Hyper Cacher : 5 ans après la prise d'otages, nous sommes retournés sur les lieux

Le 9 janvier 2015, deux jours après l'attaque de la rédaction de Charlie Hebdo, une supérette cacher devient le théâtre d'une dramatique prise d'otages. Cinq plus tard, le procès s'ouvre. Nous sommes retournés sur place.

La vie reprend ses droits

Cela fait partie des lieux qu’on a l’impression de connaître sans jamais y être allé. Sur la façade, le sigle "Hyper Cacher" en lettres majuscules. Une façade de magasin diffusée sur les écrans du monde entier. Dans les souvenirs, elle était noire.

Depuis, elle a été repeinte en blanc. À l’intérieur, les rayons débordent de produits. Les clients sont revenus. La musique a repris ses droits dans le magasin. L’ancienne équipe, très affectée, n’est pas revenue. Quatre personnes sont décédées. Dix-sept otages ont vécu l’enfer pendant une prise d’otages longue de quatre heures.

Marc Boutboul n’a rien connu de cette époque. Il est devenu le nouveau directeur avec un objectif : donner un second souffle au magasin. "On n’oubliera jamais ! C’est gravé dans nos esprits et dans notre cœur surtout mais la vie fait qu’on est obligé de passer à autre chose. On a mis un an avant de remettre la musique pour ambiancer le magasin. Certains otages sont revenus, ils avaient besoin de revenir. Je les ai aidés à redescendre dans la cave, revoir là où ça s’est passé. Ça leur a fait beaucoup de bien."

Lorsque le terroriste Amedy Coulibaly fait irruption dans le magasin, lourdement armé, il tue directement. À ce moment, Lassana Bathily, l’un des employés de l’Hyper Cacher est dans la réserve au -1. "J'ai entendu un coup de feu mais je ne pensais vraiment pas que cela se passait dans le magasin. Moi, je croyais que c’était un pétard qui avait explosé ou que c’était un accident de circulation à l’extérieur" explique-t-il.

Et pourtant, un terroriste sème bel et bien la terreur dans les rayons. Une partie des otages descend se réfugier à la cave. Lassana les accueille et leur indique une chambre froide. Ils y restent cachés. En haut, le terroriste est menaçant. Il sait que des otages sont en bas. Il envoie une femme à la cave avec un ultimatum. Si le groupe ne remonte pas, il fera un carnage.

Lassana Bathily propose alors de fuir par le monte-charge qui mène à une porte de secours. Problème : celui-ci est très bruyant. Personne ne veut le suivre.

"Les otages qui étaient avec moi en bas m’ont dit : 'C'est très risqué, il ne faut pas mettre ta vie en danger'. J’ai dit que notre vie était déjà en danger et qu’il faut faire quelque chose. Soit ça passe, soit ça casse. C’est vrai qu’en montant dans le monte-charge, mon cœur battait parce que je ne savais pas si j’allais tomber sur le terroriste" explique-t-il.

Lassana quitte le magasin par la porte de secours. Il est d’abord arrêté, soupçonné pendant une heure et demie d’être un complice du terroriste. Il aidera finalement la police en dessinant les plans du magasin et en récupérant les clefs pour actionner le volet métallique de l’entrée.

Depuis l’attentat, le jeune homme malien a obtenu la nationalité française qu’il avait demandée. Il a changé d’emploi et va de l’avant. Cependant, il espère obtenir des réponses pendant ces dix semaines de procès. Son avocate Samia Maktouf l’accompagnera sur ce chemin.

Yohan Cohen, Philippe Braham, François-Michel Saada et Yoav Hattab ont perdu la vie lors de la prise d’otages. C’était le 9 janvier 2015.

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