépression, selon l’Organisation mondiale de la santé. Parfois qualifiée d'« épidémie silencieuse », cette pathologie est l’une des principales causes des quelque 800.000 suicides recensés chaque année.

Les antidépresseurs font actuellement partie des médicaments les plus prescrits dans de nombreux pays, mais ces recherches pourraient ouvrir la voie à de nouveaux types de traitements pour cette maladie, estime Jeroen Raes. « Je pense vraiment que c’est une voie d’avenir : utiliser des mélanges issus de bactéries en guise de traitement. »

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