Homme et blanc : moins légitime sur certains sujets ?

"Qui peut parler de qui, qui peut parler de quoi et qui peut comprendre qui est qui et qui est quoi ?" Cette question, c’est l’auteur Thomas Gunzig qui la posait lors de l’une de ses dernières chroniques pour la radio La Première. "Quelle étrange tendance de croire qu’une couleur, une histoire, un genre vous empêcherait d’être capable de comprendre un moment ce que c’est d’être d’une autre couleur, d’une autre histoire, ou d’un autre genre", poursuivait-il. Avant de défendre la force de l’imagination, "ce super pouvoir nous permettant de nous projeter vers ce que nous ne sommes pas, de voyager à travers toute l’étendue de l’expérience humaine".

Il faut dire qu’il venait de faire face à une volée de bois vert sur les réseaux sociaux, à la suite d’une autre chronique, à propos des statues de Léopold II celle-là. Et ce qu’il l’a frappé, et poussé à écrire sa chronique suivante, ce n’est pas tant d’avoir suscité désaccords ou indignations (il avait pourfendu Léopold II tout en défendant l’idée de maintenir les statues dans l’espace public), que d’avoir été pris à partie en tant qu’homme blanc.

"Je sentais bien qu’en faisant un billet sur les statues de Léopold II, j’allais un peu me mettre tout le monde à dos, à la fois les pro déboulonnage et les pro Léopold II", se rappelle-t-il. "J’ai eu vraiment beaucoup de réactions négatives, mais c’est vrai que ce qui m’avait marqué c’était qu’en fait mon avis était disqualifié d’office du fait que j’étais belge et blanc. J’ai eu beaucoup de réactions de ce type-là dont une tout à fait explicite. Or de manière simple et fondamentale, j’ai toujours été pour les blancs, pour les noirs, asiatiques, arabes, pour les mecs de gauche, pour les mecs de droite. Je suis un peu radical sur la liberté d’expression".

En dix ans de chroniques, ce n’est pourtant pas la première fois qu’il est exposé à des réactions négatives. "Mais là, ce qui m’a surpris, c’est que c’était une réaction négative de gens dont a priori je me sens proche, donc des gens qui ont souffert du racisme, de la xénophobie, etc. Ça m’a évidemment posé question. Et c’est pour ça que j’ai fait mon deuxième billet…"

Réécouter la chronique sur les statues de Léopold II (juin 2020) :

Quiconque observe les réseaux sociaux l’aura remarqué : ce n’est pas une anecdote isolée en ces temps de #metoo et de Black Lives Matter. L’identité, le profil, de celui ou celle qui prend la parole peut suffire à disqualifier son opinion a priori, à partir du moment où il ou elle ne fait pas partie du groupe concerné au premier chef. Ce qui renvoie à cette question générale : est-on tous légitimes de la même façon pour aborder tous les thèmes ? Est-on légitime pour parler de sexisme quand on n’est pas une femme ? Pour parler de racisme quand on n’en a pas été victime ?

Ce qui nous rend légitimes à nous exprimer

Qu’est-ce qui fonde la légitimité de quelqu’un à s’exprimer sur un sujet ? Pour Vincent De Coorebyter, professeur de philosophie à l’ULB, il faut distinguer deux piliers essentiels : l’un politique et l’autre intellectuel : "D’abord, c’est un principe de base de la démocratie, c’est la base de notre système fondé sur les droits de l’homme, c’est le droit universel à l’expression, à la participation politique, au débat politique, au droit de vote, au droit d’éligibilité", rappelle-t-il. "L’autre base, c’est celle de l’exercice de la raison, de l’intelligence : nous sommes tous fondamentalement également capables de réfléchir, de raisonner, d’entendre les arguments d’autrui, d’essayer de prendre une distance par rapport à nos préjugés, à notre situation. Dans les faits bien sûr, certains n’y arrivent pas et un certain nombre d’intellectuels – hommes blancs – sont incapables de voir en face la réalité du sexisme ou du racisme. Mais par principe, on doit considérer que nous en sommes tous capables et que nous avons tous le droit de nous y essayer et que donc la parole que nous proposons ne peut pas être écartée a priori."

