Hydroxychloroquine : le Lancet fait marche arrière, l'OMS reprend tous les essais cliniques

hydroxychloroquine: Le lancet fait marche arrière sur sa dernière publication
hydroxychloroquine: Le lancet fait marche arrière sur sa dernière publication - © AlexSava - Getty Images/iStockphoto

La publication de cette étude le 22 mai dernier dans la prestigieuse revue scientifique médicale britannique "le Lancet" avait fait l’effet d’une bombe. Des chercheurs avaient étudié le cas de 96.000 patients atteints de Covid 19. Ceux traités avec de l’hydroxychloroquine ou de la chloroquine associée ou non à un antibiotique, présentaient des taux plus importants de problèmes cardiaques et de décès. Aujourd’hui, la revue scientifique fait marche arrière. Elle émet une mise en garde "Expression of concern" sur l’étude en question, en détaillant dans un communiqué, les raisons de cette mise en garde.

Mise en garde pour des questions scientifiques

"D’importantes questions scientifiques ont été soulevées concernant les données rapportées dans l’article de Mandeep Mehra et ses coauteurs. Bien qu’un audit indépendant sur la provenance et la validité des données ait été commandé par les auteurs non affiliés à Surgisphere [la société américaine qui les avait collectées] et soit en cours, avec des résultats attendus très prochainement, nous publions une expression d’inquiétude pour alerter les lecteurs sur le fait que de sérieuses questions scientifiques ont été portées à notre attention. Nous mettrons cet avis à jour dès que nous aurons de plus amples informations."

Dans la foulée, l’OMS annonce donc la reprise des essais cliniques sur l’hydroxychloroquine en vue de trouver un traitement face au coronavirus, neuf jours après les avoir suspendus suite à cette publication scientifique du Lancet.

Fin avril, l’Organisation mondiale de la santé avait lancé des essais cliniques entre autres sur l’hydroxychloroquine, baptisés “Solidarité”.

Le 25 mai, l’autorité sanitaire mondiale avait suspendu des essais portant sur l’hydroxychloroquine suite à la publication de l’étude qui jugeait inefficace voire néfaste le recours à la chloroquine ou à ses dérivés. 

 

120 chercheurs l’avaient remise en question dans une lettre ouverte

Il faut dire que, dès sa publication, l’étude a suscité la controverse parmi les scientifiques. Une lettre ouverte initiée par un chercheur d’Oxford, a été signée par près de 120 scientifiques, et parmi eux un médecin du CHU St Pierre à Bruxelles. Beaucoup pourtant étaient sceptiques sur l’efficacité de la chloroquine. Mais ils y dénonçaient des problèmes de méthodologie.

Un autre journal de référence britannique en médecine clinique, le "New England Journal of Medicine" lance, lui, un audit sur un autre article publié par la même équipe.

Une avalanche de mauvaise science pour Stéphane De Wit du CHU St Pierre

Stéphane De Wit, infectiologue au CHU St Pierre de Bruxelles, ne cache pas sa mauvaise humeur : "Je ne suis pas préoccupé pour mes patients, il n’y en a presque plus aujourd’hui, et il y a des traitements alternatifs. Mais je suis très préoccupé par cette espèce d’avalanche de mauvaise science à laquelle nous sommes soumis depuis deux mois. Le Lancet n’est qu’un exemple. Nous avons l’impression qu’en raison des pressions pour avancer, les mécanismes de relecture et de contrôle des études sont un peu passés à la trappe. On semble avoir perdu de vue qu’avant de publier, il faut s’assurer qu’il s’agit d’une étude solide."

Une publication trop vite faite

Alors que s’est-il passé ? Qu’est-ce qui a conduit un comité professionnel de relecture à passer à côté de telles erreurs méthodologiques. Notre expert fait partie de plusieurs comités de relecture (de contrôle) pour plusieurs publications scientifiques sur le SIDA.

Il admet que faire la critique d’un article n’est pas simple surtout quand un essai clinique se fait sur des milliers de patients. On ne peut pas toujours éplucher tous les cas. Mais il s’efforce de voir si le message colle avec les résultats et s’ils sont cohérents.

"Dans ce cas-ci, il y a eu, très vite après la publication, des contestations, des choses bizarres. Exemple, des Australiens ont remarqué qu’il y avait beaucoup plus de morts australiens dans l’étude que dans la réalité, des Africains qui se sont demandé qui étaient ceux qui avaient reçu de la chloroquine alors que personne n’en a reçu sur le continent, et puis il y avait ces patients qui tombaient du ciel. Les remises en question se sont accumulées. Cette publication fait porter une lourde responsabilité à des journaux aussi prestigieux que ces deux journaux de référence en médecine clinique !"

Et ce n’est pas la première fois pour le Lancet

Ce ne serait pas la première fois que le Lancet se trompe. En 1998, il avait publié une étude qui faisait un lien entre des vaccins contre la rougeole, la rubéole et les oreillons et l’autisme. La publication frauduleuse avait dû être retirée 12 ans plus tard. Aujourd’hui, la revue médicale sera-t-elle contrainte de retirer l’article incriminé – c’est-à-dire d’avouer que les résultats n’ont aucune valeur et que le travail de relecture et de contrôle a été mal fait.

Stéphane De Wit, lui, attend les résultats de l’étude britannique "Recovery" qui a continué les tests cliniques avec la chloroquine : "Nous en avons donné à petites doses à nos patients, sans ajouter d’antibiotique, au début de la crise et nous n’avons jamais constaté d’effets secondaires. Mais la molécule est-elle efficace, Sciensano a lancé une étude chez nous pour l’analyser. Les premiers résultats ne vont clairement pas dans le sens de l’étude controversée du Lancet."

Archives : Journal télévisé du 26/05/2020

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