Hoyerswerda, dans l'ex-Allemagne de l'Est, a raté le train de la réunification

Hoyerswerda, dans l'ex-Allemagne de l'Est, a raté le train de la réunification
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Hoyerswerda, dans l'ex-Allemagne de l'Est, a raté le train de la réunification - © N. Poloczek

La Chute du Mur de Berlin a conduit à la réunification allemande. C’était le 3 octobre 1990. La RDA, la République démocratique allemande a intégré la RFA, la République fédérale allemande. Les Allemands appellent ces événements "Die Wende", le tournant. Un quart de siècle après la réunification Est-Ouest, la situation des anciens Allemands de l’Est s’est améliorée. Certaines villes ont bien géré la transition. C’est le cas de Leipzig ou de Dresde qui sont considérées comme des villes modèles. Mais, toutes les régions de l’ex-Allemagne de l’Est n’ont pas rattrapé le retard accumulé après 45 ans de communisme. C’est le cas d’Hoyerswerda. A l’époque de la RDA, la ville vivait de ses mines à ciel ouvert. En 1989, plus 70.000 personnes y vivaient. Aujourd’hui, la population a chuté de moitié. D’après plusieurs projection, la ville comptera à peine 20.000 habitants, d’ici 2030. Hoyerswerda, la ville qui a raté le train de la réunification.

Découvrez le web-reportage : Berlin, 25 ans après la chute du mur

 

Sur la place du marché dans la vieille ville d’Hoyerswerda, c’est comme si le temps s’était arrêté. Tout est calme. Peu de monde se promène sur la place. Les bâtiments historiques ont été rénovés. Les routes ont été refaites.

A l’Office du tourisme, tout est fait pour montrer le meilleur visage de la ville et de sa région. Pour les autorités locales, le tourisme est la seule chance de sauver Hoyerswerda. "Je souhaite que les jeunes reviennent. J’attends les retombées positives du secteur touristique sur l'économie et l'emploi. Je souhaite également que la ville puisse enfin se détacher de son image de racisme et de xénophobie qui lui colle à la peau. Il faut vraiment que les gens viennent ici pour découvrir notre ville", affirme Katrine Winkler, responsable du développement touristique.

Originaire d'Hoyerswerda, Katrine Winkler se voit comme un exemple pour sa région. "Je viens moi-même de l'industrie du charbon. Comme de nombreuses personnes ici, j'ai connu une période de chômage. J'ai pensé à quitter ma région. Je suis passé de l'autre côté de la frontière voir ce qui se passe. Mais, je suis revenue ici rapidement. Car, je veux accompagner cette transformation. Je me suis reconvertie dans le secteur touristique. Donc, j'illustre à merveille l'évolution de ma région", dit-elle.

Une nouvelle ville en destruction

La nouvelle ville est un exemple parfait de l’architecture communiste. Des barres d’immeubles sont alignées le long de routes rectilignes. Tout est en béton. Le gris est la couleur dominante. Ces grands ensembles d’habitations ont été construits dans les années soixante pour les ouvriers de la RDA, la République Démocratique Allemande. Aujourd’hui, de nombreux immeubles ont été détruits face à l’exode de la population. Il y a comme une ambiance de ville fantôme.

Dorit Baumeister est architecte. Elle a passé son enfance à Hoyerswerda. Elle est ensuite partie à Berlin faire ses études. De retour en 1992, elle participe activement à des projets culturels pour redonner de la vie à la ville nouvelle. "Hoyerswerda est partagée entre deux voies. D'une part, je me dis qu'il faut stopper l’hémorragie démographique en arrivant à attirer une nouvelle population. Nous sommes arrivés à la fin du processus. Les jeunes sont déjà partis. Maintenant, ce sont les personnes âgées qui décèdent. Mais, d’autre part, il y a une autre voie. L’idée est d'accompagner le processus d'une ville en train de mourir", estime-t-elle.

La Kulturfabrik est un centre socio-culturel qui propose des spectacles, des expositions et des formations. Toutes les générations y sont impliquées. C’est le lieu de vie de la ville. "L’image négative d’Hoyerswerda risque de durer longtemps. Il est difficile de faire oublier les émeutes racistes et les mouvements d'extrême-droite du début des années nonante. La seule chose à faire est d'affronter cette histoire. Il faut aussi montrer que la ville ne se résume pas à cela. Il y a tellement d'énergie positive ici", explique Uwe Proksch, l’un des responsables de la Kulturfabrik.

Les jeunes quittent Hoyerswerda

La majorité des jeunes souhaitent rester à Hoyerswerda. Mais, ils savent bien qu’ils n’auront pas le choix. Ils devront quitter leur ville pour faire des études et trouver du travail. "C’est triste de voir les jeunes quitter la ville. C'est une population plutôt âgée qui vit ici. Par rapport aux travaux de démolition, je trouve ça très malheureux. C'était des lieux et des bâtiments qui faisaient parties de notre histoire et de notre culture. Leur démolition a détruit une partie de notre identité. C'est dommage. Je ne vois pas trop l’utilité d’avoir rasé tous ces lieux", exprime avec une certaine tristesse Marleen qui est âgée de 16 ans.


Cette réalité attriste également Patrick qui vient de fêter ses 20 ans. "Malheureusement, la population va encore diminuer. Les jeunes vont continuer à partir. Il n'y a pas grande chose pour les jeunes ici. Il est difficile d’étudier et de trouver du travail dans la région. Il y a très peu d’activités pour les jeunes. Ça va être très dure d'inverser la tendance".

Depuis la Chute du Mur de Berlin, Hoyerswerda a perdu plus de la moitié de sa population. Un déclin démographique qu’il est bien difficile de contenir. La ville espère que le tourisme va ouvrir une nouvelle page de son histoire.

Nicolas Willems et de Nicolas Poloczek

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