Bref, bien ancrés sur ces deux piliers, dans notre démocratie, nous avons tous de la légitimité à nous exprimer. Le fait de prendre la parole sur base de notre expérience fait-il pour autant une différence ?

Tout l’effort de la science est un effort de décentrement

Considérer que l’on ne pourrait parler que de ce qu’on a vécu, qu’on connaît de l’intérieur, est "absurde", répond dans un premier temps Vincent De Coorebyter : "Cette capacité à se décentrer est d’ailleurs essentielle quand il s’agit de produire des connaissances sur le monde qui nous entoure…. La science nous a permis de comprendre le fonctionnement de la matière, de la vie ou de l’énergie, sans que, pour autant, notre expérience vécue soit celle d’un atome, du fragment d’ADN ou d’un courant électrique. Faut-il avoir moins de 25 ans pour être un bon sociologue de la jeunesse ? L’historien du Moyen Age est-il disqualifié parce qu’il n’a pas partagé l’expérience intime de l’homme médiéval ? Tout l’effort de la science est un effort de décentrement".

Mais ajoute-t-il aussitôt, on peut rétorquer que des sujets comme le racisme et le sexisme ne sont pas des objets d’étude comme les autres : ce sont des systèmes de domination. Et là-dessus on peut introduire quelques nuances.

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Homme et blanc : moins légitime sur certains sujets? © EMMANUEL DUNAND - AFP

Racisme et sexisme : des sujets pas comme les autres ?

"Il faut bien faire attention quand on parle de questions où des rapports de domination sont impliqués qu’on n’étouffe pas la parole des dominés eux-mêmes", souligne Edouard Delruelle, professeur de philosophie morale et politique à l’ULiège.

Cette question de la légitimité à s’exprimer sur tous les sujets, c’est selon lui une "vieille et vraie question". Et dans une certaine mesure, il estime qu’il faut distinguer le registre scientifique de celui de l’opinion ou du politique.

"Si on prend le discours scientifique, toute personne est autorisée à parler de n’importe quel sujet du moment qu’elle en parle de façon objective et dans les critères de la science, mais aussi, en ce qui concerne les sciences humaines, à condition de toujours situer son point de vue. C’est le paradoxe en sciences humaines : quand on produit de l’objectivité, elle est produite par une subjectivité qui, elle, est située sociologiquement, racialement etc.", explique-t-il. Ce précepte, Edouard Delruelle l’applique d’ailleurs lui-même (ce n’est pas forcément partagé par tous les académiques) dans ses travaux.

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Homme et blanc : moins légitime sur certains sujets? © JOHN THYS - AFP

Et dans le champ politique ? "Quand on est dans l’espace politique et qu’on pose des revendications, il y a un principe : c’est que les revendications d’une communauté, d’une minorité ou d’un groupe doivent d’abord être posées par cette minorité ou par ce groupe", poursuit-il.

Cela voudrait-il dire que les autres n’ont rien à dire ? Pas du tout. "Il ne s’agit pas d’interdire à qui que ce soit de s’exprimer sur quoi que ce soit, c’est la liberté d’expression", explicite Edouard Delruelle (qui renvoie donc au premier pilier dont on parlait plus haut).

Mais "seule une personne qui a éprouvé dans sa chair, dans sa réalité un rapport de domination peut plus légitimement que d’autres – ça ne veut pas dire que les autres ne sont pas légitimes – peut plus légitimement que d’autres parler de son point de vue. Ça n’empêche pas les hommes d’être solidaires des femmes et d’avoir éventuellement leur mot à dire, leur commentaire à faire, mais toujours en veillant à ne pas se faire les porte-parole. Pareil pour les ‘racisés’, les ouvriers. Si un individu prétend parler au nom d’un collectif, c’est un problème, sinon s’il parle à titre individuel, il en a le droit, pour dire des choses intelligentes ou idiotes."

Pour lui, "on ne peut pas être militant féministe si on est homme ou en tout cas on ne peut pas prétendre parler au nom des femmes si on est homme".

Et de citer dans la foulée Marx qui disait que "l’émancipation des travailleurs sera le fait des travailleurs eux-mêmes"… Tout en étant lui-même bourgeois. Un "paradoxe" qui montre selon lui que la question est plus complexe qu’il n’y paraît… et que ce qui vient d’être dit.

