Hologrammes, avatars, mesure des émotions : l'avenir de la vidéoconférence

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Crise du Covid oblige, la visioconférence fait désormais partie de notre quotidien. Casque sur les oreilles, on s’installe devant une mosaïque de collègues : l’un est au bureau, l’autre dans sa cuisine, ou encore dans sa chambre. Même Vladimir Poutine et Emmanuel Macron s’y sont mis, dans un décor plus officiel, il est vrai.

Cher Vladimir, Monsieur le Président, entame le Président français (dans la vidéo ci-dessous, à la 4e minute), je suis heureux que vous trouviez le temps de cet échange même si nous sommes d’un côté et de l’autre de la caméra. Cela nous fait gagner le temps des voyages mais ça enlève un peu de convivialité ". Emmanuel Macron souligne tout de suite la faille : la convivialité, le body language, les contacts informels, voilà tout ce qui manque à la visioconférence.

C’est aussi ce que pense Rémi Rousseau, de la start-up franco-belge Mimesys (rachetée par l’américaine Magic Leap, qui fabrique des lunettes de réalité augmentée). " Il n’y a pas vraiment de moyen de télécommunication qui permette de retrouver l’inventivité, l’engagement et les échanges que vous avez quand vous mettez des gens ensemble dans une même pièce " expose-t-il lors d’une conférence. " Nous, on pense qu’il y a une solution et elle passe par les hologrammes."

Des réunions holographiques

Rémi Rousseau nous promet donc des réunions holographiques. " On a développé une technologie particulière, poursuit-il, qui utilise des caméras de profondeur capables de capturer la couleur et la profondeur en chacun des points de l’image et à partir de ça on reconstitue un modèle 3D, un hologramme de la personne, qu’on peut streamer sur internet à quelqu’un à distance. "


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BNP Paribas Real Estate a passé le pas. L’entreprise organise des réunions en réalité mixte : tous les participants sont autour d’une table, sauf que les uns sont bien réels tandis que les autres sont des hologrammes de personnes travaillant dans un autre pays.

Chacun chausse ses lunettes de réalité mixte et peut ainsi voir ses collègues, des petites fiches de présentation à côté de leur tête, et, sur la table, des maquettes de projets immobiliers, projetées en 3D. On peut avoir un aperçu d’une telle réunion grâce à la vidéo ci-dessous (qui soigne au passage l’image de BNPRE).

Le projet " Dare " (Digital Augmented Real Estate)fruit d’un partenariat entre BNP Paribas Real Estate et Mimesys, a été lancé avant la crise du Covid-19 mais il a pris une autre ampleur avec le confinement.

L'impression de "rencontrer" les personnes

Il permet de rapprocher des interlocuteurs ne pouvant plus se voir physiquement en utilisant le vrai avantage de la 3D : l’immersion ", nous explique Florian Couret, directeur de l’Immersive Lab de la filiale immobilière du groupe bancaire. " Ce qui est très différent par rapport aux systèmes de vidéoconférence actuels, c’est qu’on a l’impression de " rencontrer " les personnes avec qui on discute. Tout est fait pour que les discussions ressemblent le plus possible à la vraie vie, et c’est en ça que ça raccourcit les distances, parce que vous pouvez participer à une réunion de n’importe où, en un clin d’œil."

La technologie existe mais elle n’est pas encore tout à fait au point. La société recourt en attendant à des avatars, des sortes de dessins en 3D de ses employés. Elle collabore avec Spatial.io, une plateforme de visioconférence en réalité virtuelle et en réalité augmentée, qui fait de plus en plus parler d’elle. À l’occasion de la crise du coronavirus, Spatial a en effet donné accès gratuitement à sa plateforme, et permet aux personnes non équipées d’un casque de réalité virtuel (encore cher) de participer à une réunion. Au lieu d’être transformé en avatar, elles apparaissent simplement dans un rectangle en 2D, flottant dans une salle de réunion virtuelle.

Jacques Gripekoven, CEO de Allocloud (société belge qui propose aux PME des solutions de collaboration dans le cloud), ne croit pas tellement en ces technologies pour des réunions de quelques personnes. Pour lui, ce serait plus intéressant à utiliser dans le cadre de conférences, avec plusieurs dizaines personnes, pour permettre la rencontre. " On pourrait se balader virtuellement dans un espace, et on verrait l’avatar d’autres participants, avec une petite fiche de présentation flottant à côté de leur tête et on pourrait alors l’aborder pour une rencontre informelle ".

Robots et intelligence artificielle

Autre innovation : le robot de téléprésence, soit votre tête sur un écran sur un pied mobile. Vous pouvez téléguider ce robot à distance et donc rencontrer à loisir d’autres sympathiques robots ou de vraies personnes présentes au bureau. Cela permettrait des contacts plus informels, comme à la machine à café.

Le recours à l’intelligence artificielle pourrait aussi faire évoluer la visioconférence : en permettant par exemple d’analyser l’engagement des participants, voir s’ils sont heureux, insatisfaits, ou ennuyés par exemple. " Cela s’utilise déjà dans les call centers, pour mesurer le degré de satisfaction des clients ", explique Jacques Gripekoven. De quoi vous donner envie de sourire en réunion, quoiqu’il arrive…

Attention à ne pas être trop intrusif

Yashfeen Saiyid, responsable des " Advanced Workplace " chez Proximus, prévient : " il ne faut pas mettre en place des outils trop intrusifs ". Grâce à la reconnaissance vocale, les applications de vidéoconférence actuelles permettent par exemple de transcrire automatiquement tout ce qui est dit. " Cela peut être pratique pour faire des recherches par après mais cela veut aussi dire que tout est enregistré, absolument tout est écrit. Il faut donc faire attention à ce qu’on dit. Si cela devient systématique, les employés risquent de se parler par des canaux parallèles non sécurisés, comme Whatsapp. " Tout le contraire de l’objectif recherché.

Le secteur de la vidéoconférence est l’un des grands gagnants de la crise du coronavirus. A titre d’exemple, Zoom a annoncé début septembre un chiffre d’affaire de 553 millions d’euros, cinq fois plus élevé qu’au cours de la même période en 2019. Le télétravail est désormais rentré dans les moeurs. Le secteur est en pleine ébullition, les innovations ne manqueront pas. Il faudra faire le tri entre gadgets et réelles avancées.

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