Hommages, commission parlementaire, regrets du Roi, statues : les conséquences en Belgique après la mort de George Floyd

Quelles ont été les conséquences en Belgique de la mort de George Floyd ? Il y a un an jour pour jour à Minneapolis, le 25 mai 2020, mourrait cet Afroaméricain de 46 ans, tué par un policier blanc. Un meurtre filmé, consécutif à une arrestation musclée au cours de laquelle Derek Chauvin va écraser le cou de Georges Floyd.

"I can’t breathe" ("Je ne peux plus respirer") seront les derniers mots de la victime et le slogan d’un mouvement mondial de protestation contre le racisme et les violences policières. "Black lives matter" (BLM) existait avant cet électrochoc. Il prendra une dimension sans précédent.

Chez nous, des relais ont été constitués et une grande manifestation rassemblant plus de 10.000 personnes à Bruxelles a été organisée le 7 juin 2020, malgré la pandémie de coronavirus. Ce n’est pas l’unique initiative menée dans notre pays en hommage à George Floyd et la symbolique de sa mort.

Deux fresques

Le 18 juin, soit quelques jours à peine après la mort de George Floyd, une fresque est inaugurée sur le territoire de la ville de Bruxelles. Son portrait, peint par l’artiste Novadead (Julin Crevaels) occupe un pan de mur au carrefour entre l’avenue de la Reine, la rue des Palais Outre-Ponts et la chaussée de Vilvorde, à Laeken.

Le visage de Georges Floyd apparaît en gris et en rose. "La rose offre un message d’amour et la végétation tropicale à l’arrière, pour moi qui suis né au Congo, ça provoque en moi une émotion positive, un certain bien-êtreJe voulais l’illustrer dans ce ressenti-là", confie l’artiste, à qui l’on doit la fresque "The future is Europe" dans le quartier européen et un portrait de Nelson Mandela à Liège.

Pour l’échevine de la Culture Delphine Houba (PS), cette fresque était une urgence : "Il y a eu des manifestations partout dans le monde et en Belgique. Avec ses nombreuses nationalités et en tant que capitale de l’Europe, Bruxelles ne pouvait pas être en reste."

La réalisation de cette fresque suscitera une polémique, en raison de son apparition rapide, du montant dépensé (10.000 euros), de l’absence de concertation avec les riverains ou encore des antécédents judiciaires de George Floyd. A ses proches, avant sa mort, celui-ci avait déclaré vouloir prendre un nouveau départ.

Une autre fresque a vu le jour à Strombeek (Grimbergen), sur l’un des murs de la déchetterie communale. Elle a été réalisée par un collectif de grapheurs (Exom, aze, Mesk, Doué, HMI). La fresque montre le visage de George Floyd, dans les nuages, ainsi que Derek Chauvin et Colin Kaepernick, ce joueur de football américain rendu célèbre pour avoir posé un genou à terre pendant l’hymne américain en 2016. Il voulait s’élever contre les discriminations subies par la communauté noire aux Etats-Unis.

Enfin, le panneau de l’avenue Lloyd George à Ixelles, a été transformé en Floyd George et accompagné de messages antiracistes.

Commission spéciale et groupe de travail

Fin juin, à quelques jours du soixantième anniversaire de l’indépendance du Congo, la décision tombe : la Chambre va mettre en place une commission spéciale Décolonisation et réconciliation.

Objectif : analyser le passé colonial de la Belgique (au Congo, au Burundi et au Rwanda), en tirer des conclusions et des recommandations, au niveau de l’enseignement de ce passé auprès des jeunes et de la décolonisation de l’espace public par exemple. Depuis l’affaire George Floyd, les revendications sont plus fortes et les actes de vandalisme contre les statues du roi Léopold II, initiateur de la colonisation du Congo, conduisant à la mort de centaines de milliers de personnes, se sont multipliés.

Cette commission est présidée par le député Ecolo-Groen Wouter De Vriendt et compte 17 membres. Une commission qui a eu du mal à se mettre en place compte tenu de la composition du panel d’experts censés préparer les thèmes à aborder, des associations belgo-congolaises voyant d’un mauvais œil la participation de membres issus du Musée de l’Afrique centrale à Tervueren. Les travaux sont actuellement toujours en cours. Atterrissage prévu cette année 2021.

En Région bruxelloise, c’est un groupe de travail composé de 16 experts qui a été mis en place fin 2020. Au menu, émettre un avis sur "l’avenir des symboles coloniaux" dans la ville.