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Homme et blanc : moins légitime sur certains sujets? © STEPHANIE KEITH - AFP

Hafida Bachir est la secrétaire politique du mouvement Vie féminine. Son premier réflexe est de situer son point de vue, selon "un principe qu’on retrouve beaucoup chez les féministes" : "Moi je suis une femme d’origine étrangère mais je n’ai jamais fait l’expérience du racisme violent. Et je suis dans un mouvement où on rencontre beaucoup de femmes qui subissent du racisme et en témoignent. Ce qui m’a constitué un bagage de connaissances".

Elle s’exprime donc sur le sexisme et sur le racisme, mais pas de la même façon, rejoignant en cela l’analyse d’Edouard Delruelle. "Souvent on va trouver beaucoup de féministes qui vont se retrouver comme antiracistes car elles connaissent l’expérience de la domination – c’est important qu’on puisse avoir des ponts entre les deux dynamiques. Mais d’un autre côté, ce n’est pas parce qu’on est femme qu’on peut se permettre de prendre la parole à la place d’une personne qui a vécu, elle, le racisme."

"Il y a des tas de manières d’être légitime", précise-t-elle, en s’interrogeant. "Je distinguerais parler à la place de, prendre la parole de et le fait d’avoir une opinion : on peut tous avoir une opinion, évidemment." Mais dans certains cas, selon elle, on peut la garder pour soi, pour laisser d’autres personnes concernées s’exprimer, dans une manifestation par exemple. "A un moment, il faut avoir l’intelligence de se dire qu’il ne faut pas avoir la parole sur tout et tout le temps. Mais c’est déjà une forme de maturité. Ça fait partie d’un processus de réflexion sur sa propre situation sur ses privilèges ou pas, c’est ça qui construit une position commune".

Cette distinction dans la façon de prendre la parole (comme "porte-parole" ou pas), Vincent De Coorebyter la soulève également, avec d’autres accents. "Les personnes prises dans un rapport de domination sont d’excellents porte-parole de la situation qu’elles vivent, des experts de leur propre vécu", estime-t-il (d’où l’importance de leur présence dans des instances qui se veulent représentatives de la société par exemple). "Il est évident que le féminisme et l’antiracisme sont et doivent être avant tout l’affaire des femmes et des personnes non blanches. Mais pas seulement, et il faut se réjouir de voir, aux Etats-Unis, tant de Blancs, y compris des policiers, mettre un genou à terre en hommage à George Floyd. Ça me parait une avancée majeure."

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Homme et blanc : moins légitime sur certains sujets? © Sebastian Kahnert - BELGAIMAGE

Bref, pour lui, le débat et l’expression publique sont – et doivent être – enrichis des voix qui s’ajoutent (et qui ont longtemps été écartées, et le sont encore souvent, justement dans ce contexte de domination) – mais sans qu’il faille pour autant retirer, disqualifier d’autres voix. "Ce n’est pas parce qu’on reconnaît cette légitimité à ces personnes qui parlent de leur propre vécu, ce n’est pas parce qu’on reconnaît qu’elles ont quelque chose de spécifique à apporter au débat qu’on rend illégitimes les autres", poursuit-il. "Les opinions des 'hommes blancs' sur ces sujets doivent être discutées et éventuellement critiquées comme celles de n’importe qui, et il est incontestable qu’elles risquent toujours d’être marquées par la situation de leur auteur, comme elles l’étaient par le passé. Mais c’est là un état de fait, pas un défaut qui affecterait ces opinions par principe et qui justifierait de ne pas les entendre."

Autrement dit : qu’il puisse y avoir "différentes formes" de légitimité, oui (Edouard Deruelle parlait de degrés de légitimité). Mais, insiste-t-il, en faisant attention à ne pas tomber dans le piège de refuser à quiconque une légitimité a priori. Et cela, pour lui, quel que soit le type de prise de parole, militantisme compris.

Et de souligner un danger potentiel : "Priver d’avance certaines catégories sociales de légitimité pour parler de certains sujets, c’est nous assigner toutes et tous à une identité fermée, à une sorte d’essence, alors que le féminisme et l’antiracisme ont justement dû se battre contre l’essentialisation de la femme, des Noirs ou des Arabes."

