Harry Fayt, l'artiste qui photographie ses modèles sous l'eau

"La fille au coquillage"
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"La fille au coquillage" - © Harry Fayt

Il a fait de l’eau son terrain de jeu. Sous la surface, les clichés d’Harry Fayt se font poétiques, voire surréalistes. Ses modèles deviennent nymphes, des créatures marines que le photographe immortalise dans des piscines. Des shootings hors du commun aussi réjouissants qu’éprouvants, comme nous avons pu le constater.

"C’est un sentiment entre le bonheur et le stress, confie l’artiste à moitié immergé dans l’eau. Stress que quelque chose ne fonctionne pas, puis bonheur parce que je suis vraiment dans mon élément. J’adore être dans l’eau et je me réjouis toujours dans l’attente d’un prochain shooting."

Énorme travail en amont

Chaque séance est l’aboutissement d’un lourd travail de préparation. Ce jour-là, nous retrouvons Harry et son équipe qui ont investi une piscine privée dans un showroom en région liégeoise à Awans. Éclairage, fond noir, accessoires, tout doit pouvoir résister à ce lieu de tournage si particulier.

"Tout ce qu’on entre dans l’eau est censé être propre, précise le photographe. Quand je coule un piano par exemple, il est vide, je l’ai recouvert d’un vernis spécial pour qu’il soit propre et de cette manière, normalement, on ne perd pas trop de morceaux."

Entraînement et sécurité

Avant la séance proprement dite, briefing obligatoire pour le modèle. Un plongeur instructeur assure la sécurité de Morgane qui va devoir mettre sa tête dans un bocal rempli d’eau sous la surface.

Eric Veleno travaille depuis longtemps avec le photographe. Il conseille à Morgane : "N’attends pas le dernier moment pour sortir ta tête du bocal. Garde un peu d’air et sors à ton aise. S’il y a le moindre problème, de toute façon, je serai juste à côté".

Pour plus de facilité, pour ce shooting-ci, il n’y aura pas de bouteille d’air à disposition sous l’eau. La séance ne se déroulant pas dans le fond de la piscine, le modèle peut facilement remonter à la surface pour prendre de l’air.

Maquillage waterproof

Qui dit séance de photos sous l’eau dit aussi maquillage hors norme. Avant de sauter à l’eau, Morgane passe entre les mains expertes d’Allison Irskens. La maquilleuse travaille depuis plusieurs années avec Harry Fayt.

"Il faut d’abord bien hydrater la peau, parce qu’elle va être soumise à rude épreuve, explique Allison. Ensuite, on a beaucoup de maquillage waterproof, mais tout n’est pas forcément waterproof. Il y a des matières plus grasses qui vont mieux tenir et bien accrocher à la base de teint. Par contre, avec certaines personnes, ça tient parfois moins bien. Dans ces cas-là on fait plus de retouches".

MacGyver de la photographie

Harry a le souci du détail et, pour lui, chaque nouveau shooting est un challenge. Ici, il compte réaliser un nouveau portrait pour une série où il revisite les grands chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art. Avec Morgane, il veut réinterpréter "La jeune fille à la perle", le célèbre tableau de Vermeer.

"J’aime travailler sur le thème de la pollution, explique Harry à Morgane. Tu auras des traînées blanchâtres derrière toi qu’on va créer avec du lait. Mes modèles sont un peu comme des animaux marins qui subissent la pollution, ils font avec, ils s’adaptent".

Pour le shooting, le photographe a bricolé un aquarium fixé à une planche pour servir de scaphandre au mannequin. Il a lui-même cousu un col dans une combinaison anti-produits chimiques pour lui donner un look de cosmonaute. "Je suis un technicien avant tout, j’adore bricoler", confie Harry.

Ce jour-là d’ailleurs, il faut vite trouver des astuces : le bonnet du mannequin ne tient pas bien sur ses cheveux, il y a trop d’air dedans. À l’aide de ses assistants, Harry décide de faire des petits trous dans le bonnet et de le maintenir à l’arrière avec des épingles à nourrices. Il improvise aussi un réflecteur de l’autre côté de l’aquarium avec un sac plastique rempli d’eau. "Je suis un peu le MacGyver de la photographie", plaisante-t-il.

Travail en apnée

Sous l’eau, le travail est vraiment particulier. Dans une atmosphère aux sons étouffés, photographe et modèles sont en apnée. Il faut donc aller très vite, mais tout est plus compliqué qu’à l’air libre.

"J’ai un reflet qui se met sur l’aquarium et l’appareil ne fait pas la mise au point au bon endroit. Il faut chipoter un peu, comme pour beaucoup de petites choses", ajoute le photographe.

Ce jour-là, Harry a de la chance. Morgane peut tenir une quarantaine de secondes en apnée avant de sortir la tête de l’eau pour respirer. Tous les modèles n’en sont pas capables. "Certains ne peuvent tenir que quelques secondes et ça complique évidemment le travail, précise Harry. C’est vraiment une donnée face à laquelle je suis impuissant.

"Morgane Walbrecq, elle, est ravie de l’expérience, même si l’exercice n’était pas facile. "Quand je repense aux premiers shootings que j’ai faits, je pense que si j’avais commencé par celui-ci je n’y serais jamais arrivée. Il faut quand même une certaine expérience puis du souffle aussi. Et heureusement de côté là j’en avais assez bien", précise la jeune femme.

Des projets plein la tête

Un shooting extraordinaire au résultat final stupéfiant. Il faut dire qu’Harry Fayt n’en est pas à son coup d’essai. Il s’est déjà amusé à photographier de nombreuses personnalités belges comme Typh Barrow, Kroll ou Nicolas Testa. À 40 ans, le photographe a encore des rêves plein la tête.

"Je suis un passionné, nous confie-t-il. J’ai au moins 10 idées qui attendent le bon modèle et le bon décor."

Dans ses cartons notamment, un projet de court-métrage avec un ami scénariste. L’artiste réalise déjà de courtes vidéos visibles grâce à un application de réalité augmentée (Artitive) lors de ses expositions, de véritables extensions de ses œuvres.

Une exposition du photographe est d’ailleurs à voir à la Galerie Liehrmann à Liège jusqu’au 8 mars.

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