"La tâche du groupe de travail est de formuler un avis sur la décolonisation de l’espace public sous la forme d’un rapport final", expliquait à l’époque Pascal Smet (One. brussels/Vooruit), secrétaire d'Etat en charge du patrimoine. "Le rapport consistera en des fiches, des mesures concrètes et un plan d’action pouvant être mis en œuvre à court et à long terme. Le gouvernement bruxellois attend le rapport final à la fin de 2021 et prendra en compte les recommandations avant d’agir sur la décolonisation de l’espace public. Il sera également tenu compte d’autres initiatives au niveau fédéral et local ainsi que dans les communes."

Les "plus profonds regrets" du roi Philippe

Le 30 juin 2020, date du 60e anniversaire de l’indépendance du Congo, le roi Philippe surprend tout le monde. Dans un communiqué, il exprime ses "plus profonds regrets" pour les "actes de violence" et les "souffrances" infligés au Congo de Léopold II.

Dans une lettre adressée au président de la République démocratique du Congo, Félix Antoine Tshisekedi, Philippe estime que "pour renforcer davantage nos liens et développer une amitié encore plus féconde, il faut pouvoir se parler de notre longue histoire commune en toute vérité et en toute sérénité".

Le geste du Roi est fort : il est le premier souverain régnant à exprimer ses regrets sur cette question. Des regrets, pas des excuses, mais qui portent aussi un message actuel, en lien avec le mouvement de contestation "Black Lives Matter". "Je tiens à exprimer mes plus profonds regrets pour ces blessures du passé dont la douleur est aujourd’hui ravivée par les discriminations encore trop présentes dans nos sociétés", ajoute le roi des Belges qui appelle à combattre "toutes les formes de racisme".

Il encourage "la réflexion qui est entamée par notre Parlement afin que notre mémoire soit définitivement pacifiée".

Quelques jours auparavant, sa tante, la princesse Esmeralda avait invité le Roi à présenter ses excuses au peuple congolais ainsi qu’à la diaspora présente en Belgique. "Pour vraiment terminer ce passé tellement douloureux (avec) ces crimes, ses exactions, il est important que les pays européens et la Belgique en particulier reconnaissent leur responsabilité, présente des excuses", avait-elle déclaré à la RTBF.

"La mort de George Floyd nous a fait comprendre que le racisme est présent tout autant dans nos sociétés qu’aux Etats-Unis", ajoute-t-elle quelques jours plus tard. "La discrimination à l’embauche, au logement, à l’éducation, le manque de visibilité dans les médias, etc. Nous sommes encore dans un système où c’est le blanc qui règne en maître."

Des statues vandalisées et déboulonnées

Pour beaucoup, la mort de George Floyd cristallise les tensions et les frustrations. Discriminations, racisme systémique, violences policières : le résultat d’une histoire chargée de préjugés à l’endroit des Afro-descendants, qui remonte à la colonisation et l’esclavagisme ?

En tout cas, après le drame, des militants antiracistes vont s’attaquer aux statues des colons les plus célèbres. Au Royaume-Uni, la statue d’Edward Colston, marchand d’esclaves au 17e siècle, est déboulonnée et jetée à l’eau. Sous la pression, d’autres statues tombent, sont retirées par les autorités ou menacées : celles de Christophe Colomb, de Cecil Rhodes, Robert Milligan, aux Etats-Unis comme en Angleterre…


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En Belgique, c’est Léopold II qui est dans le viseur. La statue du "roi Bâtisseur" et colonisateur, place du Trône, a déjà été la cible des vandales, avant l’onde de choc Georges Floyd. Mais depuis la mort de ce dernier, elle attire tous les regards comme les autres statues du souverain.

Début juin 2020, des activistes déboulonnent en pleine nuit la statue de Léopold II à Auderghem. Le buste du roi dans les jardins du musée de Tervueren est également vandalisé. A Gand, le conseil communal décide le retrait d’une statue présente dans l’espace publicUne statue de Léopold II est retirée à Anvers. C’est aussi le cas à Louvain et à Mons.

La commune d’Ixelles envoie pour sa part, au Musée de l’Afrique centrale, le buste du général Emile Storms, planté sur son territoire, square de Meeûs. Emile Storms avait été chargé par le roi Léopold II de coloniser le Congo au 19e siècle. Après sa campagne, le général Storms avait ramené en Belgique les restes humains des chefs locaux congolais qu’il avait écrasés.

Précisons que le changement de nom du tunnel Léopold II a été décidé par la région bruxelloise avant la mort de George Floyd.

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