Un sacré retournement. Or c’est justement une tendance que l’on peut observer en particulier sur les réseaux sociaux.

Les réseaux sociaux, faux amis du débat

"Ce sont de très vieux problèmes, rendus plus ou moins insupportables par les réseaux sociaux, où on est très vite dans l’insulte, la viralité pour trois fois rien, c’est ça qui fait problème aujourd’hui", considère Edouard Delruelle. "C’est ce type de média qui suramplifie le problème plutôt que la vraie question compliquée, difficile et pleine de paradoxe de ‘qui peut parler en société’."

Sur les réseaux sociaux, difficile de vraiment dialoguer ou d’entrer dans les nuances. On n’y trouve pas les conditions d’un réel échange, ce serait même l’une des caractéristiques structurelles de leur fonctionnement.


Lire aussi : "Réseaux sociaux : le débat est-il (encore) possible?"


"Je pense que les réseaux sociaux ne permettent pas toujours de tenir compte de tous les aspects d’une identité", considère Hafida Bachir. "Moi, il y a des tas de moments où je me refuse de réagir sur les réseaux sociaux car je me dis que c’est trop complexe. Et les réseaux sociaux ne peuvent pas accepter cette complexité." Côté face, les réseaux sociaux ont rendu possible et visible l’expression de davantage de catégories de la population. Côté pile, si tout le monde a en principe le droit de s’exprimer, en pratique, on peut assister à des déferlantes de commentaires propres à inhiber la prise de parole et in fine à porter préjudice à la liberté d’expression et d’opinion. Et c’est parfois bien l’identité de celui ou celle qui s’exprime qui est visée avant toute chose.

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Homme et blanc : moins légitime sur certains sujets? © OLIVIER DOULIERY - AFP

"Si on en arrive de fait à ne pas prendre le moins du monde en considération ce que dit telle personne en raison de ce qu’elle est, là je pense qu’on est face à une régression majeure", dit Vincent De Coorebyter. "Et il est évident que le fonctionnement des réseaux sociaux y conduit, dans les deux sens". Contre les dominants, contre les dominés. "Il y a un certain nombre de personnalités intellectuelles et politiques machistes, sexistes, xénophobes ou racistes qui refusent par principe d’entendre les arguments de telle association féministe ou antiraciste – c’est tout aussi grave".

"Aujourd’hui sur les réseaux sociaux, celles qui sont le plus mises à mal par les systèmes de domination que ce soit le racisme ou le sexisme, ne vont pas s’exprimer sur les réseaux sociaux", souligne Hafida Bachir. "Ça les atteint trop ou alors quand elles vont s’exprimer, elles vont vite se faire ramasser, et elles vont quitter les réseaux sociaux".

Les hommes blancs seraient-ils en train d’expérimenter ce même déni ou ce même rejet de la part d’une partie de la population ? "Ce risque est en train de se développer", estime Vincent De Coorebyter. "On peut le comprendre vu l’intensité des dominations qui sont encore subies par certaines et certains"… Un engrenage à éviter : "Il y a un risque parce que ce déni de légitimité, on le connaissait déjà du côté des dominants et on l’a connu de manière massive et institutionnalisée dans les droits politiques, civils, la réalité coloniale, dans des systèmes très officiels soutenus par le droit et la force – l’exercice de la violence. On a progressivement -pas complètement- déconstruit une bonne partie de cette domination et déconstruit sa légitimité. Je pense qu’il vaut mieux continuer le mouvement d’ouverture et d’égalité de principe que de reconstruire des murs et des refus de prise en compte de la parole d’autrui."

Un mouvement d’ouverture et d’égalité qui est loin d’être terminé, notamment dans les médias où la question d’une juste représentation de la société est toujours d’actualité. Ce qui peut contribuer à exaspérer une partie du public sensible à cet enjeu. D’autant que la période actuelle l’a remis à l’avant-plan. Quitte à pointer des personnes pour ce qu’elles sont : "ça y est, encore un homme, encore un blanc"…

"On peut aussi devenir violent dans la parole, en n’ayant plus de nuances", dit Hafida Bachir. "Il faut aussi savoir que c’est une réaction, la violence sur les réseaux sociaux, c’est souvent pour pouvoir réagir à quelque chose d’injuste."

