Homophobie: le retour d'un vieux démon russe

Vladimir Poutine est  pour certains le symbole de l’homophobie russe.
Vladimir Poutine est pour certains le symbole de l’homophobie russe. - © ANDREW COWIE - IMAGEGLOBE

Un gay russe devenu américain déclare qu’il devait "partir de là" pour survivre, des mamans lesbiennes tentent de quitter le pays par peur des conséquences de la nouvelle loi anti-homo et un journaliste de télévision est viré pour avoir fait son coming out sur antenne… L’homophobie semble avoir enclenché la vitesse supérieure au pays de Poutine.

Le site français du Huffingtonpost publie la lettre ouverte de Wes Hurley, un réalisateur américain né en Russie où il a grandi. Il y explique le cynisme des autorités publiques, la violence permanente dans la société dès l’école et la haine presque atavique des Russes à l’égard des minorités. Un témoignage poignant qui se veut un appel aux pays occidentaux à ne pas laisser la Russie renouer avec ses démons du passé. Car si la chute du Rideau de fer a suscité, durant une courte période, la liberté et l'espoir, la réalité a rapidement démenti les attentes.

Wes Hurley raconte sur le site comment les anciens leaders communistes ont détourné les propriétés publiques à leur profit: " Essayez d'imaginer Barack Obama s'emparer soudainement de la bibliothèque du Congrès et l'offrir à son cousin. En Russie, ce type de pratique était quotidien."

Il évoque ensuite l’extrême violence qui régnait dans son école où il était régulièrement agressé. "Toutes les semaines, on pouvait voir une ambulance devant l'école. Les toilettes étaient devenues le repère permanent d'adultes membres de gangs… Tous les jours je pouvais compter plusieurs carcasses de chiens et de chats, torturés et exposés par des enfants de mon âge ".

Au cours d’histoire, l’évocation de l’holocauste suscitait des réactions du type "Hitler aurait dû finir le boulot!", provoquant le sourire amusé du professeur. C’est ce jour-là que la mère de Wes Hurley a décidé de quitter le pays.

Etre "pédé": l’ultime insulte

C’est aussi l’époque ou le réalisateur découvre qu’être "pédé" en Russie est non seulement la pire des insultes, mais aussi un crime assimilé à la pédophilie.

"J'entendais les enfants de mon âge ainsi que les adultes dire que les pédés étaient plus ignobles que les tueurs en série et que toute personne admettant en être un méritait de mourir d'une mort atroce ". "Être gay en Russie, c'était comme être atteint d'une maladie en phase terminale. Je n'arrivais pas à croire que ça m'arrivait à moi."

Un sentiment que rejoint parfois en réalité: récemment, plusieurs cas de meurtres de personnes en raison de leur homosexualité ont été recensés dans le pays, où l'homosexualité était considérée comme un crime à l'époque soviétique jusqu'en 1993, et comme une maladie mentale jusqu'en 1999.

Ainsi, depuis 2005, le nombre de personnes estimant que les homosexuels devraient avoir les mêmes droits que le reste de la société a chuté de 51% à 39% en 2013, selon un sondage, réalisé par l'institut indépendant Levada.

Freddie Mercury n’est pas homosexuel

Et tant pis s’il faut travestir la réalité. Un artiste apprécié des Russe ne peut être taxé d’homosexualité. Or, Freddie Mercury était l’homme le plus populaire durant l’enfance russe du réalisateur: "Imaginez les fans d'Elvis, de Madonna et des Rolling Stones combinés. Freddie Mercury a rapidement été lavé de tout soupçon d'homosexualité par les médias russes et l'opinion publique."

Le réalisateur évoque encore l'oppression violente des minorités quelles qu’elles soient. Juifs, féministes, homosexuels sont, selon lui, autant méprisées aujourd'hui qu'elles l'étaient à l'époque des tsars. Revenant à l’actualité, il assure que "dans un monde parfait, les Jeux Olympiques auraient lieu dans une autre ville". Il appelle pour sa part à boycotter les produits russes.

Des parents homosexuels se cachent ou fuient la Russie

Autre cas, autre expérience: deux jeunes femmes, qui élèvent ensemble une petite-fille de sept ans disent avoir perdu espoir que la Russie puisse un jour accepter le mariage entre personnes du même sexe. C’est pourquoi Alexandra et Maria ont entamé les démarches pour partir vivre au Canada.

La goutte d’eau a été l'entrée en vigueur de la loi, qui punit tout acte de "propagande" homosexuelle devant mineur par de lourdes amendes. Selon elle, la situation pourrait d’ailleurs empirer. La députée, Elena Mizoulina a suggéré que l'Etat devrait avoir le droit de retirer à leur famille les enfants vivant avec des parents homosexuels.

Dans ce climat, les parents homosexuels redoutent ce qui pourrait se passer si leur enfant était interrogé sur leur situation familiale à l'école.

Pour passer entre les mailles du filet, il faut parfois faire appel à des subterfuges comme ce médecin homosexuel qui est récemment devenu le père biologique de jumeaux. Il vit en co-parentalité avec un couple de lesbiennes et, pour dissiper tout soupçon, il s'est marié avec la mère des enfants.

Un journaliste russe viré pour avoir fait son coming out

Enfin, le journaliste Anton Krasovsky vient de déclaré à CNN que "quelqu’un devait le faire ". Le soir même, il recevait un SMS lui annonçant la fin de son contrat. "Les temps sont durs en Russie", a souligné le journaliste qui a précisé "Je ne suis pas sûr que ce régime soit fasciste".

JC V.

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