A-t-on reconfiné trop tard ? Selon des chercheurs, on aurait pu éviter la saturation, et désormais, il faut agir immédiatement et longtemps...

Hôpitaux face au Covid-19 : " Trop tard pour éviter la saturation mais pas pour éviter l’implosion"
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Hôpitaux face au Covid-19 : " Trop tard pour éviter la saturation mais pas pour éviter l’implosion" - © Pierre-Philippe Marcou - AFP

Confinement partiel, reconfinement total, confinement proportionné: on ne sait pas exactement à quelle sauce les Belges, les Bruxellois, les Flamands et les Wallons seront mangés ce vendredi après-midi après le comité de concertation, mais une chose est sûre selon nos universités, c'est que pour éviter la saturation des hôpitaux, il est déjà trop tard. Et pourtant, en décidant de ce confinement "dur", plus tôt, dès le 19 octobre par exemple, on aurait pu éviter cette saturation, rester en-dessous du maximum de nos capacités... et limiter les décès, qui sont en train d'exploser en ce moment.

"Il est clair que les scientifiques ont été moins écoutés durant le mois de septembre mais on a fait ce qu’on a pu pour alerter", regrette Nicolas Franco. Ce chercheur en modélisation mathématique de l’Université de Namur vient de publier un rapport avec d’autres scientifiques des universités d’Hasselt, Gand et de la VUB.

Dans ce rapport, Nicolas Franco et ses confrères ont imaginé des scénarios potentiels en fonction des mesures restrictives décidées pour limiter la propagation de l’épidémie. Ils ont aussi simulé l’évolution de la courbe si un confinement avait été décidé plus tôt. Et leurs conclusions ne sont guère optimistes: en tenant compte du fait que les écoles resteraient ouvertes, le seul scénario qui permet de ne pas exploser nos capacités est celui de mesures dures, jusqu'à la fin de l'année. Et encore, il n'est pas sans risque...

Premier scénario : les mesures actuelles échouent

Depuis le 19 octobre, les gouvernements fédéral, régionaux, communautaires ont pris des mesures afin de contenir le virus et éviter la catastrophe hospitalière redoutée.

Actuellement, les épidémiologistes guettent un frémissement des statistiques. Mais que se passera-t-il si les efforts actuels des Belges sont insuffisants ?

D’après le modèle produit par les chercheurs, c’est le scénario catastrophe. Le nombre d’hospitalisations pourrait doubler et même tripler par rapport à la première vague. Les projections les plus pessimistes font froid dans le dos.

" Si l’impact des décisions du 19 octobre n’est pas visible dans les tout prochains jours, ce sera le pire scénario", prévient Nicolas Franco, chercheur en modélisation mathématique à l’U Namur. "On va connaître une explosion complète des capacités tant en soins intensifs qu’en lits d’hospitalisation. Et malheureusement, si la tendance des deux derniers jours se confirme, c’est ce scénario que l’on va vivre. Il faut vraiment que demain ou après-demain, on ait des chiffres qui indiquent le contraire".

Deuxième scénario : les mesures actuelles sont efficaces

Sur ce deuxième graphique, les scientifiques partent du principe que les décisions du 19 octobre ont un impact. Dans ce cas, la courbe va s’aplatir plus ou moins rapidement selon les modèles des différentes institutions académiques.

"Les mesures actuelles correspondent à un léger confinement. Elles sont moins fortes qu’au printemps. Donc, la diminution sera relativement lente, d’autant que le nombre d’admissions est déjà supérieur à la première vague. Dans ce cas, ça va prendre du temps", reconnaît le professeur Franco.

Troisième scénario : les mesures sont prolongées au-delà du 19 novembre

En principe, le "petit confinement" décidé le 19 octobre (couvre-feu, télétravail, fermeture des cafés et des restaurants, etc.) est en vigueur pour un mois. Mais pour les scientifiques, il faudra prolonger : "Quatre semaines ce ne sera peut-être même pas assez pour stopper la courbe. Alors c’est sûr qu’il faudra prolonger pour la faire baisser."

Sur ce troisième graphique, on distingue un pic plus marqué au cours du mois de novembre avant un fléchissement linéaire de la courbe en toute fin d’année. Mais même dans ce scénario-là, ça pourrait coincer.

"Dans ces diagrammes, il y a une moyenne indiquée mais il y a aussi beaucoup d’incertitudes", prévient Nicolas Franco.

"On ne peut pas tout prédire exactement ce qu’il va se passer avec certitude. On peut prédire avec un certain intervalle qui dépasse parfois largement les capacités hospitalières théoriques. Sans compter sur le fait que toutes les infirmières et tous les médecins ne sont pas forcément disponibles. Certains sont malades ou en quarantaine. On n’atteint donc peut-être même pas les capacités théoriques sur lesquelles nous nous sommes basés."

Quatrième scénario (fictif) : Et si on avait confiné plus tôt ?

"Les scientifiques n’ont pas été beaucoup écoutés au mois de septembre. On le déplore mais on fait tout ce qu’on pouvait", regrette Nicolas Franco.

Dans le dernier scénario, les scientifiques ont tenté d’imaginer ce qu’il se serait passé si un confinement similaire à celui du mois de mars avait été décidé le 19 octobre.

Visiblement, on n’aurait pas pu éviter cette deuxième vague. Elle aurait été sans doute plus forte que la première mais le nombre d’hospitalisations aurait été mieux absorbé par les institutions. Et n'aurait pas dépassé nos capacités hospitalières. Le nombre de décès aurait ainsi pu être réduit de façon importante aussi...

"Il y a vraiment eu un problème pour convaincre la population de faire des efforts. Le message envoyé à la population était plutôt : faites ce que vous voulez ! On savait pourtant déjà très bien en septembre, qu’il fallait contrôler le retour du virus pour éviter un scénario catastrophique !", conclut le cherche namurois qui démontre qu’avec des mesures plus précoces et plus fortes, la Belgique aurait pu mieux maîtriser l’augmentation des admissions désormais hors de contrôle.

 

 

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