"Il est urgent de reconnaître l'affection que l'on a pour les robots", Serge Tisseron

 "Il est urgent de reconnaître l'affection que l'on a pour les robots", Serge Tisseron
"Il est urgent de reconnaître l'affection que l'on a pour les robots", Serge Tisseron - © Tous droits réservés

Les robots vont-ils bouleverser notre psychologie ? C'est ce que pense le psychiatre français Serge Tisseron, auteur du Petit traité de cyberpsychologie, et invité de Soir Première. Pour le spécialiste, les évolutions technologiques qui se profilent vont changer notre psychologie et il est temps de penser à cette présence de plus en plus forte des robots dans notre quotidien. "Ces machines que nous fabriquons vont orienter, voire diriger, un certain nombre de nos comportements" précise Serge Tisseron. Des robots qui vont notamment modifier nos relations à l'autre. 

"L'être humain a toujours éprouvé de l'affection pour ses objets. Mais cette affection n'a jamais eu une place reconnue dans notre culture, contrairement à la culture orientale. Avec la robotique, nous allons devoir reconnaître cette affection pour des objets perfectionnés, qui vont nous tenir compagnie comme c'est le cas avec les robots. Et il est urgent de reconnaître cette affection pour que nous puissions commencer à la gérer" explique Serge Tisseron. Pour le psychiatre, les psychologues vont devoir adapter leur travail car l'éventail des relations possibles d'un humain avec d'autres êtres humains va être transposé aux relations homme-machine. Au point que les psychologues pourraient voir arriver dans leur cabinet une nouvelle catégorie de population : les "digisexuels". Des personnes qui auront leur première expérience sexuelle avec un robot et qui préféreront une sexualité avec un objet. " Dans le futur les gens auront des machines qui vont leur rendre des services et qui seront, en plus, belles à regarder. Des propriétaires de robots qui se demanderont : pourquoi ne pas franchir le pas et avoir des relations sexuelles avec eux?" ajoute Serge Tisseron. Le psychiatre pointe cependant un risque : celui de préférer les robots à la compagnie des humains.

Le deuil, un concept grignoté par la technologie

Avec l'apparition de l'intelligence artificielle et le développement des nouvelles technologies, la mort et le concept de deuil se trouvent transformés. Serge Tisseron pointe dans son livre le cas évoqué dans la série Black Mirror. Celui d'une femme qui achète un robot à l'effigie de son mari décédé, fabriqué par une entreprise qui s'est basée sur les informations laissées par le défunt sur Internet de son vivant. "Depuis des années, le deuil est grignoté par la technologie. Aujourd'hui, il faut revisiter ce type de concept, qui pourrait devenir anachronique dans quelques temps" explique le spécialiste français. 

Des bouleversements qu'il faut absolument appréhender : "Il faut comprendre que les technologies nous ont déjà transformées à notre insu. Il faut aujourd'hui rattraper notre retard et comprendre ces changements" met en garde Serge Tisseron.

Les robots: des amis ... et des redoutables mouchards 

Commander un taxi, demander la météo ou encore demander d'appeler un de nos contacts de notre téléphone: parler à un robot intégré dans son GSM, un "chatbot", une technologie vue comme révolutionnaire il y a encore quelques années. Pourtant, ces logiciels ne sont encore qu'au stade de brouillon pour Serge Tisseron: " Ce sont des machines amenées à évoluer très vite car il y a énormément d’argent investit dans ces technologies. Très vite, on va pouvoir interagir avec elles comme avec un être humain. Nous allons être amenés à leur confier un certain nombre de choses de nos vies car ces machines vont devenir nos confidents". 

Une utilisation quotidienne qui comporte des risques pour le psychiatre français: "Dans notre économie, nos données sont capturées en permanence par des grandes entreprises comme Google ou Amazon. Dans le futur, ces informations vont être confiées au "chatbot". Elles vont être traitées et vendues immédiatement . Ces robots serviront leur propriétaire mais aussi l’entreprise qui les a fabriqués. Il faudra apprendre à vivre avec ces machines en gardant à l’esprit qu’elles peuvent devenir des amies mais aussi de redoutables mouchards" met en garde Serge Tisseron.

 

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