Qui a voix au chapitre dans les médias ?

"Il faut voir qui a voix au chapitre", appuie Hafida Bachir. "Qui a accès aux médias pour justement défendre des opinions, qui ne permettent pas d‘être mises en balance avec d’autres opinions qui les contestent ? Passer sur les ondes de La Première le matin ou crier son désaccord sur les réseaux sociaux, ça n’a pas la même valeur".

Chaque année, le baromètre de la diversité dans les médias rappelle que le déséquilibre est toujours une réalité, chiffres à l’appui. Il y a ceci dit des prises de conscience et une évolution dans beaucoup de rédactions.


Lire aussi : "Notre info, si blanche : pourquoi et comment mieux incarner la diversité"


A ce propos, l’émission "Les Décodeurs" posaient récemment une question similaire à celle de cet article : "Faut-il être 'racisé' pour parler de racisme dans les médias ?". En studio, Betel Mabille, militante noire et antiraciste de l’association Be Pax répondait ceci : "Je ne sais pas s’il faut mais c’est vivement conseillé, sinon on a l’habitude de se trouver avec des plateaux tv, radio, où il n’y a que des personnes blanches qui discutent de la vie et de l’humanité de personnes racisées, non blanches." Elle soulignait que les personnes 'blanches' devraient selon elle se demander : "Quelle est ma place et pourquoi je ne céderais pas ma place à quelqu’un qui a exactement les mêmes compétences que moi et qui en plus est racisé et a plus de difficulté pour avoir accès à une parole publique ?". Et cela donc quel que soit le point de vue exprimé.

Une question à se poser a fortiori sur tous les sujets ayant trait au racisme. Au risque de réduire les personnes 'racisées' à ces sujets-là ? "Les personnes racisées ne sont pas invitées pour parler de racisme mais pas pour parler d’autre chose non plus donc pour moi il n’y a pas d’effet pervers : même sur les sujets qu’elles vivent, elles ne sont pas invitées". Ce serait donc le minimum élémentaire.

Revoir le débat des Décodeurs et l’intégralité des interventions de Betel Mabille :

Mais renvoyer les invités ou les chroniqueurs à leur responsabilité personnelle a ses limites. La responsabilité dans la représentation de la diversité de la société est collective. "Ma conception du racisme et du sexisme, ce n’est pas juste de corriger la personne qui va parler individuellement. Elle n’y peut rien si elle est là, ce sont les médias qui l’ont invitée", pointe à ce propos Hafida Bachir.

"C’est aussi une responsabilité institutionnelle : il faut corriger au niveau des institutions, parmi lesquelles les médias, pour donner une image de la diversité. Donner cette image, ça ne veut pas dire que les personnes de la diversité qui vont avoir droit au chapitre vont faire en sorte que toutes les personnes qui sont de la diversité vont se retrouver dans son opinion mais au moins elles vont se dire : ‘il y a une diversité là, il n’y a pas que des hommes ou des femmes blanches’."

Et de pointer "une autre complexité" à propos de la catégorie des 'personnes blanches': "Nous, on a un ancrage historique avec les femmes des classes populaires, du milieu ouvrier. Ça, ça a forgé pour moi toute une réflexion sur le rapport de domination économique qu’on appelle le capitalisme. On ne peut pas mettre une étiquette de privilégiée sur une femme blanche des classes populaires qui est elle-même pauvre et qui n’a pas accès à toute une série de ressources, de moyens. Il ne faut pas oublier cette complexité-là, car aujourd’hui, ceux qui ont voix au chapitre sont des personnes qui vont combattre le racisme ou le sexisme, mais on oublie que tout le monde n’est pas à égalité dans le système. Si on ne croise pas avec le système capitaliste, on va faire des dégâts".

Juger un propos au travers d’une identité, un terrain glissant. Mais ce que montrent sans doute ces crispations exacerbées par l’actualité, c’est le besoin fondamental de concilier liberté d’expression pour chacun et aspiration à plus d’égalité dans la représentation et l’accès à la parole publique de tous.

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